Royaume-Uni : La misogynie bientôt considérée comme un “crime de haine” afin d’évaluer l’ampleur des abus

À compter de cet automne, toutes les forces de police du pays auront pour consigne d’enregistrer tous “les crimes motivés par l’hostilité ou le mépris du sexe opposé”.

Le Royaume-Uni franchit une nouvelle étape vers l’ajout de la misogynie à la liste des “crimes de haine”, aux côtés de ceux commis au nom de la race, de l’orientation sexuelle ou encore de la religion. À compter de cet automne, toutes les forces de police du pays auront pour consigne d’enregistrer comme tel “les crimes motivés par l’hostilité ou le mépris du sexe opposé”. La mesure a été prise par le gouvernement “sous la pression des associations suite à la disparition et au meurtre de Sarah Everard” à Londres au début du mois.

Au Royaume-Uni, “sept forces de la police territoriale considèrent déjà la misogynie comme un crime de haine, mais ce sera désormais une obligation du ministère de l’Intérieur qui s’appliquera à l’ensemble des 43 forces de police” du pays, complète le quotidien conservateur. Concrètement, les agents devront recenser les actes, y compris le harcèlement de rue et les délits sexuels” considérés par la victime comme découlant “d’une hostilité manifeste à l’égard de son sexe”.

Inciter à porter plainte

Pour les autorités, il s’agit de dresser un état des lieux de l’ampleur des violences motivées par la haine des femmes. Du côté des organisations de défense des droits des femmes,on estime que “cette décision va changer la donne parce qu’elle va encourager les femmes à signaler les cas de harcèlement dans l’espace public. Elles seront en effet rassurées de savoir que ce délit sera traité comme n’importe quel autre délit”. Dans le pays, 90 % des femmes victimes de harcèlement dans l’espace public s’abstiennent de porter plainte “parce qu’elles sont convaincues que cela n’aboutira à rien”.

Les militantes des droits des femmes considèrent cette consigne donnée à la police comme un pas vers l’évolution de la législation. À terme, la misogynie pourrait être ajoutée à la liste des crimes de haine, afin de permettre aux juges d’infliger des condamnations plus sévères “dans des crimes où la haine envers le sexe ou l’identité de genre pourra être considérée comme un facteur aggravant”.

Mener une vraie enquête

En attendant, “pour que cette mesure fonctionne, il faudra que les commissariats mènent une véritable enquête qui aille au-delà du simple recueil du témoignage de la victime. Sinon, on aboutira à une situation où les policiers penseront avoir fait leur travail en se contentant d’enregistrer un acte de violence contre une femme comme un ‘incident misogyne manifeste’ et ne seront pas incités à enquêter davantage.” Le cas échéant, “cette mesure ne ferait que créer un amoncellement de paperasse sans aucune valeur légale et ne ferait donc, au bout du compte, pas avancer la cause des femmes”.

The Daily Telegraph