Royaume-Uni : Le Brexit tue le système des séjours au pair

Pour les jeunes Européens qui rêvent d’expérience à l’étranger, le Royaume-Uni a longtemps été une destination de choix pour les séjours au pair. Toutefois, avec le Brexit, ce système de garde d’enfants peu onéreux et riche en échanges devient quasiment mission impossible outre-Manche.

D’habitude à cette période de l’année, durant les mois de février et mars, nous faisons entre 50 et 70% de notre chiffre d’affaires. Mais cette année nous n’avons reçu aucun dossier. Et si ça ne s’améliore pas, nous serons contraints de fermer notre agence.

Cynthia Cary, de l’agence de placement Rainbow Au Pair, qui recrute essentiellement des jeunes femmes ou hommes de France, d’Espagne, d’Italie et d’Allemagne, est catastrophée. Le Brexit, qui a mis un terme à la libre circulation, rend de plus en plus compliqué, voire quasiment impossible, le système des séjours au pair qui lui permettait jusque-là de gagner sa vie.

Système très populaire outre-Manche

Très populaires outre-Manche, les voyages au pair permettent aux parents de trouver des jeunes étrangers, généralement venus au Royaume-Uni pour apprendre l’anglais et se frotter à une nouvelle culture, pour garder leurs enfants, en échange du couvert et du logis, ainsi que d’un peu d’argent de poche. Selon l’association des agences britanniques de jeunes au pair, 45’000 personnes en moyenne, surtout des Européens, sont placés dans des familles outre-Manche chaque année.

Mais si, jusqu’à la fin de l’année dernière, les jeunes qui se décidaient à franchir le pas n’avaient besoin de remplir aucune formalité particulière, le Brexit est venu changer la donne, les obligeant à obtenir un visa de travail.

Les jeunes hommes ou femmes au pair étant désormais considérés par le gouvernement comme des travailleurs qualifiés, c’est tout le système des séjours au pair qui est remis en question. Car si un jeune au pair ne gagne pas plus de 100 livres par semaine, le gouvernement exige que tous les travailleurs qualifiés gagnent au minimum 20’000 livres par an pour obtenir un visa de travail.

Il s’agit d’un budget hors de portée pour les familles, comme l’explique Hélène, maman de deux enfants franco-britanniques, qui redoute le départ prochain de sa jeune fille au pair actuelle. Travaillant à plein temps pour une organisation médiatique à Londres, la mère de famille a en effet toujours pu compter sur ce système de garde peu onéreux qu’elle considère comme un pilier indispensable pour l’organisation de sa vie familiale.

“Cela risque d’être extrêmement compliqué. Notre grand peut se rendre à l’école tout seul, mais notre petite, au contraire, a besoin qu’on l’y amène et qu’on aille la rechercher. Surtout que nous n’habitons pas à côté de l’école”, souligne-t-elle. Et pour elle, il est hors de question d’embaucher une nounou. “Cela serait beaucoup trop cher et poserait de nombreux problèmes logistiques.”

Le gouvernement fait la sourde oreille

Au grand dam de l’agence de placement Rainbow Au Pair, le gouvernement britannique ne semble pas sensible au problème. Et ce n’est pas faute d’avoir tout essayé, comme l’explique Cynthia Cary.

“Nous avons tenté de discuter avec le Ministère de l’intérieur, mais ils ne sont pas intéressés. Ils nous disent qu’ils ne comprennent pas pourquoi nous avons besoin de recruter des candidats en Europe, alors qu’il y a des milliers, des millions de gens sans emploi ici au Royaume-Uni, qui pourraient travailler comme jeunes au pair.”

Pour elle, c’est oublier la mission principale des séjours au pair. “Si quelqu’un veut devenir jeune au pair, c’est d’abord pour apprendre une langue étrangère. Or il n’y a pas meilleur moyen d’y parvenir qu’en vivant loin de chez soi, dans un autre foyer à l’étranger.”

Une pétition lancée

Un argument qui ne semble non plus pas convaincre le Ministère de l’intérieur. Pour ce dernier, il est toujours possible de recruter des Européens arrivés sur le territoire britannique avant le Brexit ou les ressortissants de neuf autres pays lointains, dont le Canada et l’Australie, qui ont un accord spécifique avec le Royaume-Uni pour la mobilité des jeunes.

Quoi qu’il en soit, si l’espoir d’un changement semble faible, une pétition a été lancée pour augmenter la pression sur le gouvernement.

RTS