Royaume-Uni : Le pays confronté à la plus grande chute du niveau de vie en 60 ans

A écouter le gouverneur de la Banque d’Angleterre, les sujets de Sa Majesté sont confrontés à la plus grande chute du niveau de vie en 60 ans. De surcroît, l’inflation devrait atteindre 13 % à la fin de l’année contre 9,4 % en juin sur un an sur fond d’une récession prolongée doublée d’une crise politique.

La Banque d’Angleterre délivre un choc avec son pronostic très, très sombre ». Comme l’attestent les prévisions économiques catastrophiques annoncées le 4 août par le patron de l’institut d’émission de Threadneedle Street, les Britanniques sont en pleine dépression. La litanie de mauvaises nouvelles conjoncturelles égrenées quotidiennement démontre cette déroute. Le pronostic est pire que celui d’une récession en zone euro ou aux Etats-Unis prévue par une majorité d’économistes.

Les clignotants sont au rouge en ce qui concerne les deux mamelles de la croissance britannique, la consommation et l’immobilier. Les Britanniques se serrent la ceinture en prévision d’un hiver difficile voire s’endettent en utilisant leur carte de crédit pour couvrir le coût de la vie. Les dépenses d’alimentation, d’habillement et de loisirs accusent une forte baisse. Les prix moyens des maisons et des appartements se tassent en raison de l’effet négatif du relèvement du loyer de l’argent sur les 9 millions de foyers dont le prêt hypothécaire est à taux variable.

Le gouverneur de la Banque d’Angleterre, Andrew Bailey

Les foyers britanniques sont accablés par la hausse des factures de gaz et d’électricité. En octobre 2022, le plafond maximum des notes annuelles fixé par le régulateur devrait atteindre 3.500 livres (4.152 euros), soit un triplement des tarifs en douze mois. Le choc énergétique mondial, en particulier les restrictions des approvisionnements originaires de Russie, et l’absence de bouclier tarifaire frappent particulièrement les plus démunis.

Les augmentations salariales provoquées par la pénurie de main-d’œuvre post-covid alimentent également la spirale inflationniste. En lâchant du lest, le patronat s’efforce d’éviter à tout prix des grèves en protestation contre la dépression substantielle du revenu disponible (-2,25 % l’an prochain), la plus forte depuis le début des années 60.

Conséquence du marasme, la livre sterling a fortement chuté par rapport au dollar et dans une moindre mesure par rapport à l’euro. Le coût des importations est dans l’ascenseur alors que les exportations, qui devraient en profiter à bon escient, sont entravées par les entraves douanières du Brexit. Le déficit de la balance commerciale se creuse dangereusement.

La vacance du pouvoir créée par la chute du Premier ministre, Boris Johnson, et la course à sa succession qui oppose la ministre des Affaires étrangères Lizz Truss et l’ex-ministre des Finances Rishi Sunak n’arrange pas les choses. Alors que les deux adversaires s’entre-déchirent sur la question des baisses d’impôt, l’hôte du 10 Downing Street et son grand argentier, Nadhim Zahawi, sont en vacances.

Comme l’indique Sandra Horfield, économiste en chef à Investec, les prévisions pessimistes de la Banque d’Angleterre ne tiennent pas compte de l’inévitable aggravation du déficit budgétaire causée par un nouveau plan d’aide aux consommateurs que devra mettre en place le prochain chef de gouvernement désigné par les militants du parti conservateur le 5 septembre. Sans parler de la possibilité d’une décrue des taxes, à commencer par la TVA sur l’énergie.

Certes, le tableau n’est bien évidemment pas totalement noir. Certaines entreprises arrivent à faire le dos rond, voire prospèrent sur des créneaux bien définis (sciences de la vie, tech, énergie, télécoms, etc.). Reste que dans ce royaume où les inégalités sont plus fortes que sur le Vieux Continent, tout le monde n’est pas frappé de la même manière par la grande déconfiture économique.

Financial Times