Royaume-Uni : Le quotidien des musulmans s’est dégradé

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Les attentats islamistes commis au Royaume-Uni depuis ceux de Londres en 2005 ont suscité des réactions islamophobes. Mais l’État et l’Église anglicane sont soucieux de maintenir un dialogue constant, politique et religions font ainsi bon ménage

Il fait très froid et, le vent et les masques aidant, les pratiquants ne s’arrêtent pas pour discuter aux abords de la mosquée de Finsbury Park. Depuis vingt ans, elle porte les stigmates de sa récupération en 1997 par le prêcheur islamiste Abou Hamza Al Masri. Il en fit l’une des plaques tournantes du radicalisme, et même du terrorisme islamiste britannique.

Malgré son arrestation en 2004 et le changement de direction imposé par les nouveaux dirigeants de la mosquée en 2006, ce lieu demeure, dans l’imaginaire des Britanniques, lié à la violence. Si bien qu’il est régulièrement pris pour cible par l’extrême droite.

Le 19 juin 2017, une personne est morte et dix autres ont été blessées après avoir été renversées par un conducteur venu « venger » les Britanniques tués lors de trois attentats perpétrés par des islamistes lors des semaines précédentes.

À l’image de cette mosquée, le quotidien des musulmans s’est dégradé au Royaume-Uni. « Au fil des ans et des attaques terroristes menées par des musulmans diaboliques, il est devenu de plus en plus difficile pour les musulmans de vivre leur religion sereinement au Royaume-Uni », assure Ibrahim Mogra, imam de Leicester et membre du Conseil musulman d’Angleterre.

« Les attaques islamophobes se multiplient contre des femmes voilées, des hommes barbus vêtus de tunique, tandis que des mosquées sont taguées. »

L’organisation Tell Mama, qui comptabilise les incidents islamophobes, en a relevé 839 en 2017, l’année durant laquelle trois attentats terroristes islamistes ont eu lieu, et 745 en 2018 (hors incidents en ligne). Son constat est que la haine s’est « normalisée ».

Ibrahim Mogra, très impliqué dans les relations œcuméniques, assure que cette situation est relativement récente. « Lorsque je suis arrivé au Royaume-Uni dans les années 1980, il y avait du racisme mais les attaques étaient liées à la couleur de peau, pas à la religion, explique-t-il. La vague actuelle a été favorisée par des événements extérieurs au Royaume-Uni comme la guerre en Syrie ou en Irak.

Mais sinon, l’existence d’une religion d’État – l’anglicanisme – dans le pays rend la pratique des autres religions beaucoup plus naturelle, plus aisée. Tant que nous respectons la loi, nous sommes totalement libres de pratiquer notre religion, et même plus que dans de nombreux pays à majorité musulmane. »

La religion dans la sphère publique et politique va de soi

Pour la plupart des Britanniques, la présence de la religion dans la sphère publique et même politique va de soi, et l’exemple vient du plus haut sommet de l’État : le souverain, en l’occurrence la reine Elizabeth II, est la cheffe de l’Église anglicane, dont les archevêques et certains évêques siègent à la Chambre des lords. La famille royale et les principaux politiciens du pays participent régulièrement ensemble à des services religieux.

Il existe donc une bienveillance institutionnelle vis-à-vis de la religion et de sa pratique.L’Église d’Angleterre (Church of England) et son leader, l’archevêque de Cantorbéry, se sont même placés au service du multiculturalisme britannique. Mgr Justin Welby est l’un des principaux promoteurs de la tolérance vis-à-vis des autres religions et de relations œcuméniques approfondies. Il apparaît régulièrement aux côtés d’imams et de rabbins. Avec le soutien entier des autorités gouvernementales.

« Le gouvernement a toujours tenté de résoudre les problèmes de terrorisme liés à l’islam sans incriminer les musulmans, même si la politique antiterroriste a parfois braqué et marginalisé ceux-ci, assure Sara Silvestri, professeure de sciences politiques à la City University of London, spécialisée dans l’islam et les religions. Il n’y a jamais eu la volonté d’une confrontation mais au contraire d’une compréhension et d’une coopération. J’ai personnellement été surprise de voir que l’État écoute toutes les voix, même celles des musulmans les plus extrémistes, pour comprendre leur message. »

Trois grandes entités chrétiennes

– La Communion anglicane. Outre-Manche, seule la Church of England est considérée comme Église d’État ; ses autres pendants britanniques – l’Église au pays de Galles, l’Église épiscopalienne écossaise, et l’Église d’Irlande – ne sont pas considérés comme établies. Aujourd’hui, l’Angleterre et le pays de Galles comptent près de 25 millions de fidèles baptisés.

– L’Église catholique. Au Royaume-Uni, celle-ci s’organise autour de huit provinces ecclésiastiques et 38 diocèses, pour près de 4,2 millions de catholiques. L’actuel président de la Conférence des évêques catholiques d’Angleterre et du pays de Galles (CBCEW) est le cardinal Vincent Nichols, archevêque de Westminster.

– Les Églises « non-conformistes ». Ce sont celles – calviniste, presbytérienne, baptiste… – qui ont refusé de suivre, en Angleterre, la doctrine de l’Église anglicane. Très minoritaires, la plupart d’entre elles connaissent aujourd’hui une importante érosion.

La Croix