Royaume-Uni : Le racisme en ligne relance le débat de l’anonymat sur internet

Les milliers de comptes anonymes sur les réseaux sociaux qui ont attaqué les joueurs de football anglais avec des insultes racistes après la finale du Championnat d’Europe ont suscité des discussions sur la façon de mettre fin à l’anonymat en ligne.

Après la finale de l’Euro 2020, dimanche 11 juillet, les trois footballeurs anglais noirs qui ont manqué les tirs au but ont été victimes d’un déluge d’insultes racistes en ligne. Ces insultes provenaient principalement de comptes anonymes sur les réseaux sociaux, ce qui a suscité un débat enflammé sur la fin de l’anonymat en ligne.

Selon une enquête de YouGov, 78 % des Britanniques sont favorables à l’idée de demander aux utilisateurs de révéler leur véritable identité lorsqu’ils s’inscrivent sur les réseaux sociaux. La même enquête estime également que 37 % des Britanniques pensent que l’identité réelle devrait être accessible au public sur le profil de l’utilisateur.

Le débat sur l’anonymat en ligne ne date pas d’hier au Royaume-Uni. Avant la finale de l’Euro, une pétition demandant de rendre obligatoire l’identification pour l’ouverture d’un compte sur les réseaux sociaux a atteint près de 700 000 signatures.

« Le gouvernement reconnaît les préoccupations liées à l’anonymat en ligne, qui peut parfois être exploité par de mauvais acteurs cherchant à se livrer à des activités nuisibles. Cependant, restreindre le droit de tous les utilisateurs à l’anonymat, en introduisant une vérification obligatoire des utilisateurs pour les réseaux sociaux, pourrait avoir un impact disproportionné sur les utilisateurs qui comptent sur l’anonymat pour protéger leur identité », y a répondu le gouvernement britannique.

Responsabilité en ligne

Les partisans de la vérification des réseaux sociaux soulignent qu’il est relativement facile de préserver l’anonymat en ligne dans le cadre juridique actuel. Le gouvernement de Boris Johnson travaille à l’élaboration d’un projet de loi sur les préjudices en ligne visant à introduire des obligations en matière de suppression des contenus illégaux. Des dispositions similaires sont incluses dans le Digital Services Act (DSA), une proposition législative visant à rendre illégal en ligne ce qui est illégal hors ligne.

Pour Christel Schaldemose, l’eurodéputée responsable du DSA, les injures racistes étaient « horribles », mais elle ne considère pas que mettre fin à l’anonymat en ligne soit la bonne approche.

« Les citoyens devraient avoir le droit de prendre une identité différente sur internet, pour des raisons de sécurité par exemple. Nous devons veiller à ne pas porter atteinte à la liberté d’expression, mais il faut faire davantage pour lutter contre les discours de haine illégaux », a déclaré Mme Schaldemose.

Le Digital Services Act (DSA) fournira un « règlement démocratique pour les plateformes en ligne », a déclaré la rapporteure de la loi à EURACTIV avant un débat au Parlement européen lundi (21 juin).

Problèmes de confidentialité

Les partisans de la vérification des réseaux sociaux ne pensent pas nécessairement que le nom réel de l’utilisateur devrait être facilement accessible, mais plutôt que les réseaux sociaux devraient être en mesure d’identifier facilement ceux qui enfreignent la loi. D’aucuns soutiennent toutefois que cette solution donnerait aux plateformes en ligne des informations personnelles supplémentaires, exposant ainsi les utilisateurs à de nouvelles violations de données.

En avril, Facebook a été sous le feu des critiques après les révélations selon lesquelles les informations personnelles telles que les numéros de téléphone et les adresses électroniques de 533 millions d’utilisateurs avaient été divulguées en 2019. Le réseau social n’a jamais prévenu les utilisateurs concernés par la violation de données.

L’entreprise de vérification d’identité Onfido affirme qu’il existe un moyen d’introduire la vérification numérique sans compromettre la vie privée des utilisateurs. « Cela pourrait être aussi simple que de simplement demander une photo d’une certaine forme d’identification physique et un selfie. Il n’est pas nécessaire de les stocker une fois la vérification terminée, il suffit de les traiter, puis de les supprimer », a déclaré Yuelin Li, vice-président de la stratégie chez Onfido.

Les fournisseurs d’identité tels qu’Onfido seraient donc chargés de traiter les données personnelles, de garantir leur sécurité et de veiller à ce qu’elles ne soient pas réutilisées à des fins non prévues.

Recommander l’extrémisme

Les opposants à la vérification d’identité pointent également du doigt un autre coupable des contenus haineux en ligne : le fait qu’ils soient alimentés par des algorithmes qui ont tendance à promouvoir automatiquement des contenus controversés. Au début du mois, YouTube a été pointé du doigt pour avoir alimenté la diffusion de contenus préjudiciables.

Une enquête a accusé les algorithmes de recommandation de YouTube d’alimenter les contenus préjudiciables. La France et l’Allemagne se sont révélées particulièrement touchées, ainsi que d’autres pays non anglophones.

Mme Schaldemose a souligné que « davantage de mesures doivent être prises pour supprimer et déclasser ce type de contenu ». Les plateformes en ligne disent avoir pris des mesures rapides en ce sens.

« Dans les 24 heures qui ont suivi la finale de l’EURO, nous avons rapidement supprimé plus de 1 000 Tweets et suspendu définitivement un certain nombre de comptes pour avoir violé nos règles, grâce à une combinaison d’automatisation basée sur l’apprentissage automatique et de révision humaine. La grande majorité de ces contenus ont été détectés de manière proactive par nos équipes, à l’aide de la technologie », a déclaré un porte-parole de Twitter.

De même, Facebook a également déclaré qu’il continuait à supprimer les commentaires abusifs, tout en coordonnant avec les autorités chargées de l’application de la loi pour que les personnes concernées soient tenues responsables.

En réponse à l’accusation selon laquelle les suggestions automatisées contribueraient à la promotion de contenus extrémistes, l’ancien vice-premier ministre britannique et actuel vice-président des affaires mondiales de Facebook, Nick Clegg, a souligné qu’« il faut être deux pour danser le tango », comparant les données des utilisateurs aux ingrédients sur lesquels se base la « recette » des algorithmes.

M. Li suggère de donner aux utilisateurs le choix de voir les publications et de recevoir les messages des utilisateurs qui ont décidé de rester anonymes. Pour le vice-président d’Onfido, « cela permettra de réduire l’impact et la viralité de certains des comptes anonymes les plus agressifs. »

EURACTIV