Royaume-Uni : Les minorités ethniques grimpent les échelons de la société

Les Britanniques issus de minorités ethniques sont de plus en plus visibles en politique. Le gouvernement s’attache à faire leur promotion et à mettre en évidence la discrimination qui les touche.

Lorsque Boris Johnson a formé son premier gouvernement en juillet 2019, il a attribué deux des trois principaux portefeuilles ministériels à des politiciens issus de minorité ethnique, en l’occurrence Sajid Javid et Priti Patel, respectivement chancelier de l’échiquier et ministre de l’intérieur. Cela n’a pas fait couler beaucoup d’encre. Comme si ces nominations étaient habituelles. Elles étaient pourtant historiques.

Cette évolution a été provoquée par l’ancien premier ministre David Cameron. À son arrivée à la tête du parti conservateur en 2005, il décida d’en changer radicalement l’image, encore perçue comme le « parti méchant » (« nasty party »). Il instaura notamment une liste de postulants prioritaires : des femmes, et des hommes et des femmes issus de minorité ethniques. Cette liste servit de réservoir dans lequel les circonscriptions devaient piocher pour choisir leurs candidats.

« Il faut regarder le changement sur la durée »

Alors que seulement deux députés non-blancs étaient assis dans les rangs conservateurs en 2005, contre treize au Labour, leur nombre n’a cessé de progresser : ils sont aujourd’hui 22 chez les conservateurs, 41 chez les travaillistes et deux chez les libéraux-démocrates. Un rapport publié par le parlement en octobre 2020 rappelle pourtant qu’il en faudrait vingt-huit de plus pour que la Chambre des communes soit représentative de la population britannique, qui compte 14,4 % d’habitants issus de minorités ethniques (1).

« Certains voient dans cette situation le verre à moitié vide, moi je vois le verre à moitié plein », explique le professeur de sociologie Tariq Modood, directeur du centre de l’université de Bristol sur l’étude de l’ethnicité et de la citoyenneté. « Il faut regarder le changement sur la durée. La tendance est nettement positive, avec une réduction de la discrimination contre les minorités ethniques et du racisme. »

Le professeur pointe la proportion de jeunes acceptés à l’université. Durant l’année 2018/19, les Blancs représentaient 75 % des nouveaux étudiants. Mais la part des jeunes de 18 ans ayant intégré une université était de 30,3 % chez les « Blancs », 44,5 % parmi les « Noirs », 50,3 % pour les « Asiatiques » (principalement Indiens, Pakistanais et Bangladeshis) et 68 % chez les « Chinois ».

En revanche, les minorités ethniques sont sous-représentées au sein des meilleures universités britanniques. Le député travailliste David Lammy, lui-même d’origine guyanaise, fait ainsi campagne depuis plusieurs années sur l’ouverture d’Oxford et Cambridge à la diversité ethnique et sociale.

« Avant, les gens issus de minorités ethniques étaient exclus des positions importantes »

L’écart entre Blancs et minorités ethniques se réduit pourtant d’année en année. Il ne fait donc aucun doute que leur représentation progressera dans toutes les sphères dirigeantes de la société. Que ce soit en politique, dans le monde des affaires mais aussi l’éducation supérieure.

Tariq Modood précise pourtant que la discrimination n’a pas pris fin. « Avant, les gens issus de minorités ethniques étaient exclus des positions importantes. Maintenant, ils doivent être plus qualifiés que leurs homologues blancs pour être nommés ou embauchés. »

Le gouvernement a pris une mesure supplémentaire. Après avoir obligé les entreprises à diffuser depuis 2017 des chiffres sur les différences salariales hommes/femmes, il cherche à pousser les employeurs à exposer les différences salariales par ethnicité.

Rien de concret pour l’instant mais les autorités ont lancé en octobre 2017 un site Internet rassemblant de telles statistiques. On constate ainsi que les Britanniques blancs sont payés en moyenne entre 15 % et 16 % de plus que leurs concitoyens d’origine pakistanaise, africaine et bangladeshie mais 23 % de moins que ceux d’origine chinoise et 16 % de moins que ceux d’origine indienne. Des écarts qui témoignent de réalités très différentes entre les minorités.

(1) Au Royaume-Uni, les statistiques peuvent officiellement prendre en compte l’origine ethnique, contrairement à la France.

La Croix