Royaume-Uni : Quand Elizabeth II, future reine d’Angleterre, faisait un scandaleux salut nazi en famille

Peu transparente sur l’histoire de sa famille, Elizabeth II a dû faire face aux ombres du passé lorsqu’a été publiée une photo fort gênante : elle y faisait le salut nazi dans les jardins de Balmoral, au début des années 1930…

En 2012, année de son jubilé de diamant, Elizabeth II avait autorisé la numérisation des journaux intimes de la reine Victoria dans leur intégralité. « J’espère que cette collection d’une valeur historique […] servira à approfondir notre connaissance du passé », avait alors affirmé Sa Majesté, du haut de ses soixante années de règne – une longévité que ne surpassait encore que celui de Victoria, justement. Le Palais juge alors que, cent douze ans après sa mort, le moment est venu de publier les pensées privées de la souveraine sans qu’aucune censure ne soit plus de mise. Une exception qui confirme la règle.

La grande majorité des archives de la famille royale sont tenues hors de portée du public, enfermées dans la tour Ronde du château de Windsor. Les historiens peuvent demander à les consulter mais la loi sur la liberté de l’information (Freedom of Information Act), promulguée en 2000, ne s’applique pas à la famille royale. Détentrice de correspondances, discours et autres documents remontant au XVIIIe siècle, celle-ci n’a de comptes à rendre à personne concernant la gestion de ses archives. Les Windsor puisent dans ces documents de manière très sélective, notamment pour réaliser des expositions, à l’intérêt limité, tous les étés à Buckingham Palace.

La tour ronde du château du Windsor, dans laquelle se trouve les archives de la famille royale.

La tour ronde du château du Windsor, dans laquelle se trouve les archives de la famille royale.

Résultat : en juillet 2015, lorsque le Sun publie à la une une photo d’Elizabeth II enfant faisant le salut nazi dans les jardins du château de Balmoral avec sa mère, sa sœur et son oncle, le Palais voit rouge. Le cliché, extrait d’une vidéo d’une vingtaine de secondes, n’avait évidemment pas vocation à être rendu public. « Il est décevant que ce film tourné il y a huit décennies […] ait été obtenu et exploité », réagit alors le porte-parole de la reine. Les journaux rapportent que l’entourage de la souveraine s’apprête à lancer une enquête interne.

Son oncle Édouard VIII était allé rencontrer Hitler

Les images en noir et blanc, vraisemblablement datées de 1933, ont jeté un jour trouble sur le passé des Windsor. De l’avis général, la princesse Elizabeth, âgée d’environ 7 ans sur la vidéo, ne peut pas être suspectée d’amitiés nazies. L’enthousiasme avec lequel son oncle, le futur Édouard VIII, et sa mère tendent le bras face à l’objectif a suscité plus de questions.

Joe Little, directeur de Majesty Magazine, fait partie de ceux qui estiment que les images sont peu significatives, car sorties de leur contexte. « À l’époque, les nazis et Hitler étaient perçus de manière très différente. Tout laisse penser que la famille royale s’amusait devant l’objectif », croit-il.

Les historiens se montrent plus circonspects. En 1938, le père de la reine, George VI, avait apporté son soutien plein et entier à son ­Premier ministre, Neville Chamberlain, chantre de la politique d’apaisement vis-à-vis du régime nazi. Et la sympathie d’Édouard VIII, l’oncle d’Elizabeth, pour le régime de Hitler n’est un secret pour personne : en 1937, après son abdication, lui et son épouse, Wallis Simpson, s’étaient rendus en Allemagne pour rencontrer le Führer.

Selon l’historienne Karina Urbach, de la London University, des liens étroits ont été entretenus entre les aristocraties allemande et britannique, dont les parents d’Elizabeth II, à la demande du leader nazi. La chercheuse, qui a consacré un livre au sujet, n’a pas été autorisée à consulter les archives personnelles des Windsor. « L’histoire de la famille royale [britannique] n’est pas très différente de celle d’autres personnes engagées dans la folie de la politique de l’apaisement. Cela ne doit pas nous étonner […]. Mais nous devrions être autorisés à passer cette histoire au peigne fin dans les archives royales », avait réagi Karina Urbach après la mise en ligne par le Sun de la vidéo controversée.

À moins d’une révolution, il pourrait bien s’écouler plusieurs siècles avant que la tour Ronde de Windsor ne livre tous ses secrets.

Le Journal du Dimanche