Royaume-Uni : Quand le racisme devient une affaire d’État

Les trois Anglais qui ont raté leur tir au but, dimanche, en finale de l’Euro ont été victimes d’insultes à caractère raciste sur les réseaux sociaux. La Fédération anglaise, le Premier ministre et même le prince William condamnent ces comportements.

L’Angleterre, le pays qui a réglementé le football et en a fait ce qu’il est aujourd’hui, n’a pas remporté de deuxième trophée majeur, 55 ans après « sa » Coupe du monde. Outre-Manche, c’est donc la gueule de bois. Et pas celle qui suit le premier sacre de l’équipe nationale dans un Euro de football, mais bien celle « héritée » de l’excès de pintes pour oublier une énième désillusion. Les Anglais avaient anticipé les excès, dans la victoire comme dans la défaite : 35 % des travailleurs avaient demandé congé ce lundi 12 juillet et 27 % avaient demandé à télétravailler. La pétition lancée la semaine passée pour que le 12 juillet devienne férié a évidemment été enterrée sous les litres de larmes et de bière déversés par toute une nation.

Le prince William est « écœuré »

Une nation qui, en plus, doit mener un nouveau combat : celui contre le racisme. À peine l’Italie avait-elle décroché son deuxième Euro que des internautes déversaient un torrent de haine envers Marcus Rashford, Jadon Sancho et Bukayo Saka, les trois joueurs – noirs, faut-il le préciser ? – qui ont raté leur tir au but. Un phénomène devenu malheureusement monnaie courante. Sans doute que ceux qui profèrent ce genre d’insultes sont les mêmes énergumènes qui huent les joueurs mettant un genou à terre pour lutter contre le racisme avant les rencontres.

Même la fresque en l’honneur de Rashford à Withington, un quartier de Manchester, a été vandalisée. Celle-là même qui avait été réalisée pour saluer son engagement pour aider les jeunes défavorisés à se nourrir durant la pandémie, ce qui lui a valu le titre de « MBE », Membre de l’Ordre de l’Empire britannique.

Comme souvent, de nombreuses voix se sont élevées pour dénoncer ces dérives. À commencer par le sélectionneur Gareth Southgate (« C’est impardonnable, ce n’est pas pour cela que nous nous battons ! »), la Fédération anglaise de foot ou encore l’UEFA. Mais cette fois, il y a un vrai front commun qui se met en place dans les hautes sphères du pays. La police a annoncé qu’une enquête était ouverte et que ces comportements ne seront « pas tolérés ». « Les joueurs de cette équipe d’Angleterre méritent d’être traités en héros, et non être victimes d’insultes racistes. Les responsables de ces abus effroyables devraient avoir honte d’eux-mêmes », a tweeté Boris Johnson, le Premier ministre anglais. Le prince William s’est dit « écœuré » et insiste pour que « toutes les personnes impliquées soient tenues pour responsables ».

Facebook, Instagram et Twitter se défendent

En parlant de responsabilités, celles des réseaux sociaux sont remises en lumière. Facebook, qui détient Instagram, a déjà indiqué que des mesures plus strictes avaient été prises, incluant la suppression définitive de comptes ayant posté des messages abusifs. « Nous ne réglerons pas ce problème en une nuit mais nous voulons protéger notre communauté », a expliqué un porte-parole de Facebook. Twitter a annoncé avoir retiré plus de 1.000 posts en 24 heures et suspendus de nombreux comptes pour avoir violé ses règles. Mais forcément, les logiciels et autres algorithmes mis en place pour éviter et punir les dérives ne peuvent pas tout filtrer.

La BBC pointe ainsi qu’un internaute ayant signalé en message dans lequel un joueur était désigné par une émoticône d’orang-outan a reçu pour réponse automatique d’Instagram que sa technologie a déterminé que le commentaire n’enfreignait pas ses lignes de conduite. Certains demandent que des mots et émoticônes ne soient plus autorisés sur les plateformes. D’autres leur opposent la liberté d’expression et dénoncent un « flicage systématique ».

Une chose est sûre, les joueurs, eux, ne sont pas près d’arrêter de mettre un genou à terre.

Le Soir