Ruby, migrante congolaise qui a 30 jours pour quitter le territoire français, redoute de rentrer car elle a oublié «à quoi ressemble Kinshasa»

Pour la préfecture, l’acte de naissance fournie par la jeune femme est un faux, faute de légalisation du document par les autorités. Un défaut d’état civil « incompréhensible » pour la jeune apprentie, qui a pourtant obtenu un passeport congolais quelques mois après sa majorité et après des démarches entreprises auprès de son ambassade à Paris. […] Ruby dit avoir « peur de tout perdre ».

Quand Ruby* a parcouru pour la première fois la lettre de la préfecture, la jeune femme de 19 ans, née en République démocratique du Congo, « n’a pas compris ». Depuis son arrivée en France en 2017 à l’âge de 15 ans, la signification des lettres « OQTF » – pour « obligation de quitter le territoire français » – lui était inconnue. Mais le 20 septembre dernier, le couperet est tombé. Sa demande de titre de séjour a été rejetée, elle dispose de 30 jours pour quitter le pays. En comprenant « la gravité » de la situation, Ruby est « tombée des nues », confie-t-elle à 20 Minutes […].

L’avenir de son BTS en « gestion des petites et moyennes entreprises » est suspendu au recours en référé déposé il y a quelques jours par le biais de son avocate. Déterminée, Ruby dit aussi sa fatigue, lasse des « épreuves » qui se sont imposées à elle depuis son adolescence. L’arrivée brutale en région parisienne sans repères familiaux, la nuit à la rue, les changements de foyers en foyers et le traumatisme de la mort de son père, assassiné au Congo. Un quotidien qu’elle a décidé, en 2019, de coucher à l’écrit et qui devrait être publié d’ici quelques mois […].

Ce sentiment de « gâchis », Ruby n’est pas la seule à l’exprimer. Raphaëlle*, son éducatrice dit, elle aussi, son amertume […].

[…] Ruby est épaulée par un collectif à l’origine d’une pétition. Lancé le 9 octobre sur le site Change.org, le texte de soutien a d’ores et déjà recueilli [des] signatures dont celles de plusieurs personnalités comme Lilian Thuram […]. Si l’avenir de Ruby est désormais suspendu au recours déposé devant la justice, la perspective d’un retour en RDC reste « inconcevable » : « Je ne sais même plus à quoi ressemble Kinshasa. Qu’est-ce que j’irai faire là-bas ? Mon père est mort, je n’ai plus de famille proche […]. Si je suis partie du Congo, ce n’est pas pour y retourner. »

*Les prénoms ont été modifiés

20 Minutes