Russie : “Je représente Wagner”, pour aller combattre en Ukraine, des mercenaires recrutés directement en prison 

Dans une vidéo hallucinante, le patron de Wagner, Prigogine, recrute des soldats russes… dans une prison. Une preuve de plus des problèmes de recrutement dans l’armée de Poutine.

“Vous avez cinq minutes pour prendre une décision”, lance, en russe, un homme à des détenus regroupés dans une cour de prison. “Seuls Dieu et Allah vous feront sortir de prison. Moi, je vous en fais sortir vivant. Mais tous ne reviendront pas. Alors, les gars, des questions ?” Le message a le mérite d’être clair. L’homme qui s’adresse aux bagnards, en tenues noires, alignés en U autour de lui, est un visage familier : Evgueni Prigogine, surnommé “le cuisinier de Poutine“, un homme d’affaires de Saint-Pétersbourg réputé proche du président russe, et lié à la société de mercenaires Wagner

Un soldat russe en patrouille dans un quartier détruit de Severodonetsk, dans l’est de l’Ukraine, le 12 juillet 2022. Photo prise lors d’un voyage de presse organisé par l’armée russe

Jusqu’à présent, l’oligarque soutenait mordicus qu’il n’avait rien à voir avec “Wagner” – déployé dès 2014 en Ukraine, puis en Syrie, en Libye, en Centrafrique ou encore au Mali -, et dont il niait d’ailleurs l’existence. En mars dernier, Prigogine a même poursuivi en diffamation le média d’investigation Bellingcat pour l’avoir désigné comme le patron de Wagner.  

Mais sur les images diffusées sur les réseaux sociaux ce mercredi 14 septembre, Prigogine ne se cache plus. Devant ces détenus, il annonce d’emblée la couleur : “Je représente la société privée militaire Wagner, vous en avez peut-être entendu parler.”  

Qui a filmé cette vidéo ? Et qui l’a fait fuiter ? Mystère… Elle révèle en tout cas la difficulté pour l’armée russe de recruter de nouveaux soldats. “Le signe d’une crise massive” analyse sur Twitter Phillips O’Brien, professeur à l’université de Saint Andrews (Ecosse). L’armée de Poutine a perdu entre 70.000 et 80.000 hommes (morts ou blessés) depuis le début de la guerre, si l’on en croit les dernières estimations du ministère de la Défense américain (en août 2022). 

Mobilisation en catimini

Remplacer ces militaires est un casse-tête pour Moscou et probablement l’une des clefs de la spectaculaire débandade russe de ces derniers jours face à la contre-offensive ukrainienne, au nord-est. Le Kremlin veut à tout prix éviter de déclarer une mobilisation générale, qui révélerait au peuple russe une cruelle vérité : leur pays est bien en guerre, loin de la simple “opération militaire spéciale” vendue par Vladimir Poutine depuis le début de l’invasion, le 24 février 2022.  

Dos au mur, Vladimir Poutine n’a d’autre choix qu’une mobilisation en catimini, quitte à enrôler les pires recrues. Des informations sur des campagnes de recrutement en prison couraient depuis plusieurs semaines. Par le passé, d’autres documents ont circulé, montrant des incitations à rejoindre l’armée dans des lieux des plus improbables, par exemple au dispensaire psychiatrique de Saint-Pétersbourg. Outre un “paiement élevé”, l’annonce proposait des “garanties sociales” et le droit d’obtenir le statut d’ancien combattant. 

Plus classique, on trouve des “offres d’emploi” pour “soldats sous contrat” sur plusieurs sites de recrutement, y compris des plateformes internationales Head Hunter. L’armée y propose jusqu’à 300 000 roubles de salaire, soit 5.000 euros, sept fois le salaire moyen en Russie.  

“Ceux qui sont les plus effrontés survivent le plus souvent”

En mai dernier, la Douma (le Parlement) avait supprimé la limite d’âge, fixée à 40 ans, pour intégrer les rangs de l’armée. Pas suffisant, visiblement, pour attirer en masse. En offrant la grâce à des criminels en retour de “six mois” d’engagement sur la ligne de front, Evgueni Prigogine, à la tête de l’armée de l’ombre de Poutine, connue pour ses exactions sur les civils dans une demi-douzaine de pays, laisse entrevoir les méthodes musclées de Wagner.  

“Ceux qui avancent, ceux qui sont les plus effrontés, survivent le plus souvent”, lance aux prisonniers ‘le cuisinier de Poutine’. Avant de les avertir : “Ceux qui arrivent au front et disent dès le premier jour que cet endroit n’est pas pour eux sont considérés comme des déserteurs, ce qui sera suivi d’une exécution par un peloton d’exécution.” À bon entendeur… 

L’Express