Russie : Une nouvelle loi impose des examens médicaux trimestriels, incluant le dépistage de la syphilis et du sida, aux travailleurs étrangers et à leur famille

Une nouvelle loi oblige les travailleurs étrangers présents en Russie à subir régulièrement des examens médicaux afin de dépister des maladies telles que la lèpre, la tuberculose, la syphilis ou le Sida. Une mesure qui pourrait avoir un effet dissuasif alors que le pays manque de main-d’œuvre.

C’est le 29 décembre que la loi est en principe entrée en vigueur : pratiquement tous les étrangers qui vivent en Russie doivent désormais se soumettre tous les trois mois à une batterie d’examens médicaux incluant des radiographies et des tests sanguins et urinaires. Ils devront en outre donner leurs empreintes digitales et seront obligatoirement pris en photo.

Ces nouvelles mesures s’appliquent aussi bien aux professionnels hautement qualifiés qu’à la main-d’œuvre venue des anciennes républiques soviétiques d’Asie centrale et qui représente la majeure partie des 11,6 millions de travailleurs étrangers présents en Russie, selon les Nations unies.

Net infléchissement vis-à-vis des travailleurs étrangers

“Il y a longtemps qu’un texte législatif n’avait pas provoqué une telle vague d’incompréhension, de déception et d’indignation parmi des milliers de dirigeants d’entreprises étrangers. La Russie risque d’y perdre son attractivité”, a prévenu Matthias Schepp, le président de la chambre de commerce germano-russe.

Une dizaine d’organisations commerciales internationales parmi lesquelles la Chambre de commerce des États-Unis et l’Association des entreprises européennes ont adressé une lettre au gouvernement pour lui demander d’assouplir ces règles au moins pour les étrangers reconnus comme des professionnels qualifiés et pour ceux qui détiennent un permis de séjour. Les maintenir en l’état “ne pourrait qu’avoir un impact négatif sur le commerce et les investissements dont [la Russie] a besoin”, selon Nathan Hunt, président de la section moscovite de l’Association d’affaires Canada-Russie-Eurasie (AACRE).

La nouvelle loi marque un net infléchissement par rapport à la politique menée depuis des années par le gouvernement russe qui visait à rendre le pays plus attrayant pour les étrangers, notamment au travers d’un visa spécial pour les professionnels hautement qualifiés, des amnisties accordées à ceux dont les papiers d’immigration n’étaient pas en règle ou la simplification du processus d’obtention de la citoyenneté.

Des efforts qui du reste ont eu un impact limité puisque la Russie est classée parmi les pires pays au monde pour les expatriés dans la dernière enquête du réseau d’expatriés InterNations. L’année dernière l’investissement étranger direct était au plus bas en Russie depuis 2003.

Ces restrictions marquent un revirement après des années de tentatives pour rendre la Russie plus attrayante pour les étrangers, notamment par l’introduction d’un programme de visas simplifié pour les spécialistes hautement qualifiés, par des amnisties pour les personnes dont les papiers d’immigration ne sont pas en règle et par la simplification du processus d’obtention de la citoyenneté.

Ces efforts ont eu un impact limité, la Russie se classant parmi les pires endroits au monde pour les expatriés, selon une enquête réalisée en mai pour le groupe InterNations. L’année dernière, les investissements directs étrangers ont été les plus faibles depuis 2003.

Les nouvelles réglementations s’appliquent à la fois aux spécialistes hautement qualifiés et à l’importante population de travailleurs migrants de Russie, dont beaucoup viennent des anciennes républiques soviétiques d’Asie centrale, qui constituent la majeure partie des 11,6 millions d’étrangers du pays, selon les estimations des Nations unies.

La Russie, qui était déjà confrontée à une diminution de sa main-d’œuvre avant même que la pandémie de Covid-19 ne fasse de 2021 l’année la plus meurtrière depuis la Seconde Guerre mondiale, ne peut se permettre de refuser des migrants. Le manque de travailleurs menace de peser sur l’économie, alors que l’inflation explose et que le chômage n’a jamais été aussi bas.

La loi a été élaborée pour des raisons de sécurité nationale et pour améliorer la sécurité sanitaire, selon une note explicative jointe à la législation lors de son adoption au cours de l’été.

“La Russie ferait figure d’exception dans le monde en exigeant tous ces tests”, a déclaré Nathan Hunt, président de la section moscovite de l’Association commerciale Canada Eurasie Russie. “Cela ne peut qu’avoir un impact négatif sur le commerce et les investissements dont ils ont besoin”.

Bloomberg