Saint-André des Eaux (44) : La justice autorise Anaïs à faire venir Mohamed depuis l’Algérie vers la France pour célébrer leur mariage

La fermeture des frontières liée à la crise sanitaire a séparé des milliers de couples binationaux, empêchant certains de se marier. Anaïs Saint-Jalmes, résidente de Saint-André-des-Eaux, en Loire-Atlantique, a obtenu devant le Conseil d’État que les futurs mariés puissent entrer sur le territoire pour la cérémonie.

Depuis plus d’un an, Anaïs se bat pour que son mariage puisse avoir lieu. Elle a rencontré Mohammed en septembre 2018. Ne pouvant pas avoir de visa pour la France, c’est elle qui fait les déplacements en Algérie pour le retrouver. Elle passe en tout 8 mois à ses côtés.

Son idée du mariage « a été complètement gâchée ». À Saint-André des Eaux (Loire-Atlantique), près de Saint-Nazaire, Anaïs Saint-Jalmes, 32 ans, ne décolère pas. Depuis presque neuf mois, elle n’a pas pu serrer dans ses bras son futur époux. Mohamed, 26 ans, est Algérien, et depuis le début de la crise sanitaire, il n’a pas eu le droit de se déplacer en France, même pour célébrer leur mariage.

Je me fais suivre par un psychologue. Je prends des anxiolytiques, des somnifères et j’ai un traitement à vie pour une maladie auto-immune à cause du stress psychosomatique.”

En avril 2019, le couple décide d’entamer une procédure de mariage pour s’unir dans le pays de Mohammed. Après un an et plus de 10 allers-retours entre la France et l’Algérie, ils reçoivent le CCAM, le certificat de capacité à mariage obligatoire pour une union à l’étranger. Les bans sont publiés. La cérémonie est prévue pour le 10 octobre 2020, mais la pandémie en a décidé autrement.

Anaïs ne peut pas se rendre sur le sol algérien, car les frontières sont fermées. Pour envisager cette union, le couple a dû être patient et constituer un dossier béton, 50 pièces en moyenne, ce qui a été fastidieux et coûteux. “Ce sont des enquêtes très longues, on passe des auditions, on nous pose des questions très intrusives. Ce sont vraiment des périodes très difficiles”, se souvient Anaïs. Problème, les documents ne sont pas éternels. Le CCAM et les bans ont une validité d’un an. Au-delà de cette date, toute la procédure est à refaire. “La pandémie a complètement verrouillé notre mariage”, s’indigne Anaïs.

C’est pour enfin trouver une solution que le collectif a décidé de saisir le Conseil d’État. Les couples travaillent ensemble depuis 8 mois pour constituer un dossier et trouver une solution commune à toutes les situations. “On a plusieurs cas. On a des personnes qui attendent de célébrer le mariage, mais aussi des personnes qui sont bloquées dans leur procédure et qui comptent sur nous pour notamment obtenir le CCAM, demander sa prolongation automatique puisqu’actuellement ça n’est pas le cas. Mais ce sont principalement des personnes qui veulent se marier en France et qui ne veulent plus subir ce calvaire administratif”, indique la porte-parole du collectif.

Le couple s’est rencontré sur Internet, et pendant plusieurs mois Anaïs Saint Jalmes a enchaîné les allers-retours entre les deux pays. « C’est moi qui l’ai demandé en mariage, sourit l’ancienne policière municipale à Saint-Nazaire. En commençant les démarches en avril 2019, elle anticipe déjà une longue procédure, « mais pas deux ans ». Le couple se prête au jeu des nombreuses questions « parfois très intrusives » et enquêtes pour pouvoir se marier avec une autre nationalité, qu’Anaïs Saint-Jalmes dit « comprendre ».

Partie à Alger début mars 2020 pour justement récupérer un document nécessaire au mariage, Anaïs Saint-Jalmes s’y retrouve bloquée sans ses deux fils âgés de 6 ans et 10 ans d’une précédente union, alors que la France se confine et l’Algérie ferme ses frontières.[…]

« On a gagné » ! Au téléphone, la voix d’Anaïs Saint-Jalmes rayonne ce samedi 10 avril 2021 en annonçant la décision du Conseil d’État tombée la veille au soir. Ce dernier vient en effet d’enjoindre le gouvernement à considérer le mariage des couples binationaux comme un motif impérieux. Un soulagement pour la trentenaire qui se bat depuis deux ans pour pouvoir se marier avec son compagnon algérien. Entre lourdeur des formalités administratives et pandémie mondiale, le couple binational désespérait.

« Ce que l’on vit est inhumain »

Déjà avant la Covid-19, les démarches à effectuer dues à la nationalité de son conjoint, ont été « lourdes et intrusives » mais « compréhensibles » pour cette ancienne agent de police municipale de la région de Saint-Nazaire (Loire-Atlantique). Début 2020, leur dossier est complet et les bans publiés. Arrive la pandémie que l’on connaît. Le mariage, prévu le 10 octobre, est reporté à fin novembre, puis annulé. Impossible pour le futur marié de venir en France.

Il y a dix mois que nous ne nous sommes pas vus, nos deux pays ayant verrouillé leurs frontières. La dernière fois que je suis allée le voir à Alger, c’était début mars 2020, sans imaginer la suite. J’ai été bloquée quatre mois avant de pouvoir rentrer, malgré mes enfants de 6 et 10 ans, restés ici. La jeune maman se remémore sa « détresse » d’entendre ses garçons « tous les jours pleurer au téléphone ».

Dès son retour l’été dernier, Anaïs, déterminée, entame le combat, d’abord aux côtés du groupe « Love is not tourism », puis, en novembre, crée le collectif « Visa mariage collectif : couples binationaux franco-étrangers » sur Facebook.

Ouest-France