Saint-Brieuc (22) : « Complot raciste institutionnel en bande organisée », il poursuit en justice la mairie qui a refusé de célébrer son mariage avec une gabonaise munie de faux papiers et réclame 4 millions d’euros

À la barre du tribunal correctionnel de Saint-Brieuc ce jeudi 16 juin, un homme poursuivi pour dénonciation calomnieuse. Ses victimes ? Le maire de Saint-Brieuc, notamment.

Forfaiture, faux et usage de faux, discrimination raciale, vol, extorsion, violences physiques, abus de confiance, diffamation, association de malfaiteurs en bande organisée, etc. : la plainte déposée, en juillet 2020, auprès du procureur de la République de Saint-Brieuc (Côtes-d’Armor), par un homme qui accusait la mairie de Saint-Brieuc de refuser d’enregistrer son mariage s’apparentait à un inventaire à la Prévert.

« Vous n’avez pas d’avocat, je crois que ça s’est mal passé à chaque fois… » Ce jeudi 16 juin, la présidente de l’audience correctionnelle aborde franchement, mais prudemment, le dernier prévenu du jour. « On m’a attribué à chaque fois des avocats qui n’étaient pas compétents », déplore le monsieur.

Il est poursuivi pour dénonciation calomnieuse. « C’est assez rare devant le tribunal », note la juge, qui accorde au procès un temps de pédagogie pour expliquer l’infraction. Elle est constituée ici par un écrit de près de 80 pages, adressé au maire de Saint-Brieuc, et transmis au procureur, dans lequel il cogne tous azimuts sur deux agents de l’état civil de Saint-Brieuc. « Vous les accusez de faux et usage de faux, de forfaiture, de vol, escroquerie, discrimination raciale… » La liste est longue comme un sommaire de Code pénal.

Des procédures contre tout le monde

« Mais vous avez des procédures contre tout le monde en plus », constate la juge. Des actions en justice contre le directeur général des services de la mairie de Saint-Brieuc, le maire, l’État, le préfet, le ministre de la Justice, la directrice de la Caf, le directeur de Pôle emploi… « Ça fait beaucoup, beaucoup, beaucoup… »

On m’a attribué à chaque fois des avocats qui n’étaient pas compétents

Le prévenu opine du chef. Il a aussi accusé « en les nommant X », des personnels du bureau du procureur, qui feraient partie comme tous ces gens « d’un complot de racisme institutionnel en bande organisée ».

Mariage en 2020

L’affaire a démarré lorsqu’il a entamé les démarches pour se marier au civil, en 2020. Les agents ont relevé que l’acte de naissance de sa compagne, Gabonaise, n’était pas authentique. « Alors ils ont même reçu un coup de fil d’un soi-disant consul du Gabon leur intimant l’ordre de tenir compte de ce document ». Dans sa lettre de 80 pages, qui dénonce le comportement des agents de l’état civil, il réclame « 4 millions d’euros d’amende en dédommagement et de la prison ».

« Elles m’ont volé des droits »

Face à la juge, qui l’interroge, le prévenu liste des articles du Code. « Mais on n’est pas au civil ici, on est au pénal », tente de lui faire comprendre la juge. « Quand vous les accusez de vol, ça correspond à quoi ? » « Elles m’ont volé des droits », assure l’intéressé.

Le procureur requiert la relaxe. « On est davantage dans l’outrage. Il faut que monsieur sache que s’il recommence, c’est cela qu’on retiendra contre lui ». Le tribunal l’a relaxé, après un très court délibéré.

Le Télégramme