Saint-Brieuc (22) : « Mais ! Vous parlez français à l’interprète ? » s’étonne le juge lors d’un procès

Tribunal correctionnel de Saint-Brieuc, ce mercredi matin. L’audience à juge unique est saturée d’affaires de violences. Avec des prévenus qui s’embrouillent, parfois jusque dans le choix des langues…

Dans la grande salle d’audience du tribunal correctionnel de Saint-Brieuc, ce mercredi 22 septembre au matin, les écrans larges des téléviseurs sont allumés en surplomb du public et des avocats, qui vont et viennent autour du box. À l’écran, un homme se lève, et quitte une pièce sans fantaisie. La présidente vient de clore les débats avec ce détenu, jugé en visioconférence. « Bon, on va examiner les demandes de renvoi », enchaîne la magistrate. Et voilà des gens quittant la salle, le programme de la matinée soudain élagué du surplus.

En dessous de la ceinture

À la barre se présente un jeune Afghan, sous escorte policière. Il est là pour des insultes, évoquant des pratiques en dessous de la ceinture, et adressées au directeur adjoint de la maison d’arrêt de Saint-Brieuc. Il y est incarcéré en détention provisoire, pour une affaire de viol, et il n’aurait pas goûté une sanction disciplinaire. Il a d’emblée quelques mots pour la présidente. « Parlez dans votre langue monsieur, conseille-t-elle, l’interprète est là pour ça ». Il a fallu faire venir de Rennes un locuteur pachtoune.

Qui traduit : « Il vous dit faites ce que vous avez à faire, je n’ai pas envie de répondre ». La présidente l’interroge quand même. Et voilà que le prévenu se montre bavard. « Il comprend très bien le français », note l’interprète. En tout cas, il nie catégoriquement les outrages. « Cinq mois ferme », finit par trancher la présidente.

En plein barbecue

Au tour de deux costauds d’avancer vers la juge, avec leur interprète en langue arabe. L’histoire est compliquée, et personne n’y comprend goutte. Ils seraient tombés à bras raccourcis sur un voisin, qui avait eu le tort de garer sa voiture près de chez eux, tandis qu’ils étaient en plein barbecue. La présidente entame l’interrogatoire. Et ouvre soudain de grands yeux. « Attendez, vous êtes en train de parler français à votre interprète ? ». Le jeune homme bredouille, et poursuit ses explications.

« Sur la tombe de ma mère »

« Mais vous reparlez en français ! », s’agace la magistrate, qui essayait d’en savoir plus sur une histoire de coup porté avec une bouteille de whisky. De toute façon, « tout le monde a menti dans cette histoire », constate un des prévenus, y compris son ami. Lui-même assure n’avoir rien fait car il avait « son fils dans les bras ». Mais « personne ne vous a vu avec », nuance la présidente. « Je vous le jure sur la tombe de ma mère », s’engage le jeune homme. « On est dans un tribunal monsieur, on ne jure pas ». Verdict : huit mois avec sursis.

Le Télégramme