Saint-Denis (93) : Bras de fer entre la municipalité et l’association MaMaMa qui vient en aide aux familles en difficulté

L’association d’aide aux familles en difficulté est menacée d’expulsion par la ville, qui exige le paiement d’un loyer pour le local occupé depuis deux ans à titre gracieux.

« Ils nous ont traînés dans la boue alors que nous étions les premiers à les aider ». Pour Katy Bontinck, première adjointe au maire (PS) de Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), la « campagne médiatique » lancée par l’association MaMaMa ne passe pas.

Le 19 juillet dernier, la structure qui distribue des colis alimentaires et produits de première nécessité aux nourrissons et aux femmes en difficulté, a en effet publié sur les réseaux sociaux une vidéo. Elle y explique être menacée d’expulsion, sous sept jours, des locaux qu’elle occupe depuis deux ans à titre gracieux. Motif de cette mesure : son incapacité à verser les 18.000 euros de loyer mensuel réclamés par la SEM Plaine Commune Développement et la ville de Saint-Denis. «Il est clair qu’on ne veut plus de nous», s’indigne une salariée de l’association dans la vidéo.”

Une « tête de pont logistique » des associations

Pour comprendre le conflit qui oppose l’association aux collectivités, il faut remonter à avril 2020. Au début du premier confinement, le maire de Saint-Denis d’alors, Laurent Russier, propose à MaMaMa une convention d’occupation – à titre gracieux – dans les anciens locaux d’AB Production, sur le ZAC Nozal Front Populaire . Inoccupé, le site de 1.200 mètres carrés est voué à la destruction d’ici 2024. Pendant près de deux ans, les conventions temporaires sont renouvelées par la nouvelle municipalité, et l’association se développe.

« Nous sommes désormais présents dans neuf départements. Nous travaillons avec 150 centres de santé, 110 associations et bien sûr des particuliers bénéficiaires. Au total, plus de quatre millions d’euros de produits de première nécessité ont été distribués en deux ans », note Magali Bragard, cofondatrice de l’association. « Nous avions même été qualifiés d’ONG locale par Mathieu Hanotin (le nouveau maire, NDLR) qui, à l’époque, nous expliquait qu’il serait indécent de nous faire payer un loyer », ajoute-t-elle, vidéo à l’appui.

Pour son adjointe, Katy Bontinck, cette vidéo a été coupée. Le maire aurait ajouté « le temps que vous trouviez un nouveau local ». En effet, la première adjointe assure qu’il a toujours été clair que cette occupation ne perdurerait pas après le confinement. « Au total, avec deux ans d’occupation gratuite et quelques subventions, c’est 500.000 euros que la ville a offerts à l’association, ce qui est énorme. Aujourd’hui, elle a de nombreux partenaires et subventions. La ZAC a un modèle économique à tenir. D’autant que d’autres acteurs de l’ESS seraient prêts à louer ce local », estime-t-elle.

La municipalité aurait d’ailleurs prévenu MaMaMa que rester sur site serait intenable, même avec le loyer « minimum » proposé par la SEM, soit 120 euros par mètre carré (dont 50 euros de charges) par an. «MaMaMa veut absolument 1.200 mètres carrés, être proche d’une gare, etc. Forcément cela a un coût… », constate Katy Bontinck.

Loyer intenable

« Même si nous avons reçu beaucoup de subventions en deux ans, dont 240.000 euros du plan de relance , toutes étaient fléchées. Nous ne pouvons donc pas payer notre loyer avec. Et personne n’a voulu s’engager à financer notre loyer pour un montant aussi haut. Or nous avons besoin d’un grand espace permettant de recevoir d’énormes livraisons », justifie Magali Bragard.

Aujourd’hui, le dialogue est rompu entre les deux parties. « Nous ne céderons pas à cette forme de chantage, nous assumons qu’un modèle économique est vital pour la ZAC et que nous avons déjà bien aidé cette association, qui n’agit d’ailleurs pas que dans notre département. Si elle ne quitte pas rapidement les locaux, nous ferons appel à un juge », prévient Katy Bontinck.

Les Echos