Saint-Jean-du-Gard (30) : L’installation de légionnaires dans les Cévennes fait polémique

Après plusieurs mois de polémique, l’achat d’une ferme de 12 hectares par le ministère des armées, qui pourrait être bouclé dans les prochains jours, ne se fera pas sans quelques changements dans le cahier des charges.

« Pas de Légion dans nos Cévennes ! » Sur les hauteurs de Saint-Jean-du-Gard, l’opposition des riverains à une possible installation d’un camp de légionnaires s’écrit en rouge vif sur les rambardes au bord de la route. Comme souvent dans son histoire, la résistance des habitants des Cévennes pour défendre leurs terres se fait entendre. Depuis novembre, le ministère des armées travaille à l’achat d’une ferme de 12 hectares, dont cinq de surface agricole, pour y installer le 2e régiment étranger d’infanterie (REI) de la Légion étrangère, déjà implanté à Nîmes. La vente pourrait être conclue dans les prochains jours, sauf renoncement de l’armée.

En bordure d’une route départementale sinueuse, la haute bâtisse de la ferme de Bannière se dresse, surplombant quelques terrasses de culture, bordées de pierres. Ici, jusqu’en 2021, le propriétaire élevait un troupeau de brebis laitières, fabriquait et vendait son fromage. Après trente-trois ans d’activité, il a décidé de prendre sa retraite. Anticipant sa transmission, il a mis en vente sa ferme il y a trois ans, et s’est adressé à la Société d’aménagement foncier et d’établissement rural (Safer) afin de trouver un repreneur capable de maintenir l’activité agricole. À la ferme de Bannière, comme ailleurs, la valeur de la maison dépasse allègrement celle des terres.

Tirs à blanc interdits

Face à la mobilisation locale, qui dénonce une « militarisation des Cévennes », le cahier des charges rédigé par la Safer pour conclure la vente vient d’évoluer. L’armée avait d’abord communiqué sur l’utilisation de « tirs à blanc » sur le site à la faveur de l’entraînement des légionnaires, provoquant la colère des habitants. Désormais, le cahier des charges indique que « l’acquéreur s’engage à prendre toutes les mesures requises pour éviter de provoquer des inconvénients anormaux du voisinage (…) (et) s’interdit notamment, pendant la durée du cahier des charges, d’effectuer des tirs de munitions d’exercice de toutes catégories et de toutes armes ».

Le ministère des armées confirme avoir fait machine arrière et précise qu’il y aura des « entraînements à pied dans le pays cévenol », ainsi qu’une « instruction technique et tactique » sur place, mais « sans utilisation de munitions, même à blanc, dans les environs comme sur la propriété ». À cet endroit, les randonneurs sont nombreux. Ils sillonnent plusieurs chemins de randonnée, notamment autour de la propriété, dont le célèbre chemin de Stevenson un peu plus haut. « Vous imaginez des randonneurs qui se retrouvent face à des militaires en exercice ? » s’offusque Jeannine Bourrely, voisine directe de la propriété, vice-présidente du centre régional de la propriété forestière (CRPF) d’Occitanie et propriétaire forestière engagée dans la replantation de la forêt cévenole.

Un bail rural étendu

Par ailleurs, le cahier des charges garantit la location des parcelles agricoles à un ou plusieurs exploitants pour une durée de neuf ans, renouvelable automatiquement. À la demande de l’armée, il ne sera pas possible pour l’exploitant d’implanter des cultures pérennes, telles que des vignes ou des arbres fruitiers. « Nous avons déjà quelques candidatures d’éleveurs de bovins et d’ovins », prévient Michael Fourel, directeur départemental du Gard de la Safer. Une autre clause a été ajoutée récemment : l’extension du bail rural à toute « la partie non bâtie de la propriété ». Concrètement, cela signifie que les légionnaires n’occuperaient que les bâtiments et laisseraient, en fermage, la totalité des espaces extérieurs. « Faire acheter à l’armée un terrain dont ils ne peuvent pas profiter, ça parait curieux… », s’étonne Jeannine Bourrely.

Rien n’interdira la Légion de s’entendre à l’amiable avec l’exploitant agricole pour s’exercer dans la forêt de pins. « En effet, ils sont libres de s’arranger », confirme la Safer. « L’idéal serait que le Syndicat des forestiers privés du Gard obtienne le bail rural pour cette parcelle. On en ferait un lieu destiné à la recherche sur le gemmage des pins maritimes dans le cadre de la charte forestière du pays des Cévennes », suggère Jeannine Bourrely. Depuis l’an dernier, un projet de recherche et développement autour de la récolte de résine a été lancé dans les Cévennes pour la cosmétique bio. D’ici là, la vente attend d’être finalisée. « Nous nous sommes engagés à ne pas signer l’acte de vente si le cahier des charges n’est pas accepté par le ministère des armées », prévient Michael Fourel, de la Safer.

Les autres implantations en France

La « maison mère » de la Légion se trouve à Aubagne (Bouches-du-Rhône). C’est là que se situe le commandement ainsi que le 1er Régiment étranger (RE), le plus ancien.

Plusieurs régiments de « combat » sont stationnés en métropole. Le 1er RE de cavalerie est situé au Camp de Carpiagne (Bouches-du-Rhône). Le 1er RE de génie se trouve dans le Gard, à Laudun-l’Ardoise, comme le 2e RE d’infanterie, à Nîmes. Saint-Christol (Vaucluse) accueille le 2e RE de génie. Le 2e Régiment étranger de parachutistes est à Calvi (Corse) et la 13e Demi-brigade de la Légion étrangère s’est installée dans le Larzac en 2016.

L’outre-mer accueille deux camps : le 3e RE d’infanterie à Kourou (Guyane) et le détachement de Légion étrangère, à Mayotte.

La Croix