Saint-Lary-Soulan (65) : Fermeture en urgence d’une colonie de vacances après des émeutes (Màj : Le père d’une victime est pris à partie sur Twitter pour avoir voté NUPES)

13/08/2022

10/08/2022

Vous parlez de chaos… Mais c’était un véritable enfer. Si ça avait continué, il y aurait eu un mort ». Animatrice à la colonie de vacances du centre d’altitude de la Charente à Saint-Lary, Fiona, directrice adjointe, est encore traumatisée par ses cinq jours passés, du mardi 2 au samedi 6 août, dans le centre. « Les enfants venaient pour kiffer, nous aussi. Et au final, on est traumatisés », dit-elle, la voix tremblante, en revenant sur les graves incidents.

Harcèlement sexuel, violence, coups, insultes, insécurité permanente, dégradations… Dès le premier jour, elle décrit un séjour apocalyptique. « Il y a eu une très très grosse bagarre, loin de la bagarre de cour d’école. Trois jeunes ont dû s’enfermer dans leur chambre pour leur sécurité. Les gendarmes sont intervenus dès ce jour-là et ont préconisé l’exclusion des jeunes violents, car c’était trop dangereux », décrit-elle.

Gendarmes dès le premier jour

Rapatriement en urgence des enfants : après une semaine émaillée par des violences, la FCOL de la Charente a dû mettre un terme à la colonie de vacances qui se déroulait depuis mardi au centre de Saint-Lary.

Loin de ramener le calme, le départ précipité et disciplinaire des deux fauteurs de trouble échauffe l’esprit de leurs copains. Dégradation, vengeance, règlements de comptes. « Certains enfants s’enfermaient dans les toilettes ou leur chambre pour échapper aux coups. » Ce que confirme un enfant : « Ils se mettaient à une dizaine pour entrer dans notre chambre. On s’est barricadé en mettant contre la porte une armoire, une commode ». Fiona : « Il y a eu une autre bagarre, le deuxième jour. Je suis intervenue pour séparer. J’ai pris des coups. J’ai encore des bleus ».

Ils se mettaient à une dizaine pour entrer dans notre chambre. On s’est barricadé en mettant contre la porte une armoire, une commode.

Les stigmates ne sont pas que corporels. Ils sont aussi psychiques. Une animatrice a craqué : « Un ado de 13 ans passait son temps à se masturber, ou faire semblant de se masturber contre (moi). Les comportements étaient hypersexualisés ». Et les adolescentes accueillies en étaient aussi victimes. « Une gosse de 10/12 ans a tenté de se suicider en s’étranglant avec sa ceinture car elle n’en pouvait plus du harcèlement. Un petit a été humilié, short baissé, devant tout le monde ».

Ce mercredi, les jeunes Charentais de la colonie de Saint-Lary ont enfin retrouvé leurs parents après une semaine de violences au centre des Hautes-Pyrénées. Des familles comptent porter plainte.

Infernale le jour, l’ambiance devenait apocalyptique la nuit. « Des collègues ont mis leur matelas dans les couloirs pour tenter de mettre un terme aux intrusions dans les chambres des filles. Personne ne dormait la nuit. Le jour, tout le monde était rincé ».

Des extraits de conversations collectives via l’application WhatsApp confirment les nuits blanches et violentes. 0h36 : « S. a pris une grosse pierre dans sa chambre pour se défendre des autres garçons ». 0h36 encore. « Je suis monté pour calmer les filles qui pleuraient et criaient ». 2h08. « On va dormir dans le couloir des mecs car ils veulent encore se battre ». 2h09. « On dort toujours pas. Les gars se sont barricadés dans leur chambre car ils ont peur des autres. On va donc dormir dans le couloir pour ce soir ». 3h14. « Tout va bien ? »

Un luminaire arraché

Un luminaire arraché

5 animateurs diplômés

S’il y avait bien 12 encadrants, âgés de 18 à 22 ans, tous n’étaient pas formés et seuls trois hommes étaient présents. Sur les cinq animateurs du groupe ados, seuls deux avaient le BAFA, deux autres étaient stagiaires et un dernier non diplômé. Au total, outre une directrice, il y avait 5 animateurs diplômés, 5 stagiaires et un non-diplômé « Et dans un séjour comme ça, c’est impossible de former les stagiaires. On venait pour animer une colo et on avait l’impression d’atterrir dans une maison de redressement. »

J’avais pris ce job pour payer mes fournitures scolaires. Mais c’est terminé. Je préfère être une étudiante dans la merde que de revivre ça.

Une animatrice de 18 ans, stagiaire, dénonce aussi les conditions du séjour. « Nous n’étions pas préparés et n’avons pas eu de réunion de préparation. Je suis arrivée assez déboussolée. Sans organisation, nous ne pouvions pas préparer d’activités ce qui a causé de l’insatisfaction et dégradé la situation. » Un autre, qui souhaite garder l’anonymat : « Nous avions très peu de matériel, juste quelques feutres et jeux de cartes, même pas un ballon de foot à disposition. «

Une animatrice a démissionné dès le vendredi, au bout de cinq jours. L’élément déclencheur ? « Un bivouac en montagne, avec 38 enfants, dans un site non sécurisé, avec des tentes cassées et sans regarder la météo. » Le matériel, cassé lors d’un séjour en juillet n’avait pas été vérifié, selon elle. À 2h du matin, un orage a éclaté. Les tentes se sont effondrées sur les ados. « Nous sommes rentrés en catastrophe ». Et le lendemain, lorsqu’il a fallu retourner chercher le matériel en montagne, une animatrice s’est retrouvée seule avec 31 enfants sous sa responsabilité, au centre…

Dans ces conditions, impossible de mener des sorties sereines. « L’angoisse était permanente. On avait peur qu’un gamin en jette un autre sous une voiture juste pour rire ».

Dans la nuit de samedi à dimanche, le point de non-retour est atteint et la FCOL de la Charente décide de mettre un terme au séjour. Mais les animateurs – les cinq avec qui nous avons été en contact – regrettent cette décision radicale. « Il y avait 10 perturbateurs. Tous les autres sont des victimes et ont vécu des moments très durs. Ce sont des gosses qui ne partent pas en vacances, qui pouvaient enfin s’aérer, voir autre chose. Les punir eux aussi, c’est dégueulasse. »

Une animatrice, elle, est catégorique : « J’avais pris ce job pour payer mes fournitures scolaires. Mais c’est terminé. Je préfère être une étudiante dans la merde que de revivre ça ». Elle cauchemarde toujours.

Ce mercredi, les jeunes Charentais de la colonie de Saint-Lary ont enfin retrouvé leurs parents après une semaine de violences au centre des Hautes-Pyrénées. Des familles comptent porter plainte.

Des parents excédés, sous le choc mais désormais soulagés. Ce mercredi soir, les portes du bus de la colo de Saint-Lary s’ouvrent sur le parking du plan d’eau de Saint-Yrieix et, à peine le pied à terre, certains enfants fondent dans les bras de leur famille. Ce retour signe la fin du périple infernal au centre d’altitude de la Charente dans les Hautes-Pyrénées de la Fédération charentaise des œuvres laïques (FCOL), théâtre d’une semaine de violences intenses entre jeunes. L’angoisse parentale laisse peu à peu place à une colère grandissante.

Les animateurs de la colonie de Saint-Lary sortent du silence et décrivent un séjour apocalyptique. Une adolescente de 12 ans a même tenté de se suicider avec une ceinture.

« Je n’ai eu aucune nouvelle de la part des adultes de l’équipe, assure Gabriel Brisé. Mon fils a réussi à planquer son portable. Quand j’ai su pour les bagarres et les menaces dont ont été victimes nos gosses, j’ai essayé de m’organiser avec certains parents pour covoiturer et aller chercher les enfants. Des familles ont appris ce qui se passait par la presse, c’est scandaleux. » Le père de famille est furieux : il promet de s’organiser dans la semaine pour porter plainte contre la FCOL. Sept familles sont déjà en contact pour donner suite à ce qu’elles considèrent comme de graves manquements : « La législation n’a pas dû être respectée », fustigent-elles.

Le responsable du secteur jeune de la fédération, Jean-François Arrivé-Beylot, prend le temps alors de répondre à toutes les sollicitations, épaulé par Gaétan Signoret, conseiller au service départemental à la jeunesse (1). « Je suis écœuré, explique-t-il. J’envoie 500 gamins en colo tous les ans et je n’ai jamais vu ça. » Il veut avant tout rasséréner les parents : « Nos effectifs étaient dans les règles, nous étions prêts comme nous le sommes tout le temps. Cependant, c’est aussi une leçon pour l’avenir. Quand on voit que l’âge d’entrée en formation Bafa sera abaissé à 16 ans à partir de l’automne, on se dit qu’il va falloir être très précautionneux. On ne plaisante pas avec l’encadrement des jeunes. »

Rapatriement en urgence des enfants : après une semaine émaillée par des violences, la FCOL de la Charente a dû mettre un terme à la colonie de vacances qui se déroulait depuis mardi au centre de Saint-Lary.

Sur le parking, pourtant, les questions fusent. « Pour ma fille, c’était la première expérience en colo, confie Christophe Clain. J’aimerais lui dire que ce qui s’est passé est exceptionnel, que tous les séjours ne sont pas comme ça mais comment pourra-t-elle avoir confiance désormais ? Ce qui est certain, c’est que l’on ne s’arrêtera pas sur cet échec. Elle ira ailleurs, dans une colo plus cadrée. »

Les retrouvailles bien entamées, certains enfants retrouvent tout de même le sourire. Noémie regarde les photos qu’elle a prises de la veille, lors de la dernière soirée, après l’expulsion des jeunes les plus turbulents du séjour. « On a fait une boum et un anniversaire, on a bien rigolé. » De quoi effacer, un peu, certains traumatismes.

(1) Gaétan Signoret s’est refusé à tout commentaire auprès de CL.

Charente Libre

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08/08/2022

Rapatriement en urgence des enfants : après une semaine émaillée par des violences, la FCOL de la Charente a dû mettre un terme à la colonie de vacances qui se déroulait depuis mardi au centre de Saint-Lary-Soulan.

Des parents atterrés et en colère, qui décrivent des scènes de violence, des émeutes, des vols. Des enfants choqués, parfois traumatisés. Et un responsable de la FCOL, la fédération charentaise des œuvres laïques, référence de l’éducation populaire et des colonies de vacances, qui reconnaît sans détour : « Ce que nous venons de vivre, c’est du jamais vu. On essaie de faire souffler les enfants mais ils mettront bien plus d’une semaine pour évacuer ce qu’ils ont vécu ».

Si le premier séjour de l’été, fin juillet, s’était bien passé, le second, qui a débuté mardi dernier et devait s’étendre jusqu’au 16 août, a viré au chaos. Dès les premières heures. Sur place, à Saint-Lary, 91 enfants et 12 animateurs. Trente-neuf jeunes venaient de Charente. « Les autres nous ont été orientés par les CAF d’Occitanie avec qui nous avons un partenariat », indique Jean-François Arrivé-Beylot, responsable du secteur jeune de la FCOL. Problème : parmi les jeunes venant de Toulouse, Béziers et Montpellier, un noyau très dur se forme immédiatement et décide d’imposer sa loi. « Ça a été de la violence verbale, de l’intimidation, des dégradations, des règlements de comptes permanents », dit Jean-François Arrivé-Beylot.

C’est une semaine éprouvante, hallucinante, que vient de vivre le centre d’altitude en plein air de la Charente, à Saint-Lary. Ce centre emblématique, qui a vu passer des générations de jeunes Charentais, a été secoué par une semaine de violences dont le paroxysme a été atteint dans la nuit de samedi à dimanche. Au point qu’une cinquantaine d’enfants ont été rapatriés en urgence ce dimanche avant que 39 jeunes Charentais ne le soient, également, ce mercredi.

Jusqu’à l’intervention des gendarmes

Sur le site internet ondonnedesnouvelles.com, utilisé par les parents pour communiquer avec leurs enfants, plusieurs parents s’alarment. « Vol d’écouteurs », « vol de valise », « vol de claquettes »… «Ça a été l’horreur », dit Philippe, un père toulousain. Contacté, il raconte : « Un groupe a voulu jouer aux caïds et imposer sa loi. Mon fils a été intimidé, des filles ont été harcelées jusque dans leur chambre. Ça a été électrique et stressant du début à la fin ». Même son de cloche du côté de Gabriel, père angoumoisin, ou de Fanny, mère de Montpellier. Tous parlent de leurs enfants choqués, traumatisés, témoins de violence verbale et de vols toute la journée, empêchés de dormir toute la nuit.

Le point de non-retour a été atteint dans la nuit de samedi à dimanche. Déclenchement des alarmes incendies, intrusion dans les chambres, vols dans le restaurant du centre… Certains enfants ont aussi évoqué une bagarre à coups de béquille, décrivent un ado menaçant avec un couteau, et une ambiance proche de l’émeute.

Dimanche matin, plusieurs animateurs ont envisagé de démissionner et Jean-François Arrivé-Beylot s’est rendu en urgence sur place. Il a décidé, immédiatement, d’exclure tous les enfants venus d’Occitanie. « Certains pour leur sécurité, d’autres par mesure disciplinaire. » Lorsque la décision a été annoncée, nouvelle explosion de violence. Des armoires ont été cassées. Les gendarmes locaux ont dû intervenir.

Plaintes en préparation

Depuis, il ne reste que les 39 jeunes Charentais sur le site. « Avec sept éducateurs et une directrice. On essaie de les faire souffler. On a fait une randonnée, des activités. On pense pouvoir les rapatrier mercredi », dit Jean-François Arrivé-Beylot, conscient du traumatisme vécu par des enfants âgés de 7 à 15 ans.

S’il rappelle les 40 ans d’expérience de la FCOL, Jean-François Arrivé-Beylot ne compte pas se cacher. « On va assumer. Mais dans un premier temps, on a d’abord pensé à la sécurité des enfants », dit-il. Quitte à ce que certains parents d’Occitanie, dont les enfants n’ont pas fait partie des perturbateurs, vivent comme une injustice le rapatriement en urgence de leur enfant alors que la colonie devait se terminer le 16 août.

Comment expliquer un tel chaos ? Selon la FCOL, des jeunes de 13 à 15 ans, très durs, ont été intégrés par les CAF d’Occitanie, et notamment de Toulouse, à la colonie. « Tous les ans, il y a quelques exclusions. Mais là, ça a été au-delà. Nous avions 12 animateurs pour 91 enfants. Ce sont des animateurs BAFA, âgés de 18 à 22 ans. Ils ne sont pas formés pour encadrer des jeunes qui relèveraient d’éducs spé ou de la PJJ », dit le Charentais.

Ce sont des animateurs BAFA, âgés de 18 à 22 ans. Ils ne sont pas formés pour encadrer des jeunes qui relèveraient d’éducs spé ou de la PJJ »

S’il est encore tôt pour tirer des conclusions, Jean-François Arrivé-Beylot ne cache pas : « Ces événements sont de nature à remettre en cause notre partenariat avec les CAF d’Occitanie. On ne peut pas mettre les enfants en danger ». Mais c’est aussi le format même des colonies à Saint-Lary qui pourrait avoir vécu : « Est-ce que ce format de la grosse colo de 15 jours avec 91 enfants est encore le bon ? Ne faut-il pas se concentrer sur les 7/12 ans dans la mesure où ce sont les 13/15 ans qui posent problème ? » Autant de questions auxquelles devra répondre l’association gestionnaire du centre de montagne charentais.

Pour l’instant, ce seront aux gendarmes des Hautes-Pyrénées d’apporter des réponses. Car la FCOL va porter plainte, notamment pour toutes les dégradations et violences. Et plusieurs parents, tant de Charente que d’Occitanie, envisagent aussi une plainte collective.

Tout avait pourtant bien commencé

Dimanche matin sur le parking du plan d’eau de Saint-Yrieix, 41 petits charentais de 7 à 15 ans sont partis pour séjourner quinze jours au centre d’altitude de la Charente à Saint-Lary (Hautes-Pyrénées), en colonie de vacances avec la Fédération charentaise des œuvres laïques (Fcol). Ils ont rejoint 50 enfants d’Occitanie, soit un total de 91 inscrits pour une équipe d’animation de 20 personnes. Canyoning, rafting, randonnées en montagne, accrobranche, piscine…. seront au menu de ce séjour pour un véritable dépaysement des jeunes.

Le séjour programmé le mois prochain du 2 au 16 août, affiche également complet avec 92 enfants. « Une belle réussite surtout en cette période post-covid avec un manque d’encadrement », estime Jean-François Arrivé-Beylot, de la Fcol.

La Charente Libre