Saint-Lô (50) : Une restauratrice se mobilise pour Adama Barry, son employée guinéenne menacée d’expulsion

Arrivée en France en 2017, Adama Barry a vu ses demandes d’asile et d’admission au séjour être rejetées. Menacée d’expulsion, elle peut compter sur une importante mobilisation.

Elle est orpheline depuis qu’elle a 8 ans et la mort de ses parents dans un accident de la route, elle a été mariée de force à 13 ans à un homme de 48 ans. Elle a subi de la maltraitance, ainsi que des violences physiques et des viols conjugaux pendant plusieurs années.

Devenue maman à 14 ans, elle a fui son pays d’origine (la Guinée) en avril 2016 pour échapper à cet enfer et sauver sa peau. Elle, c’est Adama Barry. La jeune femme de 23 ans est arrivée en France en janvier 2017.

Plusieurs demandes rejetées

Depuis, elle a rempli des demandes d’asile et d’admission au séjour auprès de plusieurs organismes (l’Ofpra : Office français de protection des réfugiés et apatrides, la CNDA : Cour nationale du droit d’asile). En vain.

Elle a été à chaque fois déboutée. La raison invoquée est toujours la même : Adama n’apporte pas la preuve des violences subies, alors qu’elles sont avérées. Quant à un retour en Guinée, il ne ferait courir de risques ni à elle, ni à son fils né en mars 2020, au regard de la législation de ce pays. » – Chantal Tambour, présidente du Comité Manche Droits des Femmes

Un argument qu’elle dénonce. « Compte tenu de la place des femmes dans la société guinéenne et des coutumes en vigueur, il est évident qu’une fois expulsée, Adama ne pourrait pas compter sur la protection de l’Etat guinéen. » En cas de retour dans son pays, elle encourt de graves risques (représailles, nouvelle excision, rejet de son enfant).

Sous le coup d’une expulsion

Ces divers refus ont laissé Adama et son enfant sans hébergement et sans ressources. « Depuis juillet 2019, nous la soutenons et nous l’aidons dans ses démarches. Elle a été prise en charge et est hébergée dans la famille d’une de nos adhérentes, depuis mars 2020. »

Sa première demande auprès de la préfecture de la Manche pour obtenir une carte de séjour ayant été rejetée en 2019, elle a effectué une nouvelle demande cet été.

Avec la même issue au bout. Pire, Adama a reçu le 18 novembre dernier, une OQTF (Obligation de quitter le territoire français), assortie d’une « Interdiction de Retour sur le Territoire Français ». C’est purement et simplement incompréhensible. » – Chantal Tambour, présidente du Comité Manche Droits des Femmes

Une jeune femme exemplaire

Depuis son arrivée en France, Adama a fait tout ce qu’elle pouvait pour s’intégrer socialement et professionnellement, comme l’expliquent les membres du Collectif 50 d’aide aux migrants et du Comité Manche Droits des Femmes. « C’est une élève sérieuse et assidue, qui a mené sa scolarité malgré une grossesse et un enfant à charge. Elle a été déléguée de classe et n’a eu que de bonnes appréciations lors de son année de 2nde au Bon Sauveur à Saint-Lô (Manche) et de son CAP au lycée Curie-Corot à Saint-Lô, mais aussi lors de ses différents stages. »

En juin dernier, elle a obtenu un CAP agent polyvalent de restauration. « Elle est actuellement en 1ère année CAP cuisine au Groupe FIM de Saint-Lô. » En contrat d’apprentissage au restaurant Le Choix de la Reine à Agneaux (Manche), près de Saint-Lô, elle donne entière satisfaction à Mathilde Sengier, la patronne de l’établissement.

Une grande motivation

Courageuse et volontaire, Adama a tout de suite été adoptée par ses collègues, Lydie et Diego. « C’est une femme discrète et réservée, mais qui a toujours le sourire, expliquent-ils. Sa bonne humeur est communicative et nous l’apprécions. »

Pour Mathilde, Adama est même devenue indispensable.

Personne n’ignore nos difficultés à recruter dans le secteur de la restauration, alors avoir Adama en cuisine, c’est une vraie chance. Elle est douée, est très à l’écoute et fait preuve d’une grande motivation. Je souhaite continuer à travailler avec elle et j’aimerais l’embaucher après son apprentissage. Je ne peux pas me résoudre à la voir partir. Nous nous sommes attachés à elle. » – Mathilde SengierLa jeune entrepreneuse dynamique à la tête du Choix de la Reine

De très nombreux soutiens

Adama Barry, 23 ans, peut compter sur le soutien de nombreuses personnes : des associations et autorités morales et politiques, ainsi que ses collègues de travail, sa patronne Mathilde Sengier et sa famille d'accueil.

Adama Barry, 23 ans, peut compter sur le soutien de nombreuses personnes : des associations et autorités morales et politiques, ainsi que ses collègues de travail, sa patronne Mathilde Sengier et sa famille d’accueil.

Alors, pour donner à Adama le droit de travailler et de vivre ici, une grande chaîne de solidarité s’est organisée. « Adama est très largement soutenue aujourd’hui, indique Chantal Tambour. Il y a le Groupement National des Indépendants de Normandie, l’association Patrons Solidaires, le député Stéphane Travert, le président de la Région Normandie Hervé Morin, l’évêque de Coutances Laurent Le Boulc’h… Et puis, il y a cette pétition lancée il y a quelques jours. Nous espérons que cette mobilisation et l’arrivée du nouveau préfet permettront de régulariser la situation d’Adama. » 

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