Saint-Maur (94) : «C’est invivable», les habitants en ont assez d’être envahis par les livreurs d’Uber Eats et Deliveroo

Les riverains d’une petite allée privée ont lancé une pétition pour mettre fin aux nuisances et autres provocations venant de livreurs de repas qui attendent des commandes sous leurs fenêtres. La plate-forme a rappelé à l’ordre ses coursiers.

Allée de la Gare, à Saint-Maur-des-Fossés (Val-de-Marne). Le soleil brille en ce mardi 27 avril. Impossible d’imaginer qu’au cœur de cette charmante impasse privée, un conflit s’intensifie de jour en jour depuis début février. Mais il suffit de pénétrer dans cette voie étroite à l’heure du déjeuner pour le comprendre. Après 15 mètres, au pied de logements chic, une dizaine de jeunes livreurs se détendent, dans l’attente de commandes Uber Eats, l’un des leaders du marché français de la livraison alimentaire, en pleine explosion en ces temps de crise sanitaire. Au bout du chemin, un collectif de résidents en colère s’est réuni pour dénoncer une situation qui va « mal se terminer ».

A l’origine du problème : le lieu. Idéalement située, au milieu des restaurants du centre-ville, l’allée de la Gare a été adoptée par les livreurs. « Plus loin, tu ne peux plus te connecter, assure Karim. Ici, c’est la zone qu’on a trouvée qui va le mieux sonner. Ça fait déjà cinq ou six fois qu’on change d’endroit. Au début, on était à côté d’un McDonald’s, mais la gérante nous a virés parce que ça gênait les clients. Après, il y a eu une zone près d’un lycée, puis un parking… »

«Je ne passe jamais tranquille ici, ils me regardent comme de la viande»

Les habitants dénoncent « l’irresponsabilité » des entreprises et de la mairie, qui ne feraient rien pour régler le problème. Ils viennent de lancer une pétition, qui a recueilli 63 signatures. Surtout, les habitants s’insurgent contre « le non-respect de la propriété et les nuisances occasionnées par les livreurs ». « On est en danger et on a peur, lance une propriétaire, ici depuis trente ans. Ils urinent, ils crachent, ils jettent leurs détritus et ils sont dans la provocation. » Kim, une jeune femme, abonde en ce sens. « Il n’y a pas une seule fois où je ne reçois pas de remarques. Je ne viens plus chez ma belle-mère parce que j’ai peur, en pleine journée. Je ne passe jamais tranquille ici, ils me regardent comme de la viande. »

« Ils arrivent en plus à toute vitesse à scooter ou en voiture, souligne une autre habitante. C’est invivable et dangereux. » « J’ai des enfants en bas âge qui s’amusaient à jouer dans l’allée, mais qui ne le peuvent plus, ajoute un résident. Il y a aussi le problème des personnes âgées qui sont obligées de passer au milieu d’un groupe sans masque. La police nationale est même intervenue mi-février pour emporter un livreur agressif… »

«Va-t-il falloir qu’on règle nos comptes nous-mêmes ?»

Les livreurs, eux, comprennent les habitants mais réfutent leurs accusations de mauvais comportement, au point d’accuser les habitants des mêmes maux. « Des mecs qui attendent en bas de chez moi, ça pourrait m’agacer, avoue l’un d’eux. Mais ils passent en voiture à fond, ils nous frôlent avec leurs rétros, ils s’en foutent. » « Notre rapport avec les habitants s’est dégradé parce que certains nous ont lancé des bombes à eau et de l’eau de Javel depuis la fenêtre », lâche Karim.

Conséquence de ce dialogue de sourds : la tension monte. « Va-t-il falloir qu’on règle nos comptes nous-mêmes ? s’emporte une habitante. On paye 5.000 à 6.000 euros d’impôts fonciers par an, on va finir par croire que ce n’est pas assez pour garder notre tranquillité. »

Voilà quelques jours, Uber Eats et le maire (LR), Sylvain Berrios, ont réagi dans un message commun, envoyé aux livreurs pour leur demander de quitter les lieux. « Les coursiers qui ne respecteraient pas les principes de la charte de bonne conduite s’exposent à une baisse de revenus, pourraient ne plus être en mesure de prendre en charge des commandes dans les restaurants après plusieurs signalements, et pourraient tout simplement ne plus être en mesure d’avoir un compte actif, précisent-ils. La mairie compte sur votre compréhension, insiste sur l’importance du respect des règles et n’hésitera pas à prendre les mesures qui s’imposent si les circonstances l’y obligent. » Les habitants seront reçus en mairie ce mardi. Avec l’espoir, enfin, d’une issue, malgré les craintes de représailles.

Le Parisien