Saint-Thégonnec-Loc-Éguiner (29) : « Moi je veux rester en Bretagne, je me suis bien intégré, ma vie est ici », le Guinéen Alpha Balde se bat contre une OQTF


À 22 ans, Alpha Balde, originaire de Guinée, vit en France depuis six ans, dont quatre passés à Saint-Thégonnec-Loc-Éguiner (Finistère). Il est sous le coup d’une obligation de quitter le territoire français. Lui et ses proches ne comprennent pas, alors qu’il est scolarisé et qu’il s’est construit un cercle amical et familial.

Le jeune homme a quitté son pays d’origine, la Guinée, en 2016. « Je suis arrivé en France le 10 octobre 2016 », dit-il avec précision, au terme d’un voyage de plus de dix mois. Il vit depuis quatre ans à Saint-Thégonnec-Loc-Éguiner (Finistère), chez Magali Duchesne, coprésidente de l’association Les utopistes en action.

J’aimerais finir mon BTS, pourquoi pas faire une licence. J’aimerais bien rester en Bretagne aussi, je me suis bien intégré ici », raconte Alpha Balde, 22 ans. Pourtant aujourd’hui, l’avenir qu’il a construit pas à pas est remis en question. « Le 18 juin 2022, j’ai reçu un courrier de la préfecture qui me refusait un titre de séjour, avec une Obligation de quitter le territoire français (OQTF). Moi je veux rester ici, ma vie est ici », appuie-t-il.

Scolarisé, intégré à la société, et menacé d’expulsion

Alpha Balde avait 15 ans lorsqu’il y a quitté la Guinée. « J’ai perdu mes parents jeune. Ensuite, je suis allée chez mon oncle, en Côte d’Ivoire. Il a perdu son travail, j’ai dû arrêter l’école », retrace-t-il. Il commence alors à travailler « dans les camions. Je chargeais, je déchargeais. Je n’étais pas très bien traité pas les chauffeurs, pas payé », détaille-t-il. Ses déplacements l’amènent parfois hors du pays. C’est depuis le Mali qu’il prend la route pour la France, avec une dizaine d’autres personnes. « La traversée du désert a été super difficile. » Il arrive au en Algérie, puis au Maroc, illégalement.

« Mon objectif, c’était la France »

Vient ensuite le moment de traverser la Méditerranée, en canot pneumatique. Alpha Balde ne sait pas nager. « Au départ, j’ai eu un peu peur, mais j’avais de la motivation, alors j’y suis allé », raconte-t-il avec calme. La première fois qu’il pose le pied en Europe, c’est à Malaga, dans le Sud de l’Espagne. « J’ai été placé dans un centre pour mineur, j’ai fugué. Là-bas, je ne parlais pas la langue, on restait tout le temps dans la chambre. Mon objectif, c’était la France. » Il traverse ensuite l’Espagne, puis atteint finalement l’Hexagone, « à Bayonne (Pyrénées-Atlantiques) ».

Il prend un train, un autre, sans billet, s’endort. Il est réveillé par les contrôleurs alors qu’il atteint Quimper. Il est pris en charge par l’Aide sociale à l’enfance. « On m’a posé des questions et j’ai été envoyé à l’hôtel le soir même. » Là-bas, il se fait des amis, « joue au foot ». Alors qu’il devait intégrer un « bac pro mécanique, le tribunal n’a pas reconnu que j’étais mineur. Je n’ai pas pu y aller et j’ai dû quitter l’hôtel ».

Faire appel de la décision

Grâce à l’association Les utopistes en action, il est accueilli par Magali Duchesne. « C’est la première fois que j’hébergeais quelqu’un », indique-t-elle. C’était en 2018. Avec l’association, Alpha et elle se mobilisent.

Magali Duchesne parvient à faire scolariser le jeune homme, en 3e, au collège de la commune. « Il était dans la classe de ma deuxième fille, ça tombait bien. » Il obtient son brevet. Il débute ensuite un bac pro électricité, au lycée Tristan-Corbière de Morlaix, qu’il obtiendra, « mention assez bien ».

En 2022, il a validé sa première année de BTS fluides, énergies et domotique. « Il ne peut pas faire la formation en alternance, comme il n’a pas les papiers », glisse Magali Duchesne. Elle ajoute : « On ne comprend pas le courrier qu’il a reçu. Il est inséré dans la société, il n’a pas de problème, il a des promesses d’embauche. Il ne veut qu’une chose, c’est travailler », s’agace-t-elle. Le jeune homme s’est également construit un cercle familial et amical. Depuis deux ans, il a une petite amie, qui vit dans le pays de Morlaix.

Alpha Balde et son entourage sont « en train de déposer un recours. On veut faire appel de la décision de la préfecture ». Contactée, la préfecture n’a pas donné suite à notre demande.

Ouest-France