Sale comme Paris

Ordures abandonnées sur la voirie, mobilier urbain hideux, nids-de-poule innombrables, encombrements perpétuels, conséquence de la chasse à l’automobiliste: jamais la capitale n’a été aussi sale et bruyante. L’opposition et, maintenant, les Parisiens dénoncent l’entêtement péremptoire de la maire de Paris qui nie la réalité.

Rien ne lui fait peur, pas même sa formidable capacité à se tromper. C’est, paraît-il, le revers de son caractère bien trempé: Anne Hidalgo ne fait jamais marche arrière, et surtout pas quand elle a tort. La polémique qui enfle sur la saleté de Paris, sur les nids-de-poule qui «vérolent» la chaussée comme sur la laideur du nouveau mobilier urbain imposé et sur l’agression visuelle que représentent les plots jaunes et les glissières en béton armé (GBA) disséminés le long des rues illustre son entêtement péremptoire.

Pourtant, son opposition n’a jamais cessé de relayer l’exaspération – et l’incompréhension – des Parisiens, et notamment sur l’état de crasse de la capitale, premières doléances au hit-parade des critiques émises par la population.

Rien ne lui fait peur, pas même sa formidable capacité à se tromper. C’est, paraît-il, le revers de son caractère bien trempé: Anne Hidalgo ne fait jamais marche arrière, et surtout pas quand elle a tort. La polémique qui enfle sur la saleté de Paris, sur les nids-de-poule qui «vérolent» la chaussée comme sur la laideur du nouveau mobilier urbain imposé et sur l’agression visuelle que représentent les plots jaunes et les glissières en béton armé (GBA) disséminés le long des rues illustre son entêtement péremptoire. Pourtant, son opposition n’a jamais cessé de relayer l’exaspération – et l’incompréhension – des Parisiens, et notamment sur l’état de crasse de la capitale, premières doléances au hit-parade des critiques émises par la population.

Difficile de nier le problème et de crier à la calomnie comme elle le fait. En janvier 2018 déjà, un rapport de 232 pages, fruit de sept mois de travail des élus de tout bord, livrait un bilan édifiant de la situation. L’enquête soulignait la baisse du budget «propreté» et du nombre d’agents chargés de ce secteur, l’absentéisme de ces mêmes agents, la réduction du nombre d’heures travaillées… et, surtout, la désorganisation totale du service.

Un budget important

Confrontée à la vérité des chiffres, et acculée par la fronde d’un véhément Conseil de Paris, Anne Hidalgo décidait d’agir mais, bien évidemment, à sa manière. Avec un rideau de fumée. En l’occurrence, la création d’«Urgence propreté». Urgence propreté? L’art de déléguer aux passants bénévoles la traque des ordures et des glaçages à l’urine des trottoirs. Aux Parisiens d’avertir les services, normalement chargés du maintien de l’hygiène, via leur smartphone, une application ou un numéro d’urgence.

Pourtant, les moyens ne manquent pas pour agir. Surtout si l’on se réfère à ce que rapportent la taxe d’enlèvement des ordures ménagères (Teom) et la taxe de balayage que paient les résidents, en sus de leur taxe d’habitation. Grâce à elles, le solde du budget propreté est largement excédentaire. Ajoutez les amendes pour incivilités, et vous frisez les 600 millions d’euros annuels. L’argent coule à flots ; d’autant plus qu’au Conseil de Paris, en septembre 2011, Anne Hidalgo, alors première adjointe, avait fait voter une augmentation de 688 % de la taxe de balayage… Cette taxe, que peu de communes ont mise en place, a l’avantage d’être invisible: ajoutée aux taxes de syndic, elle est donc payée par les propriétaires. Un vote sans doute décidé après une «commission citoyenne» à moins que ce ne soit un «budget participatif».

Hidalgo a d’autres priorités

Si la ville est sale, «c’est à cause des incivilités», se défend-on à l’Hôtel de Ville. Comme si les Parisiens étaient moins civiques que les Niçois. De même, les nids-de-poule qui seraient le fait du… réchauffement climatique. Et si les trous dans la chaussée étaient simplement dus à un défaut d’entretien? La question a le don d’énerver les élus de la majorité municipale. Pour calmer une opposition et éviter que la polémique s’enflamme, Anne Hidalgo, un an avant les élections, a décidé d’attaquer le problème: «Un plan d’urgence de résorption des nids-de-poule est mis en place après un hiver particulièrement rude. À ce jour, 2500 ont été rebouchés: soit 718 en janvier, 755 en février et 1000 en mars», expliquait sans rire l’ancien adjoint aux déplacements et à la voirie Christophe Najdovski, à la tribune du Conseil de Paris.

Hélas, ce plan d’urgence a fait long feu. Après les élections, les chaussées défoncées de la capitale ont refleuri. À ceux qui s’en plaignent, Anne Hidalgo vient d’annoncer qu’elle s’engageait à doubler le budget de la voirie et d’octroyer des moyens et des décisions aux maires d’arrondissement – une prérogative de décentralisation qu’ils réclamaient depuis la première mandature de Mme Hidalgo…

Mais que signifie «doubler» un budget, quand celui-ci a été raboté drastiquement, comme elle vient de le faire? Et pourquoi tant de détours, quand il suffirait de s’occuper directement du problème? «Il faut savoir, nous explique Florence Berthout, maire du Ve arrondissement, qu’on a chargé les services publics – Enedis, les eaux, les égouts – de colmater les trous qu’ils font dans la chaussée. Or, ils ne sont pas équipés pour cela. Ils font donc appel à des prestataires qui ne se déplacent pas pour un seul trou. On a donc des trottoirs qui restent béants pendant des mois.»

Peu importe à la maire de Paris: elle a d’autres priorités. Elle veut «réinventer» la ville. Une rhétorique qui a le don d’énerver Pierre Liscia, ancien élu LR, journaliste, écrivain et internaute très actif. Ses vidéos ont mis au grand jour ce que la maire ne veut pas voir… et qu’elle cherche à cacher à tout prix. Ces documents ont largement tourné sur les réseaux sociaux. Aussi, Pierre Liscia, quoique corse, est-il devenu la tête de Turc d’Anne Hidalgo, pour qui ces vidéos tournées sur le vif sont… une campagne de «dénigrement», fomentée par des individus qui ont «beaucoup de proximité avec l’extrême droite».

Et la maire d’ajouter: «Quand on remonte (à l’origine des critiques, NDLR), on retrouve toujours une personne qui s’appelle Pierre Liscia qui est en train de faire la promo de son bouquin et qui est derrière beaucoup de ces sites-là.» Réponse de l’intéressé: «Jusqu’à présent, elle m’ignorait superbement, là elle a perdu son sang-froid et, du coup, a fait la promotion de mon livre.»

Car pour celle qui fait actuellement le tour des villes et des régions pour se présidentialiser, cette campagne «citoyenne», comme elle le dirait, fait désordre: incapable de gérer les trottoirs, comment Anne Hidalgo pourrait-elle gérer la France?

Une insulte à la capitale

Et que dire de ses goûts désastreux en matière d’urbanisme? Certes, reconnaît avec un sens certain de l’euphémisme un de ses proches, Anne Hidalgo a tendance «à privilégier la fonctionnalité à l’esthétisme». Rien qui excuse pourtant le choix de ses mobiliers urbains – rondins en bois à la place des grilles de protection des arbres, traverses de chemin de fer en guise de banc public. Quant aux nouveaux kiosques à journaux, «ils sont une insulte à l’histoire de Paris», nous avoue un maire d’arrondissement, pourtant membre de la majorité municipale.

Et que dire des plots jaunes et les blocs de béton installés par exemple avenue de l’Opéra? Une horreur esthétique. Ces plots jaunes et ces blocs de béton ont-ils été la goutte d’eau qui a fait déborder le vase? Sur Twitter, le hashtag #saccageParis est devenu viral, nourri par des centaines de photos éloquentes prises par les Parisiens. Quant à la fonctionnalité si prisée par Anne Hidalgo, l’usage prouve surtout leur absurdité. Cette voie réservée aux autobus et aux vélos – décidée contre l’avis de la RATP et de ses chauffeurs – est devenue, à cause des plots et des glissières en béton, un facteur de thrombose routière.

«C’est contreproductif, nous explique un représentant syndical Unsa. Les livreurs bloquent les bus ; les chauffeurs doivent donc sans cesse surveiller le couloir pour, en cas d’obstacle en vue, prendre en amont la voie générale de circulation. Mais que faire lorsqu’il y a un arrêt de bus juste après le camion en livraison?» Anne Hidalgo voulait que ces couloirs «tactiques» – installés sans l’autorisation de la Préfecture à cause de la Covid – soient le plus voyants possible. C’est réussi! C’est même hideusement voyant… «Ce n’est pas être réactionnaire que de dire qu’il ne faut pas s’asseoir sur l’histoire d’un lieu», souligne Florence Berthout. Et pourtant, gare aux critiqueurs! Les voilà immédiatement taxés d’«antijeunes et provoiture» – l’insulte suprême. Si votre amour de la Ville lumière vous fait détester les plots jaunes et les fameux GBA, c’est que vous êtes un pollueur dans l’âme.

Éviter la fronde

Vos doutes sur le mobilier urbain «écoresponsable» vous rangent dans le bataillon des individus «contre la planète». Vos réserves sur le plan de circulation qui empêche tous les véhicules, qu’ils soient taxis, livreurs ou riverains, d’aller d’un quartier à l’autre font de vous un «climatosceptique».

C’est que, pour avoir raison d’avoir tort, la Mairie de Paris utilise toujours la même recette: diaboliser l’adversaire. L’accuser (au choix) de misogynie, d’antisémitisme, d’homophobie, d’extrême-droitisme… Quant à ses adjoints, ils n’ont qu’un droit: celui de l’applaudir. Bruno Julliard, son ancien premier adjoint, a été évincé pour avoir osé émettre des doutes sur son jusqu’au-boutisme.

Le nouvel adjoint, Emmanuel Grégoire, après le fiasco du confinement imaginé par Anne Hidalgo pour se démarquer de Macron, aurait dû aussi être sacrifié, mais elle a besoin de lui et l’envoie au front à sa place. Car son objectif, c’est désormais d’éviter la fronde quelle qu’elle soit. Il lui faut donc prendre ses distances, car, sachez-le, Anne Hidalgo ne se voit plus comme la maire de Paris, mais comme notre présidente de la République.

Le Figaro