Sarthe (72) : En manque de saisonniers, les pommeraies recrutent des migrants grâce à Brigitte Coulon-Marques de l’association Tadamoon

Les producteurs de pommes, dont la récolte a commencé précocement mi-août, peinent toujours à trouver des saisonniers. Dans la Sarthe, une association leur propose de faire travailler des réfugiés.

Il fait encore nuit noire à la gare routière du Mans, pratiquement déserte. Quelques hommes fument une première cigarette, sourire aux lèvres malgré un réveil aux aurores. La plupart sont des réfugiés soudanais, un Tupperware dans le sac pour leur pause déjeuner. Ils sont bientôt rejoints par d’autres silhouettes venues d’autres horizons : Erythrée, Afghanistan et Mali. Tous attendent un car gris qui ne tarde pas. Le départ est prévu pour 6 h 15 pétantes et pas question de prendre du retard : on les attend dans le sud du département. Leur tâche : cueillir des pommes dans les vergers en manque de main-d’œuvre.

En tout, ils sont une cinquantaine à prendre le bus tous les jours depuis la mi-août et le début d’une récolte précoce. «L’idée m’est venue il y a cinq ans, en voyant une manchette du Maine Libre qui disait que le secteur arboriculteur cherchait des bras pour la récolte», rembobine Brigitte Coulon-Marques, juriste en droit d’asile et directrice de l’association Tadamoon, à l’origine du dispositif. L’opération fut un succès et la recette se répète depuis chaque années, dépannant les migrants tout comme les producteurs de pommes. […]

 Ils ne traversent pas la Méditerranée pour pomper notre argent, ils veulent travailler  , affirme Brigitte Coulon-Marques, présidente de l’association Tadamoon. Dans ses mains, un épais classeur contenant plusieurs dizaines de feuilles.  Ce sont tous les réfugiés qui ont candidaté pour travailler avec les arboriculteurs. 

Parmi les Soudanais, Somaliens, Éthiopiens, Tchadiens, Yéménites ou encore Érythréens aidés par l’association, certains sont même très diplômés. « On a l’exemple d’un médecin qui a obtenu son statut et qui est aujourd’hui interne à l’hôpital »« Ils veulent tous travailler ! Mais beaucoup obtiennent leur titre de séjour sans droit au travail. On a de la place pour accueillir les migrants, ils ne nous volent pas notre travail. Il faut les aider à s’intégrer. » […]

Conduits par l’association mancelle Tadamoon, 53 hommes réfugiés donnent un coup de main aux producteurs de pommes sarthois, qui manquent cruellement de main d’œuvre chaque année ! Cette coopération est née il y a trois ans. Face à la demande et l’envie de travailler des réfugiés, Brigitte Coulon-Marques s’est mise en quête de leur trouver des emplois. La présidente de l’association Tadamoon a alors démarché des producteurs, qui ont accueilli la demande avec ferveur. Et chaque année, c’est une grande réussite :

Les deux tiers sont des réfugiés qui possèdent une autorisation de travail. Les autres sont demandeurs d’asile, et une autorisation a dû être demandée au préalable pour leur permettre de participer à la récolte. Outre ces aspects administratifs, monter un tel projet n’a pas été simple au départ, comme nous l’explique Brigitte Coulon-Marques :

Chez certains producteurs du sud Sarthe, la récolte a débuté début septembre. Il faut savoir que chacun des cueilleurs sera payé au smic horaire.

Cette opération est l’une des plus importante de l’association mancelle, qui accompagne les réfugiés au quotidien, dans la recherche de logement, cours de français, ou pour les démarches administratives en tout genre. Tadamoon est née en octobre 2015. « Quand j’ai vu Calais, tout a changé », nous explique la présidente de l’association. Solène, David, Faty et les autres bénévoles continuent d’ailleurs de se rendre régulièrement à la jungle de Calais, pour apporter leur aide, et des affaires. « Mais nous ne sommes pas seuls sur le terrain, tient à préciser Brigitte Coulon-Marques. Il y a beaucoup d’autres associations qui œuvrent au quotidien auprès des réfugiés ».

En parallèle, l’association organise également des événements culturels.

Libération