Science : Le haricot français est-il doté de sensibilité ?

L’idée que les plantes puissent avoir une “intention” a commencé à germer il y a longtemps chez les botanistes. Une nouvelle étude la fait se développer davantage. Mais elle ne clôt pas le débat. 

“D’après des chercheurs, au moins un type de plante – le haricot vert français – serait plus sensible qu’on ne l’imagine : il manifesterait des intentions.” Plusieurs études dirigées par Paco Calvo du laboratoire Minimal Intelligence, à l’université de Murcie en Espagne, qui vont dans ce sens.

La question de savoir si le règne végétal est en mesure de “choisir” ses actions, voire s’il est doté ou non de conscience, divise les botanistes depuis longtemps. “Même si de toute évidence les plantes réagissent à leur environnement, cela ne veut pas dire qu’elles possèdent des facultés mentales complexes, font valoir certains chercheurs.”

Reste que l’expérience conduite par le chercheur espagnol et ses collègues a de quoi semer le doute. Ils ont comparé des clichés de plants de haricot français – cultivés pour les besoins de l’étude – en présence et en l’absence de tuteurs. Ils ont ainsi analysé la dynamique de la croissance des pousses et constaté que leur approche était plus contrôlée et prévisible en présence d’un tuteur.

Revoir notre conception de la conscience ?

Selon eux, la différence entre ces deux configurations était analogue à celle d’une expérience consistant à envoyer une personne les yeux bandés dans une pièce contenant un obstacle, où l’on compare comment elle y évolue selon qu’on la guide avec la voix ou non. Pour Paco Calvo, son expérience avec les haricots ne montre pas seulement un comportement adaptatif : “C’est un comportement qui consiste à anticiper, à poursuivre un but, à faire preuve de flexibilité.”

Dans une autre publication, le chercheur énonce une théorie de la conscience végétale fondée sur la “théorie de l’information intégrée”, que certains réfutent, et qui postule qu’on peut identifier le “niveau de conscience” d’une personne (ou de tout système) à partir de la complexité des interactions entre ses différentes parties.

Cette idée part du principe que tout ce qui est matériel possède une forme de conscience, y compris les systèmes complexes non vivants”, affirme Jon Mallatt, chercheur à l’université de Washington : “Cela ne peut avoir aucune signification particulière pour les plantes.” Selon lui : “Ces hypothèses sur la conscience des plantes sont fallacieuses et pourraient détourner des financements de recherche ou influer sur des décisions gouvernementales.

Ces commentaires et ceux d’autres détracteurs ne découragent pas Paco Calvo. Il va prochainement conduire une série d’expériences qui, espère-t-il, régleront la question une bonne fois pour toutes. “Si elles sont couronnées de succès, ces expériences pourraient faire des plantes le dernier objet inclus dans le champ des recherches sur la conscience et nous amener à revoir notre conception de la conscience et des façons de la mesurer ainsi que de sa présence dans le vivant”, imagine-t-il.

The Guardian