Scouts de France : Citations de Greta Thunberg, Mandela, Angela Davis…, le nouveau calendrier woke « qui veut balayer les clichés de petits Blancs bourgeois et déconnectés », suscite la polémique

Polémique autours de l’édition 2023 du calendrier des Scouts et Guides de France (SGDF). Ces jours-ci et jusqu’en décembre, presque 100.000 jeunes vont toquer aux portes pour vendre les 360.550 exemplaires. Un rituel de fin d’année depuis des décennies, mais qui, cette année, déclenche l’ire des conservateurs.

La polémique est née dès l’apparition, il y a quelques jours, des premiers visuels. Au fil des pages, on voit des photos de scouts – surtout des filles, de toutes origines – vêtus de leurs traditionnels chemises et foulards colorés. L’image est à chaque fois complétée d’une déclaration d’un militant des droits humains, d’un écologiste ou d’un célèbre religieux.

Des messages d’ouverture à la différence et à l’égalité femme-homme

Exemples : outre le pape François ou mère Teresa, on trouve donc Greta Thunberg, l’ex-président sud-africain Nelson Mandela, l’écrivaine américaine défenseuse des minorités Angela Davis, ou Malala Yousafzai, une Pakistanaise s’étant battue contre les talibans pour le droit à l’éducation des filles. En filigrane, des messages d’ouverture à la différence et à l’égalité femme-homme – les Guides, la branche féminine, célébrant ses 100 ans d’existence.

C’est « l’outil de communication numéro un », nous dit-on chez les SGDF : chaque année, il permet de récolter environ 1 million d’euros pour financer les activités Las : ce calendrier, « qui avait notamment vocation à balayer les clichés sur nos jeunes souvent vus comme des petits blancs bourgeois et déconnectés », souffle une scoute, n’a pas plu à tout le monde.

Cela fait un certain temps que ce mouvement part en vrille. Il reste encore, comme grand mouvement catho, les Scouts d’Europe et les Scouts unitaires de France », estime Yanick. En vrille ? « Je regrette que le mouvement scout catho tombe dans le wokisme, le LGBT… Les derniers flyers et prises de parole lors des rassemblements sont à vomir », explicite Eugène, lui-même ancien scout, dont les petits-enfants « iront donc aux Scouts d’Europe ». Il dénonce notamment un discours de Marie Mullet-Abrassart, l’ex-présidente des SGDF, qui, en avril, avait appelé à l’ouverture aux LGBT, aux non-croyants, à réfléchir à la place de la femme dans l’Église. Au passage, elle avait appelé à mots couverts, juste avant le second tour de la présidentielle, à rejeter le « projet qui enferme » de Marine Le Pen.

« Il n’y a pas de volonté de provoquer »

Par ailleurs, le « wokisme », notion qui, à son origine états-unienne, qualifie l’éveil de sa conscience à l’égalité raciale, est souvent pointé par les mécontents. Un internaute qualifie le calendrier de « monument de wokisme », qui aurait « tout pour faire de parfaits petits militants écoféministes », écrit-il sur Twitter. Pour lui, le calendrier « ne dépareillerait sur les murs de la permanence de Sandrine Rousseau et ferait fureur à la Fête de l’Huma ». Pêle-mêle, l’un pointe le caractère trop « inclusif avec les minorités » des SGDF, qu’il qualifie de « dérive », tandis qu’un autre les juge « parasite » et « complice de l’invasion (sous-entendu, de l’immigration) ».

Au sein même des SGDF, certains ont mal vécu le buzz. « Je suis trésorier et chef scout. Tout ce qui est appris aux jeunes est à mille lieues de ce calendrier. Cette année, ma fille n’en vendra pas, voilà tout. Dommage, car ces calendriers partent habituellement comme des petits pains ! » note l’un d’eux. Qu’en dit-on officiellement chez les SUF et les scouts d’Europe ? « On a de la chance qu’il y ait trois mouvements catholiques, avec une manière différente de vivre leur foi », répond-on chez les SUF, considérant que, peut-être, ce calendrier avait pour but de « provoquer ». Entre les lignes, on entend l’incompréhension.

« Ce choix (de calendrier) pose question au sein même de leur mouvement », croit savoir une membre des scouts d’Europe, avouant elle-même « ne pas se reconnaître dans leurs valeurs ». Quelles valeurs ? « Ils parlent d’ouverture, de LGBT… Nous, on est apolitique, on ne rentre pas dans ces considérations », tente-t-elle d’expliquer. Avant de concéder que « ces débats existent dans l’Église elle-même ». Des critiques reçues avec philosophie par une responsable des SGDF. « Chacun a son point de vue, même si l’on déplore la polémique, d’autant qu’il n’y a pas de volonté de provoquer, dit-elle. Notre objectif, c’est d’être connecté aux jeunes d’aujourd’hui, pas à ceux d’hier. »

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