Seine-et-Marne (77) : Du fait du Covid, les musulmans n’étant plus enterrés au pays, les cimetières risquent la saturation

A l’instar du Mée-sur-Seine (Seine-et-Marne), de plus en plus de communes doivent étendre leur cimetière ou en créer un autre pour remédier à la saturation des lieux d’inhumation. En cause, les effets conjugués de la pandémie et de l’impossibilité, depuis un an et demi, d’enterrer certains morts dans leur pays natal.

Au Mée-sur-Seine, près de Melun, en Seine-et-Marne, la surmortalité causée par la pandémie de Covid-19 a des conséquences inattendues sur les investissements de la commune. Avec 133 décès – 83 l’an dernier et plus de 50 depuis début 2021 – la municipalité a décidé la création d’un nouveau cimetière, plus grand que l’actuel, pour répondre à un besoin réel et nouveau de la population. « Depuis moins de deux ans, on vit une situation atypique. On a eu un afflux de décès et, en ce qui concerne les ressortissants étrangers qui vivaient dans notre ville, certains pays se sont fermés et il n’a pas été possible de rapatrier les dépouilles dans leur pays natal. Il a fallu les enterrer au Mée », confirme Franck Vernin (UDI), le maire de la commune de près de 21 000 habitants.

Dans le nouveau cimetière, un carré musulman est prévu. Président de l’Union des musulmans du Mée (UMM), Mourad Salah salue cette initiative. « On remercie le maire du Mée. Dans la ville, on a eu plus d’une dizaine de personnes inhumées ici au lieu de repartir au pays. Cela a saturé le carré musulman, il doit rester deux ou trois concessions », commente-t-il avant d’encourager les extensions de cimetières et de carrés musulmans dans les autres communes. Certaines l’ont déjà fait, comme Gennevilliers (Hauts-de-Seine) en avril 2020 où la communauté musulmane paie un lourd tribut au coronavirus.

«Nos enfants veulent enterrer leurs parents ici»

Mais selon Mourad Salah, au-delà de la pandémie, les habitudes changent. « Aujourd’hui les personnes d’origine maghrébine sont davantage attachées au lieu où elles ont vécu longtemps en France. Cela permet aux enfants d’enterrer leurs parents ici plutôt que de prendre plusieurs vols pour aller au pays. ».

Le président du conseil départemental du culte musulman de Seine-et-Marne, Abdelaziz Abderrahmane, confirme la tendance. « Nos enfants veulent enterrer leurs parents ici, comme eux-mêmes plus tard, car tous vivent ici. Ce sont des Français à part entière. » Rappelant que la loi ne rend pas obligatoire les carrés musulmans dans les cimetières, il souligne toutefois qu’en 2018 une circulaire du ministère de l’Intérieur invitait les préfets à y réfléchir. Pour nous, c’est important. Même si on est enterré en France, hors carré musulman, il faut être tourné vers La Mecque… ».

Plus que jamais, ce serait le moment d’anticiper cette tendance culturelle de fond. « En Seine-et-Marne, nous sommes en pourparlers avec la préfecture à ce sujet. Nous avons rendez-vous avec le président de l’union des maires de Seine-et-Marne, Guy Geoffroy. On espère résoudre le problème », espère Abdelaziz Abderrahmane.

Seulement 14 carrés musulmans en Seine-et-Marne

Justement, Guy Geoffroy a bien conscience de la situation. « Je suis saisi régulièrement de demandes de familles d’Épinay-sous- Sénart ou Boussy-Saint-Antoine (Essonne) qui n’ont pas de carré musulman et qui souhaitent inhumer leurs défunts dans celui de Combs-la-Ville, dont je suis maire. Je conseille à mes collègues maires de saisir toute occasion d’agrandissement de cimetière pour créer un carré musulman », lance le président de l’union des maires de Seine-et-Marne. « C’est important d’anticiper ! Le fait que de plus en plus de personnes d’origine étrangère veuillent être enterrées en France est plutôt une bonne nouvelle. C’est l’occasion de montrer que la vie ensemble va au-delà de la vie de chacun. »

La création de carrés confessionnels est actuellement laissée à la libre appréciation du maire selon la préfecture, qui en liste 14 en Seine-et-Marne, département de près de 1,4 million d’habitants. Dans quatre autres villes, où il n’y a pas de carré, les tombes des défunts musulmans sont orientées vers l’Orient.

Le Parisien