Seine-Saint-Denis (93) : Des militants LREM dénoncent le racisme des cadres accusés de vouloir « blanchir les équipes »

Alors qu’Emmanuel Macron s’est rendu, hier, à Saint-Denis, pour l’un de ses tout derniers déplacements avant le second tour de l’élection présidentielle, des militants d’En marche ! de la première heure, dans le département le plus pauvre de France, se sont manifestés pour rapporter leur malaise à l’équipe du président sortant. Le barriérage et le filtrage prédéplacement ne leur ont pas permis de se manifester. Et c’est donc de loin qu’ils ont aperçu Emmanuel Macron aux côtés de Mathieu Hanotin, le maire PS de Saint-Denis.

À l’instar de Manuel Valls, alors maire d’Évry, qui voulait voir « quelques white, quelques blancos » sur les images de sa ville un peu trop foncée selon les canons de la communication politique, ils accusent des cadres d’En marche ! de la campagne présidentielle et législative de « blanchir » les équipes. Ces citoyens de toutes origines, à l’image de la démographie locale, ont écrit à Stanislas Guerini, le patron d’En marche !, Richard Ferrand, le président de l’Assemblée nationale, et François Bayrou, l’influent patron du MoDem, membre de la majorité présidentielle.

Soutiens macronistes de la première heure, ils écrivent à Guerini, Ferrand et Bayrou. Les rédacteurs de ce courrier accusateur ne sont pas anonymes. En revanche, ils ne souhaitent pas s’exprimer nominativement dans les médias : « On est réticent à parler à visage découvert parce que, durant les élections régionales, une poignée de militants s’étaient confiés à la presse au sujet du “parachutage” de Prisca Thevenot [porte-parole de LREM, elle avait été désignée dans le 93, NDLR], ce qui avait entraîné une vague d’exclusion », rapporte l’un d’eux.

Les militants de Seine-Saint-Denis avaient alors trempé leur plume dans le vinaigre. « Nous l’affirmons, le parachutage, le népotisme, et le copinage sont nos adversaires politiques principaux », s’étaient insurgés certains d’entre eux dans une tribune. Dans la missive envoyée le 22 mars aux proches d’Emmanuel Macron, ces militants « écœurés » n’usent pas non plus de la langue de bois.

À titre d’exemple, alors que les militants sont sur le terrain depuis plusieurs semaines pour les législatives de juin, ils mettent en cause l’équipe du candidat LREM de la troisième circonscription, à Noisy-le-Grand : « Ils ont refusé à maintes reprises de s’afficher en photo avec les autres militants dont la couleur de peau ne correspond pas à l’idée de la République que se font ces trois élus », écrivent-ils. Ils affirment être près de 70 militants à être « révulsés par ces pratiques ».

« Samedi 19 et dimanche 20 mars 2022, le cas s’est à nouveau produit. Les trois élus refusant de prendre la traditionnelle photo de fin d’action avec nous, militants, ont accepté dans le même temps d’en prendre une sans les militants français issus de la diversité. À de trop nombreuses reprises, ces personnes nous ont targués d’être communautaristes sous prétexte que les personnes des quartiers populaires répondaient présentes en nombre, lors des différentes actions menées pour cette campagne. »

Règlement de comptes politique

Un des cadres d’En marche !, accusé nommément dans le courrier envoyé aux personnalités politiques du premier cercle du président sortant, réfute cette vision : « Je suis abasourdi par les propos tenus dans ce courrier. Je ne me sens pas concerné par ces accusations, je suis métis antillais. C’est totalement infondé. Je n’ai jamais refusé de prendre une photo avec qui que ce soit. C’est une méthode de règlement de comptes ! Quand Jean-Baptiste Djebbari, secrétaire d’État aux Transports, est venu cette semaine chez nous, je n’ai pas été convié moi-même. J’en ignore la raison. J’ai appris sa visite sur les réseaux sociaux. »

Un autre mis en cause répond : « C’est une attaque dégueulasse. Tout est faux dans ce courrier. Je n’ai jamais attaqué quelqu’un sur un supposé communautarisme. Les mis en cause dans ce courrier posaient en photo avec des militants de toutes les couleurs lorsqu’on a accueilli Élisabeth Borne, ministre du Travail. C’est un coup politique parce que je suis en concurrence avec le député sortant pour l’investiture. Le sujet des discriminations est un sujet beaucoup trop grave pour être utilisé dans des règlements de comptes politiques. »

Joint par Le Point, François Bayrou affirme ne pas avoir reçu le courrier envoyé au siège du MoDem. Richard Ferrand et Stanislas Guerini n’ont pas répondu à nos sollicitations.

Le Point