Seine-Saint-Denis : Un commando s’apprêtait à rafler le fameux collier de la reine Nazli d’Egypte exposé au Muséum d’histoire naturelle

Après des mois de préparation, trois malfrats qui projetaient un casse ce mois de juillet à l’exposition « Pierres précieuses », en collaboration avec Van Cleef & Arpels, ont été arrêtés juste avant de passer à l’acte. Ils ont été incarcérés.


Paris (Ve), Muséum d'histoire naturelle, ce mercredi matin. Ce joyau de plus de 200 carats, cible des voleurs, avait été commandé au joaillier Van Cleef par la reine Nazli pour le mariage de sa fille Faouzia en 1939. LP/Denis Courtine
Paris (Ve), Muséum d’histoire naturelle, ce mercredi matin. Ce joyau de plus de 200 carats, cible des voleurs, avait été commandé au joaillier Van Cleef par la reine Nazli pour le mariage de sa fille Faouzia en 1939.

On va finir par croire que ce joyau est frappé d’une malédiction. Qu’il porte malheur autant qu’il éblouit. Le fameux collier de l’ancienne reine Nazli d’Egypte, symbole de sa splendeur perdue, vient de causer la perte de trois malfrats de la région parisienne. Des policiers de la brigade de recherche et d’intervention (BRI) et de la brigade de répression du banditisme (BRB), qui les avaient placés sous surveillance, leur sont tombés dessus le lundi 12 juillet 2021 à l’aube. Ils ont été interpellés chez eux à Paris (XXe), Saint-Denis (Seine-Saint-Denis) et Cachan (Val-de-Marne).

Selon nos informations, les trois hommes s’apprêtaient, le jour de la fête nationale ou la veille, à commettre un casse historique au Muséum national d’histoire naturelle de Paris (Ve). Depuis le 19 mai, la Grande Galerie de l’Évolution accueille en effet l’exposition « Pierres précieuses » en collaboration avec Van Cleef & Arpels. Près de 550 pièces que le public ne peut admirer en temps normal que lors d’enchères.

Le gang s’était entraîné au maniement d’explosifs

Les voleurs espéraient-ils tout rafler ? Sans doute pas vu qu’ils n’étaient que trois. Une chose est sûre : cela faisait près de trois mois qu’ils préparaient leur coup. Ils s’étaient notamment rendu en forêt à Moussy-le-Vieux (Seine-et-Marne) pour s’entraîner au maniement des explosifs. C’est ce qui a provoqué du reste l’intervention de la BRI à la demande du juge d’instruction. « On ne savait pas précisément quand ils comptaient passer à l’action, reconnaît une source proche de l’enquête. Mais si c’était à une heure où il y avait du monde, le risque était réel de blesser des gens. »

Une équipe improbable de malfrats

D’autant plus que l’un des malfrats est une pointure pas vraiment du genre à reculer devant une opération périlleuse. Cet habitant de Saint-Denis est tombé en 2013 pour l’attaque, boulevard Pereire à Paris (XVIIe), d’une Ford blanche banalisée contenant des pièces du joaillier… Van Cleef. Le conducteur d’une voiture volée avait foncé sur le véhicule. Deux complices avaient déboulé dans la foulée sur un scooter pour braquer les employés en civil et s’emparer de près de 600 000 euros de bijoux destinés à un shooting photo. Un butin qui n’a jamais été retrouvé.

Les malfrats avaient notamment été confondus grâce à de l’ADN décelé sur un casque de moto. Deux autres personnes avaient été interpellées pour avoir fourni des renseignements, notamment l’itinéraire du convoi.

C’est en prison que le même homme aurait fait la connaissance du deuxième voleur. Ce Parisien serait connu pour des braquages de bijouteries. Du genre hold-up éclair à la masse. Le troisième homme n’a en revanche rien d’une pointure.

C’est un vendeur sans envergure du point de deal de la rue Guichard à Cachan, s’étonne un policier qui travaille sur le secteur. Il passe son temps à s’embrouiller avec ses voisins. Je n’arrive pas à croire qu’il puisse se retrouver sur un coup pareil. »

« Ils avaient observé les rondes, pris des photos… »

Après trois jours de garde à vue, les suspects ont été présentés au tribunal et placés en détention provisoire, nous a confirmé le parquet de Versailles. Ils sont emprisonnés à trois endroits différents à Fleury-Mérogis (Essonne), Fresnes (Val-de-Marne) et Bois-d’Arcy (Yvelines). En revanche, très peu d’éléments filtrent sur le plan des malfrats. « Ils s’étaient rendus sur place en prenant des tickets comme n’importe quel visiteur, glisse une source policière. Ils avaient observé les rondes, pris des photos. Leur véhicule de repli, un scooter, était déjà prêt. »

« Je peux vous dire qu’il aurait fallu une quantité impressionnante d’explosifs pour rafler les joyaux », se rassure un proche du joaillier. Et c’est sans compter sur le service de sécurité. Celui du Muséum d’histoire naturelle mais aussi la dizaine d’agents mobilisés par Van Cleef.

Ce mercredi matin, chacune des salles de l’exposition était ainsi gardée par un employé, avec de la vidéosurveillance un peu partout. Malgré le pass sanitaire exigé à l’entrée, les curieux affluent. Les voleurs ne sont pas les seuls à rêver devant le collier de la reine Nazli. « Quelle merveille, s’extasie Henriette, venue en voisine admirer ce joyau acheté 3,6 millions d’euros aux enchères par Van Cleef. J’ai lu l’histoire de ce bijou. Elle est incroyable. »

Paris (Ve), Muséum d'histoire naturelle, ce mercredi matin. Chaque salle de l’exposition sur les pierres précieuses est gardée par un employé et des caméras de vidéosurveillance filment un peu partout.
Paris (Ve), Muséum d’histoire naturelle, ce mercredi matin. Chaque salle de l’exposition sur les pierres précieuses est gardée par un employé et des caméras de vidéosurveillance filment un peu partout. 

Le joyau de plus de 200 carats avait été commandé au même joaillier parisien par la reine Nazli pour le mariage de sa fille Faouzia en 1939. « Un défi pour les artisans de la place Vendôme, puisque la maison, à l’époque, travaille plutôt l’or jaune et fait, chez les amateurs, un tabac avec son fameux  serti mystérieux , une technique brevetée au début de la décennie qui rend le métal presque invi­sible », rapporte Vanity Fair qui a consacré un article à ce collier.

L’incroyable histoire de ce joyau

Mais le malheur frappe la famille royale. Faouzia divorce en 1948, quitte l’Iran et, quatre ans plus tard, la monarchie égyptienne est renversée. La reine Nazli fuit aux Etats-Unis dans une propriété de 28 pièces à Beverly Hills. Sa fortune se dilapide et, à plus de 80 ans, elle finit par vendre une partie de ses bijoux aux enchères. « Le collier est acheté pour 140 000 dollars soit 640 000 euros actuels, précise le magazine. L’ex-reine meurt trois ans plus tard dans un petit appartement prêté par des amis. » Le joyau réapparaît 40 ans plus tard en 2015 lors de cette vente chez Sotheby’s. Le joaillier parisien récupère alors le collier qu’il avait réalisé en… 1939 pour le mariage de Faouzia.

« Nous n’avons pas seulement voulu sortir de la place Vendôme des pièces fabuleuses, souligne Pierre Farges, spécialiste en minéralogie et commissaire de cette exposition. Nous mettons tout le savoir-faire parisien de ces artisans de l’ombre qui sont aussi l’image de marque de la France. Avec le terme générique de Pierres précieuses, nous nous efforçons aussi de dévoiler les richesses du monde de la nature et ce que l’humanité réussit à en faire. » Une humanité pas forcément bienveillante comme en témoigne ce projet de casse avorté… « Nous l’ignorions, reconnaît le scientifique. Mais nous avons confiance dans le dispositif de surveillance mis en place avec Van Cleef. On peut visiter cette exposition en toute sécurité. »

Le Parisien