Semur-en-Auxois (21) : Salif Traoré, jeune maroquinier ivoirien au cœur d’or, est menacé d’expulsion

Salif Traoré, 20 ans, est un jeune ivoirien arrivé en France en 2017. Bien intégré, il a obtenu un CDI aux Ateliers d’Armançon, à Semur-en-Auxois, et est engagé bénévolement depuis deux ans au Secours catholique à Montbard. Mais, aujourd’hui, il est menacé d’une obligation de quitter le territoire français.

Salif Traore, 20 ans, vit dans la peur depuis qu’il a reçu une Obligation de Quitter le Territoire Français et a été assigné à résidence. Le recours auprès du tribunal administratif a échoué et l’OQTF confirmée. Son acte de naissance ne serait pas valable : motif récurrent, jamais réellement prouvé, qui vaut chaque jour, à des jeunes majeurs d’origine étrangère, de se voir brutalement expulsés.

Salif est jeune mais a déjà vécu plusieurs vies et un parcours insensé pour quelqu’un de son âge. Parti à l’âge de 15 ans de Côte d’Ivoire, sans plus d’attache au pays, il est passé par le Burkina, le Niger, la Libye où il a connu la peur, la violence et l’enfermement. Après avoir affronté de nombreux périls, il a finalement rejoint l’Italie et a été pris en charge par la Croix Rouge. Salif a traversé la frontière française à pied, il s’est lui-même présenté aux services de police avec son extrait d’acte de naissance et a fini par être envoyé en Bourgogne, à Avallon. Pris en charge par l’Aide Sociale à l’Enfance de Côte d’Or, Salif a finalement obtenu un passeport avec l’aide de ses éducateurs.

Aider Salif, ce n’est pas seulement humaniste, c’est raisonnable car ce jeune homme a un talent hors pair dont on ne saurait se passer aujourd’hui.

Son parcours en Bourgogne est en effet à souligner : scolarisé dès sa prise en charge par l’Aide Sociale à l’Enfance, il se distingue par son sérieux, d’abord au collège de Châtillon où il progresse rapidement dans l’apprentissage du français (il entre en Unité Pédagogique pour Elèves Allophones) puis au lycée de Montbard où il obtient son CAP de maroquinerie avec une moyenne générale de 15/20. Après avoir suivi un parcours d’alternance aux Ateliers d’Armançon – groupe Maroquinerie Thomas (acteur majeur dans la fabrication de produits de maroquinerie de luxe), à Semur-en-Auxois, il décroche un CDD puis un CDI. Il est très bon maroquinier, il s’est très vite intégré dans les équipes témoignent les responsables avec qui il a travaillé. Une excellente assiduité au travail est à lui reconnaître également.

Mais l’engagement de Salif ne s’arrête pas là : pensant devoir rendre à la France la chance qu’elle semble lui donner, il décide d’offrir tout ce qu’il peut aux autres. Il fait le geste solidaire de confectionner des vêtements pour le Secours Catholique, il crée un atelier à destination des plus démunis pour qu’ils puissent apprendre à réparer leurs vêtements eux-mêmes. Voilà deux ans qu’il s’engage bénévolement pour les autres.

20 ans, d’un sérieux irréprochable, généreux, Salif devrait être récompensé. Il se prend totalement en charge, travaille et participe à l’effort national. Pourtant, maintenant il a perdu son travail, et c’est la crainte de se voir expulsé à n’importe quel moment qui le hante.

Le Bien Public