Sérifontaine (60) : Kelda Uranie mutile sa compagne à coups de machette, plusieurs doigts sectionnés, un bras amputé, le visage tailladé

Une femme de 32 ans a été retrouvée, samedi 19 juin, grièvement blessée, au chemin noir de Sérifontaine. Son compagnon, Kelda Uranie, 27 ans, défavorablement connu de la justice, a été interpellé le lendemain. Une enquête pour tentative de meurtre a été ouverte. L’auteur présumé, âgé de 27 ans, a été mis en examen mardi pour «tentative de meurtre aggravé» après s’être déchaîné sur la victime, samedi dernier à Sérifontaine.

Ce début de week-end a été troublé samedi dans la matinée par les hurlements d’une femme émanant du chemin noir situé à l’orée d’un bois. La ligne SNCF le sépare de la cité Marcel Cachin, aussi appelée cité Cilova de Sérifontaine, quartier de résidence où vit le couple impliqué. Un habitant, entendant les cris, a aussitôt alerté la gendarmerie. Sur place, les forces de l’ordre retrouvent la victime. Elle est «atteinte de plusieurs blessures», fait savoir la procureure de la République Caroline Tharot. Le parquet ne précise pas la nature des dites blessures.

La veille au soir, une altercation minime avait impliqué Kelda Uranie à la suite d’un accident de voiture totalement anodin. En reculant, le conducteur avait percuté un coin de mur avec sa voiture. Suite à cela, Kelda Uranie, le compagnon de la victime avait eu un échange verbal tendu avec un autre homme. Selon les témoins, le ton était un peu monté. Mais il n’y aurait eu ni violences ni insultes. Kelda Uranie serait parti en disant «tout va bien».

Déjà condamné pour violences sur sa concubine

Que s’est-il passé pendant la nuit ? Les enquêteurs n’ont pas pour l’heure toutes les réponses. La procureure précise simplement Kelda Uranie «avait été condamné, le 11 janvier 2021, par le tribunal correctionnel de Beauvais, pour des violences commises par concubin, au préjudice de la même personne». Il avait été condamné à 18 mois de prison ferme dont neuf avec sursis probatoire pendant deux ans. Uranie avait demandé un aménagement de peine : la partie ferme de cette condamnation s’effectuait sous forme d’une détention à domicile sous surveillance électronique. Bien que prononcée en janvier, la peine n’avait pas encore été mise à exécution : le bracelet électronique devait être posé jeudi 24 juin.

Samedi, Kelda Uranie, restait introuvable. Les gendarmes ont mené leurs recherches à Sérifontaine, notamment au domicile de la mère du suspect, en vain. Uranie a finalement été interpellé dimanche à 10 heures, dans le Val-d’-Oise en gare de Persan-Baumont. Il a été placé en garde à vue pour tentative de meurtre sur concubin.

L’enquête se poursuit. Elle a été confiée à la Section de Recherches de la gendarmerie d’Amiens. La jeune femme a été hospitalisée. Ses jours ne seraient pas en danger.

Sur le bitume de la rue du Chemin-Noir, à Sérifontaine (Oise), Hervé (le prénom a été changé) désigne une longue trace sombre. Au bout d’une dizaine de mètres, celle-ci bifurque sur une petite allée de terre à l’orée d’un bois. « La pluie est beaucoup tombée depuis, mais il y avait beaucoup, beaucoup de sang », souffle le sexagénaire. C’est à cet endroit que samedi, au petit matin, cet ancien sapeur-pompier a été confronté à l’horreur. « C’était une boucherie, et pourtant dans mon métier, j’en ai vu d’autres… » souffle-t-il.

Derrière cette effusion d’hémoglobine, il y a un homme âgé de 27 ans, suspecté d’avoir voulu tuer sa compagne. Interpellé dimanche à la gare de Persan-Beaumont (Val-d’Oise), il a été mis en examen ce mardi pour « tentative de meurtre aggravé », indique le procureur de la République de Senlis, Jean-Baptiste Bladier. L’enquête a été confiée à la section de recherches (SR) de la gendarmerie d’Amiens (Somme). Le mis en cause a depuis été placé en détention provisoire à la prison de Beauvais.

Ce matin-là, il est 7h05 quand Hervé voit débouler une voiture grise « à fond la caisse », au niveau de cette petite route coincée entre un bois et la voie ferrée. « Des jeunes qui font les idiots » , pense-t-il alors. Mais après avoir entendu les pneus crisser sur la chaussée, son sang se glace au son « de cris et de hurlements ». « J’ai tout de suite senti la détresse et la souffrance », murmure-t-il. Comprenant qu’il se trame « quelque chose d’extrêmement grave », le riverain décide d’aller voir.

«Le mec qui a fait ça, c’est une ordure»

Sur place, il retrouve la voiture garée en biais, coté chemin de fer. Au sol, il croit distinguer une bouteille d’alcool brisée, des cheveux aux côtés d’un « bout de chair ou d’os ». Et cette longue trace de sang qui rejoint la forêt de l’autre côté de la route. Après s’être approché de l’orée du bois, il fait face à un homme, l’air hagard. « Il tenait quelque chose dans sa main », glisse Hervé.

D’après les premiers éléments de l’enquête, l’auteur présumé aurait infligé des coups avec une machette d’une violence inouïe. Selon un proche du dossier, la victime a été retrouvée « le visage très très amoché », un doigt sectionné et de graves blessures à un bras susceptible d’entraîner une « infirmité permanente ». Ne sachant pas ce que l’homme a entre les mains, ni s’il est seul, Hervé fait demi-tour à toute vitesse et prévient les gendarmes.

À leur arrivée, aucune trace du suspect qui a pris la fuite avant de s’accidenter un peu plus loin. À proximité, un riverain alerté par le vacarme découvre un reste de doigt. « Le mec qui a fait ça, c’est une ordure », lâche ce dernier, dégoûté et encore choqué. Pendant ce temps, les militaires prodiguent les premiers soins à la victime, âgée de 32 ans, en lui faisant un garrot au niveau du bras, afin de stopper l’hémorragie. Transportée en urgence à l’hôpital de Rouen (Seine-Maritime), celle-ci désignera son conjoint comme étant son agresseur. Malgré ses graves blessures, ses jours ne sont plus en danger. Déja condamné pour violences conjugales

S’agissant de l’homme incriminé, il s’évapore dans la nature jusqu’à ce que les investigations des enquêteurs de la section de recherches permettent de le retrouver dans le département voisin, dimanche matin. Entre-temps, les gendarmes se rendent du côté de la rue Marcel-Cachin dans la cité « Cilova », où vivait le couple.

Est-ce ici que les sévices ont démarré et dans quel contexte ? Difficile à dire pour le moment. Car si la victime, toujours hospitalisée, n’a pas encore été entendue, le témoignage de son conjoint n’a apporté que peu de réponses.

« Il a reconnu des coups, a expliqué qu’ils se seraient frappés mutuellement, mais nie avoir voulu tuer », explique le procureur de Senlis. « C’est compliqué, il ne se souvient pas de tout, commente son avocate Me Christelle Vast. Il ne comprend pas ce qu’il se passe, comment il a pu blesser sa compagne et en arriver là. » Une source judiciaire fait état d’un individu « très embrumé » lors des auditions et le rapport toxicologique met quant à lui en évidence une « importante consommation d’alcool », mais aussi de cocaïne, de crack et de cannabis. « Le pourquoi du comment reste à déterminer», avance le procureur de la République.

À la cité Silova, un ensemble fait de lotissements sur trois étages et situé à quelques centaines de mètres à vol d’oiseau des lieux où la victime a été retrouvée, les habitants ont rapidement eu vent de l’affaire. Mais peu connaissent ce couple qui s’y serait installé récemment. « Forcément, ça choque de voir ça près de chez soi », glisse une femme. Et son compagnon d’embrayer : « Le pire, c’est que ce n’est visiblement pas la première fois que ça arrive. » Très connu de la justice, le casier judiciaire du mis en cause comporte 18 mentions, dont une dizaine pour des violences.

Le 11 janvier 2021, il avait été condamné par le tribunal de Beauvais à 18 mois de prison, dont 9 mois avec sursis pour des faits de violences conjugales sur cette même victime et s’était vu notifier une interdiction d’entrer en relation ou en contact avec elle et de paraitre à son domicile. Dès le 13 janvier, l’homme était suivi par le juge d’application des peines en vue de cette condamnation qu’il devait purger sous forme de détention à domicile sous surveillance électronique à partir de ce 24 juin. Toutefois, il semblerait que la victime – pourtant domiciliée dans l’Yonne – soit revenue à Sérifontaine.

En janvier, un voisin du couple était présent à l’arrivée des gendarmes. Selon lui, la trentenaire, visage en sang, aurait imploré de ne pas « lui faire de mal ». Signe d’une emprise – physique et psychologique – malheureusement trop répandue dans ce type de dossier ? « Pauvre femme », réagit de son côté Hervé, bien conscient que sans son intervention, « elle serait probablement morte ».

Oise Hebdo