Solignac-sur-Loire (43) : Le jeune apprenti-cuisinier guinéen Ibrahima Sylla est menacé d’expulsion alors « qu’il est ici chez lui depuis plus de trois ans »

Le Guinéen de 20 ans a reçu, le 12 mars, un refus pour la demande de titre de séjour formulée par son avocate, assorti d’une OQTF (Obligation de quitter le territoire français). Une décision incompréhensible pour beaucoup de Solignacois, qui le côtoient depuis son arrivée il y a plus de trois ans.

Depuis mercredi, l’incompréhension monte à Solignac-sur-Loire. Les pétitions et les soutiens officiels s’accumulent pour Ibrahima Sylla, un Guinéen de 20 ans menacé d’expulsion. Le 12 mars, la demande de titre de séjour formulée par son avocate a été rejetée et assortie d’une OQTF (Obligation de quitter le territoire français).

Titulaire d’un CAP et installé depuis trois ans dans le village

« Il ne comprend pas, et nous ne comprenons pas non plus », commente Jean-Marc Broc, interloqué. Avec son épouse, ils ont accueilli Ibrahima à son arrivée en France dans leur domicile du lieu-dit « Agizoux » en décembre 2017.

« Il avait 16 ans et venait d’arriver en France après un voyage très compliqué. Il a été redirigé vers Le Puy-en-Velay par La Croix-Rouge et s’était tout de suite présenté au poste de police. Il a ensuite d’abord été hébergé au Grand Séminaire, avant d’arriver chez nous en février 2018 », se remémore le père d’accueil du jeune homme.

Un juge des enfants le déclare alors mineur et il entame un CAP cuisine en deux ans qu’il obtient en juin 2020 en apprentissage au Restaurant de la Loire à Solignac. Il s’est rapidement installé dans un appartement au cœur de la commune à sa majorité.

« C’est le même problème que pour le dossier de Madama Diawara »

« Ce qu’on lui reproche à la préfecture, c’est toujours la même chose : une histoire de papiers non conformes alors qu’il a fait les démarches nécessaires. On avance également que ses liens avec la France ne sont pas assez forts et stables. Mais il est ici chez lui depuis plus de trois ans ! Il est pleinement intégré dans la vie de la commune. Il a un emploi et son patron veut le garder ! », ne décolère pas Jean-Marc Broc.

« C’est le même problème que pour le dossier Madama Diawara  », soupire le maire, Olivier Teyssier, qui a écrit sa stupéfaction dans une lettre adressée au préfet de Haute-Loire. « J’ai reçu la famille en mairie, ils ont tout mon soutien », persiste l’édile.

Du soutien, Ibrahima Sylla en a aussi trouvé au club de foot du FC Solignac-Cussac dans lequel il joue et au sein de l’association Emmaüs 43, où il est bénévole sur son temps libre. Avec la famille d’accueil du jeune homme, ils ont lancé une pétition, distribuée dans les commerces de la ville et en mairie, « afin de mettre en avant son intégration ».

Un parcours à risque pour rejoindre la France

Le parcours de vie d’Ibrahima avant d’arriver à Solignac est édifiant. Il est né en République de Guinée, où sa mère est morte à sa naissance. Alors adolescent, Ibrahima perd alors également son père et vit avec son frère, qui vit de quelques courses qu’il effectue en tant que taxi. Les deux frères ont décidé de fuir le pays, se sentant en danger après l’incendie volontaire du taxi du frère d’Ibrahima.

S’en est alors suivi un long voyage qui l’a conduit au Mali, en Algérie, puis en Lybie, où ils ont été séparés avec son frère, qu’il n’a jamais revu à ce jour, avant d’arriver en Europe. « Nous sommes allés jusqu’aux bureaux de La Croix-Rouge de Lyon pour savoir si leurs antennes locales pouvaient savoir quelque chose. Ils nous ont répondu qu’ils n’avaient pas de bureau à Tripoli parce que c’était trop risqué. Donc nous n’avons pas pu retrouver la trace du frère d’Ibrahima », explique Jean-Marc Broc.

Le Progrès