SOS Racisme saisit le CSA après les propos de Rioufol sur le Ghetto de Varsovie

Dans L’Heure des pros sur Cnews, Ivan Rioufol a comparé la situation dans le Ghetto de Varsovie dans les années 1940 avec la situation des non-vaccinés en France en temps de Covid-19.

La comparaison n’est pas heureuse. Lors d’une discussion sur le plateau de l’Heure des Pros sur Cnews ce mardi 1er février, Ivan Rioufol, journaliste et éditorialiste au Figaro, habitué de l’émission de Pascal Praud, s’est essayé à une comparaison des plus douteuses entre le sort des non-vaccinés et celui des juifs enfermés dans le Ghetto de Varsovie durant la Seconde Guerre mondiale. 

Invité par Pascal Praud à réagir sur des déclarations de Didier Raoult concernant le “pourcentage égal de contaminés non-vaccinés au Covid-19 avec celui de contaminés vaccinés”, Ivan Riouffol a rebondi sur les propos du directeur de l’IHU Méditerranée concernant une forme de “ségrégation hygiéniste” de la part de l’État français, qui s’apparente, selon Didier Raoult, à ce qui a été fait par les Nazis durant la Seconde Guerre mondiale.

“Un hygiénisme d’État tout à fait totalitaire”

Le journaliste du Figaro entame alors une comparaison entre le ségrégationnisme hygiéniste mis en place par les Nazis à Varsovie et la politique de l’État français à l’égard des non-vaccinés, en réponse à “la société totalitaire” dénoncée par Didier Raoult dans la vidéo diffusée durant l’émission.

“Rappelez-vous que quand le Ghetto de Varsovie a été créé en 1940, c’était un lieu de contaminés, un lieu hygiéniste pour préserver du typhus, la comparaison s’arrête-là, mais malgré tout, cette ségrégation [des non-vaccinés] qui s’est installée au nom d’un hygiénisme d’État est tout à fait totalitaire”, a-t-il alors déclaré. La séquence complète est disponible dans la vidéo ci-dessous à partir de 2 minutes. 

Le CSA saisit par SOS Racisme

“Nous avons vécu une dictature sanitaire”, finit même par conclure l’éditorialiste. Mais suite à cette séquence en plateau, les réactions outrées ne se sont pas fait attendre.

Sur Twitter, de nombreuses personnalités ont été choquées par cette justification en forme de point Godwin. L’argument du prétexte hygiéniste, lié à une épidémie de typhus à Varsovie, ayant surtout été utilisé par les Nazis pour justifier la création de ce ghetto en Pologne. 

L’essayiste et éditorialiste n’a d’ailleurs pas manqué de répondre à chacun de ses détracteurs sur Twitter. Tentant à chaque fois de justifier ses propos par le fait qu’il essayait justement de “dénoncer le prétexte hygiéniste du Ghetto de Varsovie”.

Autre réaction suite à cette séquence polémique, celle de SOS Racisme. Ce jeudi 3 février, l’association a qualifié sur Twitter d’“immonde, toujours plus immonde” la teneur des propos d’Ivan Rioufol. 

Choquée par la séquence et les propos du journaliste, SOS Racisme a donc décidé de saisir le CSA, et à également demander ”à la chaîne et son journal de s’excuser” pour la gravité des mots employés. La Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme (Licra) a, elle, dénoncé “des débats surréalistes et à une totale confusion intellectuelle”.

La transmission du Covid au départ du problème

Sujet initial lors du lancement de la séquence avec Didier Raoult, la transmission du Covid-19 est sujette à de nombreuses fausses informations quant à l’utilité réelle des vaccins, qui selon certains -comme Didier Raoult- ne changerait rien au fait de pouvoir être contaminé. 

“Le pourcentage de vaccinés positifs et le même que celui de non-vaccinés donc avec des données de cette nature, vous ne pouvez pas foutre des gens en camp de concentration”, disait notamment Didier Raoult dans la vidéo diffusée sur Cnews. 

Et si dans les faits, les vaccins n’ont jamais garanti une efficacité totale contre l’infection au Covid-19, mais une grande efficacité contre ses formes graves, force est de constater qu’un schéma vaccinal complet offre encore aujourd’hui et malgré la très forte contagiosité du variant Omicron et de son petit frère BA.2, une meilleure protection. Si une personne infectée est vaccinée, alors, sa contagiosité est fortement réduite par rapport à celle d’une personne non-vaccinée.

D’après l’Institut Pasteur, les vaccinés infectés ont 50% moins de risques de transmettre le virus que les non-vaccinés. Avant l’émergence d’Omicron, une vaste étude des Centres de prévention et de lutte contre les maladies (CDC), principale agence fédérale en matière de santé publique aux États-Unis, concluait, fin novembre, qu’une personne non-vaccinée avait 13 fois plus de chance d’être testé positif qu’une personne avec un schéma vaccinal complet. Pour mieux comprendre l’immunité à l’infection ou aux formes graves du coronavirus, des explications sur ce sujet sont d’ailleurs disponibles dans notre vidéo ci-dessous.

Un peu d’histoire

Enfin, concernant la question du Ghetto de Varsovie, au centre de la suite de la discussion sur le plateau de L’Heure des pros, un bref rappel historique s’impose.

D’après les travaux d’historiens et une étude, très récente, publiée dans la revue Science en 2020, “la peur de la transmission du typhus en Allemagne durant la Seconde Guerre mondiale a été utilisée comme prétexte par les Nazis pour isoler la population juive dans des ghettos et commettre un génocide”.

Pour autant, au sein du Ghetto de Varsovie, touché comme toute l’Europe de l’Est par cette maladie endémique transmise par les poux et les puces, la population s’est organisée à sa manière pour endiguer la propagation de la maladie par l’intermédiaire de cours d’hygiènes, de lectures publiques, de mesures de distanciations sociales (les gestes barrière), ou encore d’isolement à domicile, alors “considéré comme du bon sens de base par tous”, rappelle l’étude.

Une université clandestine avait même été ouverte afin d’entraîner de jeunes étudiants en médecine pour prévenir et stopper cette maladie. Des mesures d’hygiène collectives concernant la vie au quotidien avaient également été prises pour permettre, collectivement, de venir à bout de fléau qui a notamment décimé entre 3 et 5 millions de Russes à l’époque.

Par ailleurs, comme l’explique le centre de documentation du Mémorial de la Shoah les persécutions antijuives des nazis (brassard blanc où figure une étoile de David bleue, interdiction de fréquenter les jardins publics, de voyager en train, couvre-feu…) ont débuté dès l’automne 1939 à Varsovie. Ce n’est qu’en mai 1940 que le quartier juif de Varsovie est officiellement déclaré par les Allemands “zone d’épidémie”. Le mur d’enceinte, entourant près de 300 hectares et jusqu’à 381.000 personnes, ne sera lui que partiellement achevé qu’à la mi-novembre 1940.

Huffingtonpost