Strasbourg (67) : Mohamed Babadris, l’ancien directeur de gestion de l’association d’insertion Envie, condamné pour escroquerie

Il était l’un des principaux manageurs de l’association Envie. Embauché en 2013 comme comptable au sein de cette émanation d’Emmaüs, Mohamed Babadris en a gravi les échelons. Il a fini contrôleur de gestion de la structure employant une quarantaine de personnes en réinsertion.

En parallèle, il occupait les fonctions de directeur d’exploitation de la filière « 2E », chargée de collecter, réparer, reconditionner… des appareils électroniques et électroménagers, revendus au magasin Envie de Koenigshoffen.

« Il essaie de vous embrouiller »

M. Babadris était notamment chargé d’approvisionner l’association en téléphones portables d’occasion. Il les commandait sur ses fonds propres auprès de grossistes à l’étranger. Les appareils transitaient ensuite par une société fictive, créée au nom de son ex-compagne, avant d’être radiée.

Cette entité les revendait à Envie avec une marge que les policiers ont estimée à « 28 % en moyenne ». De fausses factures, avec un faux numéro de Siret, lui permettaient de se faire payer sans que son employeur ne repère le conflit d’intérêts. Entre 2014 et 2019, il aurait ainsi empoché plus de 60 000 euros.

L’ancien directeur de gestion assure pourtant qu’il revendait les portables « moins cher » qu’il ne les avait achetés. Un « service » permis par « un stratagème » de fraude à la TVA. Il plaide « la maladresse » et assure qu’il n’a « rien gagné » dans cette affaire.

« Vous preniez le risque de frauder les impôts sans aucun intérêt financier pour vous ? » s’étonne la présidente du tribunal Isabelle Karolak. « Ça ne tient pas une seconde, met en garde la procureure, Lucile Regin. Il essaie de vous embrouiller. »

« Il s’est enrichi sur le dos de cette association »

Se servant de la réputation de l’entreprise d’insertion pour mettre en confiance les clients, il faisait aussi tourner une société multiservices. Il lui est reproché d’avoir fait travailler son frère, et d’autres salariés au noir, pour bricoler électricité, menuiserie, plomberie… « Non, c’est moi qui faisais tout », oppose le prévenu. Pour convaincre le tribunal, il laisse entendre qu’il se tournait les pouces au travail, nonobstant un salaire de plus de 3 000 euros par mois.

« Il n’a pas agi dans les règles de l’art, il n’a pas été précautionneux, reconnaît son avocat Me Maxime Bordron. Pourtant, « son but n’était pas de s’enrichir » mais « de faire grandir Envie », affirme la défense.

« Il n’est ni généreux, ni bienfaisant, oppose le conseil des parties civiles, Me Sabine Knust-Matt. Il a même des valeurs contraires à celles de l’association » qui met en avant « éthique, solidarité, respect de l’autre, dignité… »

« Il s’est enrichi sur le dos de cette association d’insertion. C’est de l’argent qui aurait pu servir à d’autres causes et être bien plus utile », ajoute la représentante du ministère public.

Mohamed Babadris est relaxé pour les motifs de vol et de fraude fiscale. Il est condamné pour le surplus à dix mois de prison aménagé sous la forme d’une détention à domicile sous surveillance électronique. Il a l’interdiction de gérer pendant dix ans. Il devra verser 65.000 € à Envie Strasbourg.

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