Strasbourg (67) – Un garagiste condamné pour son « racisme viscéral »

Un homme de 65 ans et son épouse ont été condamnés pour avoir proféré publiquement des injures racistes courant 2020, dans une commune située au nord de Strasbourg. Trois victimes se sont portées partie civile, des témoins ont attesté des propos discriminants énoncés à leur encontre.

Sur le rôle du tribunal, le garagiste de 65 ans apparaît dans deux affaires distinctes. Les deux affaires, survenues à des dates différentes, relèvent d’injure publique en raison de l’origine ou la religion. De l’aveu des gendarmes, l’homme et son épouse – également prévenue dans l’un des dossiers – sont « très connus pour leur racisme outrancier ».

Le 11 mars 2020, un chauffeur routier intérimaire se rend au dépôt de son employeur qui jouxte le garage du sexagénaire. Dans la cour, il croise deux employés du prévenu. Ce dernier intime l’ordre à ses subordonnés de ne pas reculer pour le laisser entrer et reproche avec véhémence au chauffeur de bloquer le chemin.

Alors que le chauffeur laisse son véhicule pour prévenir sa patronne, le prévenu l’invective et lui lance des injures à caractère racial. La victime, elle, demeure imperturbable.

À la barre, la partie civile relate avoir déjà eu d’autres accrochages avec le garagiste au point d’avoir demandé à ne plus effectuer de livraisons à cette adresse. « Il m’a déjà menacé. Il m’a dit : “Je prends une pelle et je t’enterre”. » Son employeur a par ailleurs confirmé que plusieurs intérimaires aux origines étrangères avaient eu à subir les propos discriminants du garagiste.

« On va chercher un bidon d’essence »

Quatre mois plus tard, un autre incident est signalé à la même adresse. Deux clientes d’un garage voisin se sont malencontreusement trompées d’établissement. Alors qu’elles pénètrent par erreur dans la cour du sexagénaire à la pause méridienne, son épouse sort en vociférant, leur demandant de « dégager ». Dans l’impossibilité de sortir à reculons, la conductrice avance pour entreprendre un demi-tour. Mais le garagiste ferme son portail et empêche cette mère et sa fille de quitter les lieux.

La situation s’envenime. Le prévenu injurie à sa manière les dames, dont la plus jeune finit par s’énerver après que sa mère s’est évanouie. Et lorsque celle-ci répond à ses outrages en disant qu’elle n’est pas arabe mais juive, l’homme surenchérit, lançant à sa femme : « On va chercher un bidon d’essence » pour les brûler « comme a fait Hitler ». Malgré la présence des gendarmes, l’homme continuera d’agonir d’injures les victimes.

« Un fonctionnement habituel »

Me Simon Burkatzki, représentant la Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme (LICRA), dénonce « un fonctionnement habituel » du couple. Tandis que Mes Christine Mengus, pour le Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples (MRAP), et Anne Gangloff, représentant SOS Racisme Alsace, réclament « une condamnation ferme ».

Alexandre Chevrier, représentant du ministère public, déplore l’absence des prévenus à la barre, décelant « un mépris » pour l’institution judiciaire. Il fustige « des faits inadmissibles qui visent à rabaisser l’autre » et le « racisme viscéral » des prévenus.

Déjà connu de la justice, le garagiste a été condamné à quatre mois de prison ferme et 500 euros d’amende dans le premier dossier. Il devra allouer 2 000 euros au chauffeur victime. Il a écopé d’une seconde peine similaire dans la deuxième affaire. Son épouse a été sanctionnée par trois mois de prison avec sursis et 500 euros d’amende. Ils devront verser 800 euros au titre du préjudice moral à chacune des trois associations luttant contre le racisme.

DNA