Suisse – Festival de musique albanaise annulé: la communauté craint la stigmatisation

L’Alba Festival devait avoir lieu ce week-end, mais son autorisation a été révoquée. Deux raisons sont mentionnées par les autorités: la peur d’une surcharge des hôpitaux et le taux de vaccination trop faible de la communauté à qui s’adresse l’événement.

Plus de 20’000 personnes étaient attendues à l’Alba festival. Mais l’événement n’aura pas lieu, les autorités zurichoises ayant estimé qu’il représentait un risque trop élevé pour le public et les hôpitaux.
Alba Festival

À moins de 48h de son inauguration, l’Alba Festival est annulé. Consacré à la musique albanaise, l’événement aurait dû se tenir les 4 et 5 septembre à Zurich. Mais jeudi, le gouvernement cantonal en a décidé autrement.

«L’expérience montre que lors de grands festivals, des patients doivent être pris en charge en urgence. Et certains nécessitent des soins intensifs, peut-on lire dans le communiqué. Au vu de la situation épidémiologique préoccupante, les autorités souhaitent éviter une surcharge des hôpitaux. C’est pour ces mêmes raisons que le festival open air «Frauenfeldli» a été annuléil y a quelques jours dans le canton de Thurgovie.

Les autorités évoquent un contexte particulier

Mais les autorités ajoutent un autre argument: «l’Alba Festival s’adresse principalement à une communauté fortement touchée» par le Covid-19.

Le gouvernement fait explicitement référence au grand nombre de rapatriements de voyageurs gravement malades en provenance des Balkans, ainsi qu’à leurs répercussions sur le nombre de patients dans les unités de soins intensifs. «On peut en conclure que le taux de vaccination dans ce groupe de population est trop faible pour justifier un événement d’une telle ampleur dans la situation épidémiologique actuelle», mentionne la suite du communiqué.

Le gouvernement dit «regretter cette démarche», mais estime aussi qu’il a «un devoir de diligence pour contrer le risque accru d’infection» et pour «protéger» ce «groupe de population».

«Cela encourage la stigmatisation»

Dans la communauté albanaise, la déception liée à l’annulation soudaine du festival est énorme, explique Përparim Avdili, membre PLR du conseil communal de Zurich au «TagesAnzeiger». «Le gouvernement aurait pu se contenter de souligner la situation tendue dans les hôpitaux, sans faire une telle référence à la communauté balkanique», a-t-il réagi, dérangé par la stigmatisation que peuvent engendrer de telles déclarations. La communauté des Balkans est transformée en une sorte de bouc émissaire, poursuit-il.

Pour l’élu, la suite sera déterminante pour savoir s’il y a eu véritable discrimination: «si des événements similaires de cette ampleur sont maintenant approuvés dans le canton, cela irait dans le sens de la discrimination.» Les organisateurs du festival avaient communiqué jeudi qu’ils examinaient la décision sur le plan juridique. Ils ont ensuite tenté de porter plainte, mais celle-ci n’a pas pu aboutir, relate 20 Minuten vendredi après-midi.

Une décision prise «sur la base de facteurs épidémiologiques»

Il ne s’agit certainement pas d’une décision raciste ou discriminatoire, a quant à lui déclaré le porte-parole du gouvernement cantonal zurichois, Andreas Melchior. Elle n’a pas été faite sur la base de l’origine des visiteurs, mais sur la base de facteurs épidémiologiques, explique-t-il: «ceux-ci pourraient tout aussi bien s’appliquer à une autre communauté».

Depuis la fin du mois de juin, une centaine d’autorisations ont été délivrées, précise le porte-parole; souvent pour des événements accueillant entre 1000 et 3000 visiteurs. Mais un événement aussi important que le festival d’Alba, où la foule se déplace librement est un cas isolé, dit-il.

20 minutes