Suisse : Les enfants d’immigrés vont plus loin dans les études que leurs parents

Les enfants de personnes immigrées en Suisse atteignent généralement un niveau d’éducation plus élevé que leurs parents, d’après une étude. Il existe toutefois des différences selon les pays d’origine. Ce contenu a été publié le 09 août 2022 – 09:29 09 août 2022 – 09:29

L’étude, publiée dans la dernière édition de la revue Social Change in Switzerland, compare le niveau d’éducation des parents immigrés en Suisse à celui de leurs enfants (migrants et migrantes de deuxième génération, ou «secondos») passés par le système scolaire suisse.

À partir des données de 24’000 paires parents-enfants, issues des neuf principales nationalités immigrées en Suisse (Allemagne, France, Italie, Portugal, Espagne, Turquie, Serbie, Macédoine et Kosovo), le démographe de l’Université de Genève Philippe Wanner a constaté que la mobilité intergénérationnelle était «beaucoup plus susceptible d’être ascendante que descendante».

Parmi les secondos dont les parents ont quitté l’école à 15 ou 16 ans (donc avec une formation de niveau secondaire I), près de 60% sont allés un peu plus loin et ont poursuivi leur formation jusqu’à 18 ou 19 ans (niveau secondaire II). Cela signifie qu’ils et elles ont généralement fait un apprentissage, la voie la plus populaire pour les jeunes quittant l’école en Suisse, ou sont allés dans une école secondaire préparatoire à l’université. Dans 32% des cas, l’enfant a atteint une formation de niveau universitaire.

Philippe Wanner a également constaté que la mobilité ascendante en matière d’éducation était aussi haute parmi les familles immigrées que parmi les familles autochtones de la même classe sociale. Et ce, malgré les obstacles à l’éducation tels que la discrimination ou les difficultés linguistiques, note l’étude.

Pour Philippe Wanner, cela peut s’expliquer par les aspirations éducatives élevées de certains secondos et par le fait que «les familles migrantes bénéficient d’un système éducatif plus inclusif en Suisse» que dans la plupart de leurs pays d’origine.

Différences selon la nationalité

Les données ont toutefois montré que la proportion d’enfants ayant un diplôme de niveau universitaire variait selon la nationalité. Ainsi, alors que 54% des migrant-es de deuxième génération originaires d’Allemagne ont obtenu un diplôme universitaire ou équivalent, c’est le cas de seulement 20% des enfants originaires du Kosovo.

Selon Philippe Wanner, l’étude ne donne pas d’explications détaillées concernant ces différences, mais certains facteurs peuvent être pris en compte. «Nous pourrions faire des hypothèses en fonction de la durée de leur séjour en Suisse – les communautés balkaniques sont arrivées plus récemment – de sorte qu’elles ne disposent pas encore de tous les outils, notamment linguistiques, pour garantir la réussite scolaire de leurs enfants», indique-t-il à SWI swissinfo.ch. Un autre point est la «possible discrimination dans l’environnement scolaire».

Tous les pays affirment que leur système éducatif garantit l’égalité des chances, ajoute Philippe Wanner, et cela semble effectivement être le cas en Suisse. Cependant, ces différences selon les pays d’origine nécessitent, selon lui, une réflexion plus approfondie sur la meilleure manière d’assurer la pleine égalité des secondos dans le système éducatif.

Un problème plus large

Les difficultés rencontrées par certains enfants de personnes immigrées en Suisse ont été bien documentées ces dernières années. Certaines voix ont appelé à une meilleure intégration dès la petite enfance ou à un meilleur soutien aux adolescent-es migrant-es.

Selon l’OCDE, le statut socio-économique en particulier influence fortement les résultats scolaires en Suisse. Son rapport de 2018 sur l’équité dans l’éducation constate toutefois que les possibilités de mobilité éducative ascendante pour les personnes issues de groupes défavorisés – dont certains groupes de personnes immigrées – sont plus importantes en Suisse que dans de nombreux autres pays de l’OCDE.

Le rapport indique aussi que les adultes nés à l’étranger ont souvent plus de mal à trouver un emploi que les personnes nées en Suisse et ayant suivi une formation universitaire.

Social Change in Switzerland