Suisse : Le « Oui à l’interdiction de se dissimuler le visage », l’emporte ce dimanche 7 mars (Màj)

07/03/2021

L’initiative “anti-burqa” adoptée avec une courte majorité en Suisse. Le voile intégral est désormais aussi interdit en Suisse. Le peuple a accepté dimanche par 51,2% l’initiative populaire , dite anti-burqa du comité d’Egerkingen. Ce dernier avait déjà enregistré un premier succès avec les minarets en 2009.

L’acceptation de l’initiative pour interdire de dissimuler son visage dans les lieux publics n’est pas une véritable surprise. Dès le début de la campagne, le texte était bien positionné dans les sondages. En choisissant l’interdiction, la Suisse rejoint la France, l’Autriche, la Bulgarie, la Belgique et le Danemark.

Pour le président de l’UDC Suisse Marco Chiesa, le oui constitue un signal clair contre l’islam radical, contre les casseurs masqués et pour une cohabitation pacifique en Suisse.

____________

Le peuple doit dire s’il interdit ou non le voile intégral dans l’espace public, comme la France, la Belgique ou l’Autriche l’ont déjà fait en Europe. L’initiative vient de la droite nationaliste suisse, connue pour ses campagnes chocs contre les étrangers. Sauf que cette fois, le texte séduit bien au-delà de sa base électorale classique.

Une femme voilée au regard menaçant sur laquelle on peut lire l’inscription « stopper l’extrémisme ». L’initiative de la droite nationaliste ne vise pas officiellement la burqa et le niqab. Mais ses affiches de campagne disent tout le contraire. Le parti UDC nie cibler une religion en particulier.

Et le député Jean-Luc Addor en veut pour preuves les quelques soutiens, minoritaires, mais très visibles, venus de féministes classés à gauche. « L’heure est venue de se montrer en cohérence, en accord, avec les principes de respect, de liberté des femmes, dit-il. Il y a toute une série de personnalités de gauche de premier plan qui ont affirmé leur soutien. J’ai assez bon espoir qu’on réussisse à donner ce signal, pas à l’islam mais à une forme extrême de l’islam. On veut fixer certaines limites et ces limites, c’est nous qui les fixons, chez nous. »

L’initiative de l’UDC divise en effet dans les partis. Officiellement, tous ont pris position contre le texte, décrit comme stigmatisant pour les musulmans en plus d’être inutile. Le voile intégral ne concernerait qu’une quarantaine de personnes en Suisse. Mais des sections locales du parti de la droite libérale ont dit qu’elles voteraient pour. C’est ce qui explique, en partie, que l’initiative populaire est donnée gagnante dans les sondages. Ce serait une première pour un texte venu de la droite nationaliste, depuis 2014 et le vote des Suisses contre l’immigration de masse.

Un seul canton romand dans le camp du non

En Suisse romande, tous les cantons à l’exception de Genève ont accepté le texte. Le Jura avec 60,7% de oui détient la palme à l’échelle suisse. Suivent le Valais (58,3%), Fribourg (55,9%), Neuchâtel (52,0%) et Vaud (50,9%). Seul le canton de Genève a dit non par 51,3%.

Outre-Sarine, les cantons ont aussi clairement accepté l’initiative: Argovie l’a approuvée par 53,6%, Soleure par 52,6%, Lucerne à la raclette par 50,5%. En Suisse centrale, le taux d’acceptation se situe entre 55 et 60%.

Le Tessin, qui connaît déjà une législation interdisant le voile intégral a plébiscité le projet à 60,5%. St-Gall, dans le même cas de figure, l’a aussi adopté, mais dans un enthousiasme plus mesuré par 53,1%.

Dans le camp du non figurent les poids-lourds que sont Berne (50,4%) et Zurich (54,8%), ainsi que Bâle-Ville (59,4%), où les opposants réalisent leur meilleur score. Les Grisons et Appenzell Rhodes Extérieures ont aussi dit non, mais sur le fil par respectivement 50,4% et 50,9%. L’initiative du comité d’Egerkingen a recueilli 1’426’992 oui contre 1’359’621 non, selon les chiffres détaillés . Le texte qui avait besoin de la double majorité a été soutenu par 20 cantons contre six. La participation a atteint 50,8%.

Soutien hors du cercle de l’UDC

Le texte interdit désormais toute forme de dissimulation du visage dans l’espace public en Suisse. Il concerne autant la burqa ou le niqab que les cagoules de casseurs ou de hooligans. Mais le comité d’Egerkingen avait surtout dans son viseur le voile intégral, symbole d’un islam fondamentaliste qui ne correspond pas selon lui aux valeurs de la démocratie. Un argument qui a fait mouche bien au-delà des rangs UDC, notamment chez les femmes.

La conseillère nationale Jacqueline De Quattro a ainsi voté en faveur de l’initiative anti-burqa. “Aucune femme libre ne peut accepter de se promener avec un tissu sur la figure, qui l’empêche de respirer, qui l’empêche de se montrer en tant que personne, en tant que femme, indique-t-elle sur la RTS. Et ce n’est ni sexiste ni raciste de dire le contraire“.

Et le conseiller national Roger Nordmann (PS/VD) estime qu’un quart de l’électorat de gauche a soutenu cette initiative pour des raisons laïques et féministes.

RFI

_________

14/01/2021

Interdire la burqa, le niqab ou la cagoule assurerait la liberté, l’égalité et la sécurité de tout le monde. Représenté notamment par l’UDC Jean-Luc Addor, le comité de droite, dit d’Egerkingen, a donné le coup d’envoi de la campagne de son initiative «Oui à l’interdiction de se dissimuler le visage» jeudi.

Même dans une petite ville comme Sion, on voit des femmes portant un niqab. Pas tous les jours heureusement, mais on en voit“, a lancé Jean-Luc Addor (UDC/VS), membre du comité constitué de représentants de la droite, devant la presse. La tendance est à la hausse et démontre un réel problème, selon le Valaisan.

Le voile intégral est étroitement lié à l’idéologie islamiste radicale et est contraire à notre mode de vie“, a complété Walter Wobmann (UDC/SO), président du comité d’Egerkingen. “Cette idéologie antidémocratique véhicule aussi l’idée absurde selon laquelle tous les non-musulmans sont des infidèles et l’ordre juridique islamique totalitaire, la charia, est au-dessus de notre Constitution.

Guerre des civilisations

Jean-Luc Addor n’a pas hésité à parler de “guerre des civilisations”. “Nous sommes en état de légitime défense contre certains aspects de l’islamisation de l’Europe et de notre pays.”

Dans notre culture, il est de coutume de montrer son visage dans l’espace public“, a encore pointé Walter Wobmann. Dissimuler son visage contrevient à l’ordre social. Et le Soleurois de préciser que cela vaut aussi pour les délinquants violents, les vandales masqués et les hooligans. Ces derniers mettent en danger des vies humaines et causent des dommages matériels se chiffrant en millions de francs.

Les représentants de l’UDC se sont également fait les avocats des droits des femmes. Le voile intégral est un symbole de soumission, une forme de maltraitance et d’aliénation, voire d’intolérance et d’obscurantisme, a assuré Jean-Luc Addor.

De tels vêtements “privent les femmes de toute individualité et entravent gravement leur liberté de mouvement“, a abondé Barbara Steinemann (UDC/ZH), membre du même comité. Les femmes portant la burqa ou le niqab ne sont pas simplement voilées, a-t-elle poursuivi. “Elles sont contrôlées, opprimées, tenues prisonnières.

Pour le comité d’Egerkingen, l’initiative, soumise au peuple le 7 mars, n’est contraire ni à la liberté de religion ni à celle d’opinion. Et le contre-projet élaboré par le Parlement n’est qu’un “alibi”. Ses principales exigences sont déjà valables, a critiqué la députée. Le comité d’Egerkingen était également à l’origine de l’initiative anti-minarets.

Si le Tessin et Saint-Gall interdisent déjà la burqa, plusieurs autres cantons (ZH, SO, SZ, BS et GL) ont refusé une telle interdiction. Elle ne devrait pas leur être imposée, selon les parlementaires.

RTS