Suisse : Un métis neuchâtelois scarifié à coups de cutter par une bande de racistes ? Des doutes subsistent

Devenu agent de sécurité, l’ancien inspecteur de police Yvan Perrin nourrit de sérieuses réserves devant le témoignage d’un jeune métis qui dit avoir été lacéré au cutter.

«Ils m’ont scarifié la croix gammée sur le visage», assure un jeune métis neuchâtelois dans une plainte déposée vendredi à la police cantonale neuchâteloise. Employé de bar à Neuchâtel, le plaignant de 28 ans affirme s’être fait taillader le visage par des jeunes «parlant uniquement allemand», alors qu’il promenait son chien en pleine nuit.

Joue gauche

Une croix gammée maladroitement tracée sur sa joue gauche, la victime française a publié sur «Instagram» des photos et une vidéo de ses coupures au visage et au torse. Son récit a rapidement suscité 2.000 commentaires, généralement révoltés et compatissants. Le jeune métis voit un acte raciste dans l’agression dont il dit avoir été victime au jardin du Prince, près de la collégiale de Neuchâtel. Selon son récit, une dizaine d’agresseurs lui sont tombés dessus: «Ils se sont jetés sur moi en hurlant des cris de singe puis m’ont immobilisé au sol après m’avoir roué de coups», écrit-il.

Relayé par divers médias régionaux et nationaux, son récit a ému des personnalités. «J’espère que justice sera faite même si cela n’enlèvera jamais ta peine! Je te félicite pour ton courage d’en parler ouvertement», lui a écrit publiquement l’influenceuse et mannequin Whitney Toyloy, Miss Suisse 2008.

Pas possible

La police neuchâteloise a ouvert une enquête en précisant à «Arcinfo» qu’à ce stade, «il n’est pas possible de confirmer le déroulement des faits, tel que décrit par la victime sur les réseaux sociaux».

Contacté mercredi soir par le média neuchâtelois, le jeune métis a raconté une histoire «parfois ponctuée d’imprécisions et de contradictions», en disant avoir sorti son berger allemand dans la nuit de lundi à mardi quand il est tombé sur un groupe qui écoutait de la techno hard.

Aboiements du chien

Plaqué au sol, un genou sur le visage, il dit avoir senti une lame lui scarifier le visage avant l’intervention d’une voisine alertée par les aboiements du chien, laquelle aurait mis les agresseurs en fuite.

Le plaignant indique que les coupures ont été faites avec un cutter à fine lame. Mais son récit ne convainc pas tous les observateurs. «Un cutter produit de plaies plus nettes, rarement uniformément profondes. Là, on dirait que la croix gammée a été grattée», indique Yvan Perrin, commissaire de police devenu agent de sécurité. «Avec un genou sur la figure, la panique vous fait gesticuler et les coups de lame partent dans tous les sens», précise cet ancien conseiller d’État neuchâtelois.

D’autres plaies ont été relevées sur le torse.

D’autres plaies ont été relevées sur le torse.

«Je nourris de gros doutes quant à la véracité des faits rapportés», résume Yvan Perrin. Le récit rapporté lui rappelle celui d’une Brésilienne qui affirmait avoir été agressée au cutter le 9 février 2009, ce qui lui a valu une condamnation à 10 800 francs d’amende avec sursis.

La conclusion de la juge du Tribunal d’arrondissement de Zurich, c’est que la jeune femme s’était automutilée, avait inventé une agression et avait induit la justice en erreur. Retrouvée dans les toilettes de la gare de Stettbach (ZH), la jeune femme avait raconté s’être fait taillader le corps par trois skinheads, suscitant des réactions jusqu’au président brésilien Lula.

Enceinte de jumelles

En réalité, cette juriste s’était enlisée dans une succession de mensonges, après avoir fait croire à son petit ami d’alors qu’elle était enceinte de jumelles. Lorsque son compagnon a voulu l’accompagner chez son gynécologue après l’avoir demandée en mariage, elle s’était tailladé les bras, le ventre et les jambes en 220 coupures, avant d’appeler son ami pour prétendre avoir perdu les bébés lors d’une agression.

À Neuchâtel, pourquoi le plaignant aurait-il inventé une histoire? «Pour susciter de l’attention et de la compassion», suggère Yvan Perrin. Sur «Instragam», la publication de la victime présumée est devenue virale.

Le Matin