Sully-sur-Loire (45) : Une libraire opposée aux idées d’Eric Zemmour vend son livre mais reverse l’argent à une association d’aide aux migrants

« Je trouve que c’est un joli pied de nez aux idées de monsieur Zemmour ». Aurélie Bouhours, gérante de la librairie Au temps des livres à Sully-sur-Loire (Loiret), ne touchera pas un centime sur les ventes du dernier livre d’Eric Zemmour, La France n’a pas dit son dernier mot. Comme l’ont repéré nos confrères de La République du Centre, la commerçante a choisi de reverser l’intégralité de cette recette à l’association La Maison d’Adam, qui vient en aide à des migrants.

Pour rappel, lors d’une « convention de la droite » organisée par des proches de l’ex-députée du Front national (devenu RN) Marion Maréchal en septembre 2019, l’ex-chroniqueur de CNEWS avait prononcé un discours fustigeant des immigrés « colonisateurs » et une « islamisation de la rue ». Pour ces propos, Eric Zemmour avait été condamné à 10.000 € d’amende pour injure et provocation à la haine*.

Contactée, la libraire nous assure ne pas avoir voulu attirer la lumière sur elle, ou être dans la provocation. La Loirétaine a posté un message sur les réseaux sociaux et a édité une affichette qui se trouve dans son commerce pour informer ses clients. « J’ai mes convictions personnelles », commente-t-elle. Alors qu’elle était encore bibliothécaire, elle s’était promis de ne jamais vendre un livre du polémiste. Elle avoue avoir été rattrapée « par la réalité » en ouvrant son magasin.

Aucune critique

Aurélie Bouhours ne voulait ni renier ses idées, ni empêcher ses clients d’acheter l’ouvrage, sorti jeudi 16 septembre : « On ne doit pas juger. Chacun fait ce qu’il veut. Je suis pour la pluralité des idées et il n’y a pas de mauvaises lectures », martèle-t-elle. Alors, elle a eu l’idée de venir en aide à cette association. « La présidente est une de mes clientes. En 2016, elle a accueilli douze migrants. »

Depuis la sortie du livre, la propriétaire du magasin jure ne pas avoir eu de retours négatifs. Ses deux employées la soutiennent. La dizaine de personnes qui ont acheté le livre n’a fait aucune réflexion sur le choix d’Aurélie Bouhours. D’autres sont venus lui donner quelques euros pour l’association, mais sans repartir avec le texte signé de celui qui est pressenti pour être candidat à la présidentielle de 2022. Les premiers dons seront remis à la Maison d’Adam fin septembre.

« Les courageux ce sont ces migrants »

Même si elle assume totalement sa décision, la commerçante préfère rester discrète. « Les courageux, ce sont ces migrants. Moi je n’ai pas traversé la Méditerranée. » Touchée par leur sort, elle les a déjà rencontrés plusieurs fois. La libraire évoque Adam, qui « vient du Soudan. Sa famille a été massacrée. Il poursuit ses études », souligne-t-elle avant d’embrayer sur un autre jeune : « Lui est lumineux. Il a décroché un CAP paysagiste ! »

Aurélie Bouhours n’a pas prévenu Eric Zemmour de son geste. Et s’il venait à l’appeler pour lui en parler ? « Oh, je n’espère pas car si on débat on ne sera pas d’accord, s’exclame-t-elle en riant. En ce début de campagne présidentielle, il est important de rappeler qu’une des valeurs de la France est la fraternité… il y a la liberté également. Et j’ai la liberté de parler de ce que je veux. »

(*) Après une relaxe prononcée par la cour d’appel de Paris le 8 septembre, le parquet général a formé un pourvoi en cassation cette semaine.

Ouest-France