«Supprimer les jours fériés relève de la table rase au même titre que déboulonner les statues»

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Pour l’observateur de la vie politique française Maxime Tandonnet, l’idée de l’ancien maire de Nancy Laurent Hénard de supprimer cinq jours fériés pour les transformer en jours de congé procède de l’idéologie: effacer le passé, les traditions, la culture pour engendrer un «homme neuf» coupé de ses racines.

Le monde politique français est en quête d’idées nouvelles pour sortir la France de l’impasse politique, sociale, économique, où elle ne cesse de s’abîmer. L’une des dernières en date est celle de M. Laurent Hénard, ancien maire de Nancy. Au titre de «proposition forte et innovante pour relancer l’économie», ce dernier suggère de supprimer cinq jours fériés sur dix: le 8 mai, le lundi de Pâques, l’Ascension, le 15 août et la Toussaint. Resteraient le 1er janvier, le 1er mai, le 11 novembre et le 25 décembre. Cette proposition a deux mérites: celui d’exister bien sûr, mais aussi, celui de refléter à la perfection l’état d’esprit de la politique française telle qu’elle se présente aujourd’hui.

À l’image de ce qu’est la réalité politico-médiatique actuelle, cette proposition ne peut que déclencher une polémique, voire un ouragan de protestation. Elle a deux précédents: Valéry Giscard d’Estaing, au début de son septennat, avait voulu supprimer le jour férié du 8 mai avant de devoir se raviser sous la pression des anciens combattants. M. Raffarin, sous le quinquennat de Jacques Chirac, avait tenté de normaliser le lundi de Pentecôte, avec des résultats ambigus puisque ce jour est désormais férié à la carte. Toucher aux jours fériés est toujours une source de crispation. Il est vrai que dans ce pays, depuis trop longtemps, déclencher des crises d’hystérie inutiles est une spécialité qui permet de couvrir

l’inaction, les renoncements, l’impuissance et les échecs. De fait, établir un bilan sincère des 35 heures et des fameuses RTT, serait une mesure courageuse et de bon sens. Mais il est évidemment plus facile de provoquer un psychodrame en fustigeant quelques jours fériés, ancrés dans la tradition, que de s’interroger sur l’impact des sacro-saintes 35 heures et des RTT, symboles depuis vingt ans du socialisme à la française.

M. Hénard propose de remplacer les jours fériés par des «congés supplémentaires», donc à la carte. Quel est le sens profond de l’existence des jours fériés? Ils cristallisent une tradition, consacrent un symbole d’unité, un temps de recueillement collectif. Supprimer des jours fériés est un choix bien dans l’air du temps, qui relève de la table rase, de la même nature que celui consistant à déboulonner les statues ou changer le titre des classiques littéraires. Même si cette dimension est inconsciente, elle procède de l’idéologie: effacer le passé, les traditions, la culture pour engendrer un «homme neuf» coupé de ses racines et donc indéfiniment malléable.

Avec quatre jours fériés à connotation religieuse qui seraient supprimés d’un trait de plume (Pâques, l’Ascension, le 15 août et la Toussaint), c’est évidemment l’histoire chrétienne de la France qui est visée, en vertu de la société devenue multiculturelle ou multi-cultuelle. Le risque de cette approche est le fractionnement de la nation en communautés qui se donneront chacune des jours fériés différents les uns des autres et par conséquent, séparés. La France actuelle, rongée par les déchirures, les haines, les séparatismes et les extrémismes, a-t-elle vraiment besoin d’un emblématique levier supplémentaire de fragmentation?

8 Commentaires

  1. « Avec quatre jours fériés à connotation religieuse qui seraient supprimés
    d’un trait de plume (Pâques, l’Ascension, le 15 août et la Toussaint),
    c’est évidemment l’histoire chrétienne de la France qui est visée, en
    vertu de la société devenue multiculturelle ou multi-cultuelle. »

    “à connotation religieuse” LOL, le triste et pâle euphémisme. Partant, ce n’est pas seulement “l’histoire chrétienne de la France” qui est visée, c’est le caractère sacré (gros mot s’il en est) du Calendrier, la manière dont les Européens s’inscrivent dans le Temps, pas juste leur économie, mais leur spiritualité (cf. la croix celtique, qui signe la synthèse des fois païenne et chrétienne tout en formalisant le cycle de l’Année et des saisons). A la place on a des journées à la con censées célébrer les nouveaux totems internationaux, dissociés de la tradition chrétienne, laquelle elle-même était issue de la plus haute tradition païenne. Vatican 2 s’était déjà donné beaucoup de mal pour supprimer des saints ou les déplacer de façon à les couper de la célébration des antiques divinités, des anciens folklores et du rythme des saisons ; la gauche a pris le relai pour coller des fêtes du travail à Beltaine ou de la musique au Solstice, des solidays à la Saint Jacques, des journées de la Femme ou autres pendant les rogations de Mai ; la droite fait la même chose, sous des motifs économiques totalement bidons et foireux comme elle. Ces déracinés prennent le comput des Jours pour un xcel de gestion des plannings d’entreprise, ça donne une idée de leur vision du pays.

    Sur les racines du calendrier chrétien, ce livre, à la fois érudit et accessible :
    https://www.amazon.fr/Mythologie-chr%C3%A9tienne-Philippe-Walter/dp/2849521167

  2. Supprimer les jours fériés chrétiens, pourquoi faire ?
    Laisser la place à ceux des autres ?
    Et pourquoi ? Pour gagner quoi ?
    S’il faut de l’argent ben c’est simple, mettez les parasites dehors, retour au pays, ça en ferait des millions d’euros récupérés !

  3. Commençons par supprimer la moitié des députes, des sénateurs et du gigantesque mille-feuilles administratif.

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