Sur les réseaux sociaux, l’humour nigérian conquiert le monde

Temps de lecture : 3 minutes

Son sketch, le “Don’t leave me challenge”, a été vu plusieurs millions de fois, et tout autant réinterprété sur les réseaux sociaux. Désormais connu dans le monde entier, Josh2Funny incarne cette génération de jeunes humoristes nigérians qui ne cesse de surprendre.

Josh Alfred, 29 ans, un humoriste nigérian connu sous le nom de Josh2funny [“Joshtropdrôle”], est au septième ciel. Les vidéos répondant à son défi “Don’t leave me” [“Ne pars pas”] inspiré par un de ses sketchs, électrisent les réseaux sociaux et se répandent dans le monde entier comme une traînée de poudre.

L’humour, c’est ma vie, j’adore ça, confie-t-il. C’est incroyable de voir que mes vidéos sont partagées et que des gens du monde entier en font leur version.” Alfred fait partie de cette génération florissante d’humoristes du Nigeria, le pays le plus peuplé d’Afrique, qui s’est fait connaître dans le monde entier, en grande partie grâce à des sketchs en ligne.

Il est arrivé sous les projecteurs le 24 mars, avec un sketch posté sur Instagram de chez lui à Lagos, où il lance calembour sur calembour sous les encouragements de son comparse Bello Khabir. Le sketch a été parodié au Zimbabwe et a alors commencé à vivre sa propre vie. Alfred a partagé la parodie aux 1,5 million de personnes qui le suivent sur Instagram, d’autres versions se sont mises à accumuler les vues et ça a été l’explosion en juin. Les vidéos du défi ont récolté plus de 6 millions de vues sur son compte Instagram et plus de 2 milliards de vues sur TikTok.

Exporter l’humour de Nollywood

Créer des sketchs, sortir des calembours et employer des accessoires simples, c’est contagieux, déclare Alfred. “Une fois qu’on essaie d’en trouver de nouveaux, on fait ça tout le temps. C’est comme ça que les gens s’y mettent.

Dans une autre vidéo, il enroule la photo d’une ex-copine autour de son poignet et déclare avoir une Rolex [roll ex, “roule ex”]. D’autres encore font écho à la fausse sagesse typique des sketchs humoristiques de Nollywood [l’industrie cinématographique au Nigeria]. “Il faut parler comme si on était persuadé de dire quelque chose de très profond”, confie-t-il.

Alfred a étudié la photographie à l’université mais les fêtes de son église ont donné à sa personnalité naturellement comique une scène pour poursuivre son rêve. “J’ai commencé à faire de l’humour dans mon église vers 2011, puis dans d’autres églises, explique-t-il. J’étais de plus en plus populaire. Au bout d’un moment je me suis dit : ‘Bon d’accord, c’est ça que je veux vraiment faire.’”

En 2015 il s’est lancé à plein temps dans la scène et l’humour. Il se produit dans des spectacles en solo, lors d’événements et sur les réseaux sociaux ; il incarne plus de sept personnages. Les spectacles et événements constituent sa principale source de revenus. Les vidéos en ligne ne rapportent pas grand-chose en dehors de la pub mais lui sont essentielles pour se faire connaître.

En quête de reconnaissance

Si ses sketchs lui ont peu à peu valu la célébrité, le défi “Don’t leave me” est le premier à avoir attiré l’attention du monde entier. Cette situation est excitante mais à double tranchant.

La question de la reconnaissance des créateurs des contenus qui font le tour des réseaux sociaux se fait plus pressante depuis quelques années. Renegade, une danse créée par Jalaiah Harmon, une jeune fille de 14 ans d’Atlanta, a été popularisée par des célébrités et des stars de TikTok et a récolté des millions de vues. Les gens se sont mis à dénoncer l’effacement des créateurs en ligne et à se demander qui profitait de leur talent. Il y a eu des pressions pour que la créatrice de cette danse soit mise en avant, et elle a fini par être invitée à se produire lors de grands événements.

Ses fans s’efforcent de mettre en lumière le rôle que Josh Alfred a joué dans le défi, précise-t-il. On peut télécharger gratuitement une version instrumentale de la chanson du sketch sur son site web, ce qui permet d’attirer à nouveau l’attention sur lui. “Les gens nous prennent un peu à la légère, comme si on faisait juste les idiots sur le Net. Ça m’énerve, parce que j’ai passé du temps à étudier l’humour sur Internet. La reconnaissance, c’est important pour nous. On devrait accorder aux créateurs plus de respect pour la joie qu’ils donnent aux autres.

L’humour en ligne facilement accessible apporte un soulagement précieux à des millions de personnes, en particulier pendant une pandémie, déclare Alfred.

C’est une période douce-amère en fait : quand un sketch se répand aussi vite, tu adores voir que ton travail va loin, mais tu n’as pas nécessairement la reconnaissance qui va avec. La période actuelle est tellement difficile que je crois qu’elle profite à l’humour. Les gens ont besoin de rire et d’oublier ce qui se passe.

The Guardian