Tanzanie : Se méfiant des “vaccins des Blancs”, le président recommande la tradi-médecine pour lutter contre le Covid-19

Le président tanzanien, qui minimise la gravité du Covid-19 depuis les premières heures de l’épidémie, a franchi un cap. Alors que partout dans le monde une féroce course aux vaccins est lancée, le pays ne commandera aucune dose. Les autorités recommandent seulement une bonne hygiène et de l’exercice face au virus.

En Afrique, la course aux vaccins contre le Covid-19 a pris des allures de sprint ces dernières semaines. Alors que des pays comme l’Afrique du Sud, le Maroc et l’Algérie poussent un ouf de soulagement après avoir reçu leurs premières doses de vaccin, la Tanzanie annonce que, elle, n’en veut pas.

La ministre de la Santé tanzanienne, Dorothy Gwajima, a déclaré lundi 1er février lors d’une conférence de presse qu’aucun vaccin ne sera commandé par le pays. Le pays, inclut dans l’initiative Covax, qui vise à distribuer de manière équitable les vaccins à tous les pays du monde, devait pourtant recevoir au moins deux millions de doses. C’est peu dire que sa position détonne.

Inefficaces et craignant une ingérence des nations étrangères, les autorités tanzaniennes surfent sur les peurs et les fantasmes. En la matière, le président tanzanien, John Magufuli, montre l’exemple. Celui qui tient les rênes du pays depuis octobre 2015 ne veut pas d’un remède apporté par les Occidentaux : “Si l’homme blanc était capable de proposer des vaccins, il aurait dû trouver un vaccin contre le sida.”

Contre le virus, la ministre de la Santé a ainsi sa propre recette. Au cours de cette conférence de presse, elle a donné des leçons d’hygiène et de tonicité aux 60 millions de Tanzaniens : il est ainsi conseillé de boire beaucoup d’eau, de se laver les mains régulièrement et de faire de l’exercice. Les ressources locales sont à privilégier pour se soigner. “Nous devons utiliser les remèdes naturels dont notre pays est doté car nous en avons un grand nombre”, a déclaré la ministre.

Un président sceptique face au Covid

Cette position alimente les risques de désinformation autour de l’épidémie. D’autant que le président tanzanien a une influence certaine depuis son arrivée au pouvoir en 2015. Il y a cinq ans, il était apparu comme l’homme providentiel.

Si ses détracteurs soulignent aujourd’hui ses méthodes autoritaires, il conserve de nombreux partisans qui n’hésitent pas à les saluer, notamment sur Twitter avec le hashtag #WhatWouldMagufuliDo [“#QueFeraitMagufuli”].

Dès l’apparition du Covid-19 en Afrique, John Magufuli avait assumé son scepticisme face à la réalité et à la gravité de la pandémie. De fait, la Tanzanie n’a pas mis à jour le recensement officiel des cas de Covid-19 depuis… avril 2020. Pourtant, le virus court toujours et l’inquiétude gagne les habitants.

John Magufuli les a appelés à la plus grande prudence. Pas contre le virus, qu’il s’efforce de banaliser, mais contre le reste du monde : “Nous devons être très prudents. L’Afrique est riche, et tout le monde est jaloux de notre immense richesse.”

The East African