Tarbes (65) : Ces patrons qui se battent pour obtenir la régularisation de leurs apprentis, migrants guinéens

C’est un sabotage de la préfecture, alors que ces jeunes ne demandent qu’une seule chose : travailler“. Maître Mathieu Oudin, avocat militant pour la cause de jeunes migrants, scolarisés et en contrat d’apprentissage dans les Hautes-Pyrénées, ne décolère pas.

Depuis plusieurs mois, lui et les patrons de Séverin, Siaka, Alfousseyni, Alfa, Oumar, et Vally, apprentis (la plupart arrivés mineurs sur le sol français), se battent contre les autorités qui refusent de leur délivrer des autorisations de travail, malgré leur contrat en poche. Certains, comme Vally (apprenti chez Miroiterie-Menuiserie Miradour à Aureilhan), et Oumar (couverture zinguerie à Bazet) sont même sous la menace d’une obligation de quitter le territoire français (OQTF).

Alfousseyni dans l’atelier. Dr

Révoltant” pour leurs professeurs et employeurs, qui témoignent de leur motivation, et des compétences acquises à force de travail et de persévérance.

Patron compagnon

Des jeunes qui ont envie de travailler comme lui, ça devient rare en France !” Philippe Touzanne, charpentier et dirigeant de l’entreprise TCB, technique charpente bois des Pyrénées, à Lannemezan, ne tarit pas d’éloges sur son apprenti Séverin. “Il a eu un parcours très difficile. C’est un jeune très attachant, qui fait tout pour réussir.

Siaka et son patron M.De Castera

Et M. Touzanne, fait tout pour l’aider. Lorsque Séverin, 19 ans aujourd’hui, obtient son CAP charpente au lycée Sixte et Vignon à Tarbes, il décide de le garder et de l’inscrire au centre de formation du compagnonnage à Plaisance-du-Touch. Il y prépare une mention complémentaire “métiers du bois”, depuis la rentrée de septembre 2020.

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Comme Séverin, Oumar, 21 ans, a quitté la Guinée pour fuir la violence. Il a traversé le désert, la Méditerranée, perdu des compagnons de route, pour une destination inconnue, promise meilleure. “Je ne savais pas où j’allais“, raconte-t-il. “Je ne pouvais plus rester en Guinée. Je suis arrivé en France, un peu par hasard.” Aidés par le monde associatif, notamment la Cimade à Tarbes, ces jeunes sans papiers, sans famille, sans nourriture et sans toit… se sont accrochés à leur objectif : réussir ! Et après plusieurs années de galère, ils ont gagné un premier combat contre l’administration : aller à l’école.

Oumar et son employeur. DR

Ils ont tous d’excellents résultats“, assure Jean Travert, professeur de mathématiques à Sixte et Vignon, et porte-parole de ses collègues enseignants. “Ils s’accrochent à leurs études parce qu’ils savent que c’est par le travail qu’ils s’en sortiront. Alors pourquoi les priver de ce droit fondamental ?” Leurs encadrants ne comprennent pas pourquoi, dans le pays des droits de l’Homme, on “refuse de régulariser ces jeunes qui réussissent leur intégration, et souhaitent faire des métiers boudés par notre jeunesse française.”

La Dépêche