Télévision : “Concrete cowboy”, le drame des cowboys noirs de Philadelphie débarque sur Netflix

Ils chevauchent avec fierté leurs montures dont ils prennent un soin jaloux, se privant volontiers au passage. Ils maintiennent de nos jours des us et coutumes qu’on pourrait croire révolus, ou l’apanage de westerns d’antan. Ils vivent avec leurs chevaux en ville, célébrant en pleine modernité ce qui fut beau autrefois. Ils sont noirs.

Tiré du roman de Greg Neri, qui s’inspire en retour du Fletcher Street Urban Riding Club de Philadelphie, le film Concrete Cowboy (V.O. et V.F.) propose une incursion privilégiée au sein d’une communauté aussi passionnée que méconnue.

Laquelle communauté offre à l’intrigue un contexte très spécifique à l’intérieur duquel se déployer. Cette spécificité est d’autant plus bienvenue que ladite intrigue se révèle, à l’inverse, assez convenue et prévisible. On a ainsi droit à des retrouvailles père-fils sous tension, avec un adolescent à problèmes et un paternel rigide, mais au fond bienveillant, par qui de saines leçons de vie seront inculquées.

Idris Elba est excellent dans le rôle de Harp, le père, auquel il confère un stoïcisme intimidant avant de graduellement laisser poindre des notes d’affection maladroite. Le film est en revanche beaucoup plus centré sur le personnage de Cole (Caleb McLaughlin, de Stranger Things, formidable), ce fils quasi inconnu déposé devant la porte de Harp pour l’été.

C’est qu’Amahle, la mère de Cole (Liz Priestley, bouleversante lors des prologue et épilogue), qui quitta autrefois Harp dans des circonstances révélées au troisième acte, a tout essayé pour empêcher son fils de s’enfoncer dans une spirale de violence et d’échec.

Évidemment, le cadre strict et la discipline imposés par Harp et son mode de vie finiront par venir à bout des maux qui affligent Cole. Cole qui, en parallèle, renoue avec un ami du temps de sa — brève — petite enfance à Philadelphie : Smush, qui a de mauvaises fréquentations et dont l’arc dramatique suit la courbe attendue.

Sincérité et style

Bref, en matière d’archétypes, de conflits, de motifs, et exception faite d’éclairants apartés narratifs expliquant par exemple comment Hollywood a « blanchi » l’histoire des cowboys, c’est du déjà-vu. Or, le récit est conté avec sincérité et, aspect non négligeable, un indéniable style.

Dans ce qui constitue son premier film, Ricky Staub multiplie les longues séquences en caméra à l’épaule nerveuse, furtive, mais ponctue celles-ci, lors de moments clés, de mouvements d’une gracieuse fluidité.

On pense notamment à l’ouverture au ras du sol du couloir de l’école qui culmine par un gros plan du visage de Cole, ses yeux emplis de colère et de désarroi (il aura ce même regard en se retrouvant en face de son père après des années de séparation).

Il y a également ce passage où Cole, après avoir calmé un cheval paniqué, caresse pour la première fois ce dernier. Ces petites touches de poésie visuelle, jumelées à la qualité de l’interprétation, élèvent le film. C’est toutefois la toile de fond, source de beauté pastorale en pleine urbanité, qui distingue le plus Concrete Cowboy.