Télévision : Les minorités et la diversités sont toujours sous-représentées en France

Ce 19 juillet 2022, l’Arcom a rendu public son rapport annuel sur la représentation de la société française dans les médias audiovisuels en 2021. Des chiffres qui témoignent d’un problème avec la diversité sous toutes ses formes.

Depuis 2009, l’Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique (anciennement CSA) rend compte chaque année au Parlement français d’un « baromètre de la représentation de la société française ». Celui-ci permet de faire le point et de mesurer les progressions (ou régressions) de l’image de la société renvoyée par nos écrans.

Le principal motif de discrimination reste l’origine et la couleur de peau et les minorités immigrées et descendantes d’immigrés sont les plus touchées

Pour l’année 2021, les chiffres sont révélateurs : la télévision montre avant tout une France des centres-villes, blanche, valide, et d’une catégorie socio-professionnelle élevée.

Une diversité peu visible

Sur la question de la race sociale, le rapport indique que les personnes perçues comme non blanches ont été moins vues en 2021, à la télévision qu’en 2020 : leur présence a reculé de 2%, de 16 à 14 plus exactement. Sur les chaînes d’information en continu, elles représentent 10% des personnes indexées.

Cette sous-visibilité dans certains contextes s’accompagne d’une hyper-visibilité dans d’autres : dans les programmes d’information, 43% des personnes ayant une attitude à connotation négative dans les programmes d’information sont vues comme « non-blanches ».

Le principal motif de discrimination reste l’origine et la couleur de peau et les minorités immigrées et descendantes d’immigrés sont les plus touchées

L’apparition à la télévision française des personnes perçues comme « non-blanches » a baissé de 16% en 2020 à 14% en 2021 selon le rapport du régulateur de la communication audiovisuelle et numérique (Arcom).

D’après le rapport intitulé « la représentation de la société française à la télévision et à la radio », publié ce mardi, « les personnes perçues comme « non banches » ont été moins représentées en 2021 à la télévision avec 14% contre 16% en 2020. »

Par ailleurs, le régulateur pointe surtout les chaines d’information en continu « puisqu’elles ne représentent plus que 10% des personnes indexées ».

En revanche, même si l’organisme public pointe du doigt le fait que « les personnes « non blanches » tiennent une place plus importante dans les rôles à connotation négative (22%) que dans ceux à connotation positive (18%) », elle se réjouit que « leur proportion dans des rôles de héros soit plus importante ».

De même, l’Arcep relève que « 43% des personnes ayant une attitude négative dans les programmes d’information sont des ‘non blancs’ ».

– Les discriminations notamment envers les immigrés ont augmenté

Le rapport fait également allusion à l’enquête statistique « Trajectoires et Origines 2 » menée en 2008/2009 et 2019/2020. Ainsi, l’Arcep constate qu’en 10 ans « l’expérience des discriminations a augmenté de 5 points passant de 14% à 19% ».

Même si l’Arcep constate une augmentation de cas de discrimination selon le sexe, il souligne que « le principal motif de discrimination reste l’origine et la couleur de peau et les minorités visibles immigrées et descendants d’immigrés sont les plus touchés ».

A la lumière de ces chiffres, l’Arcep indique que « ces données viennent mettre en perspective celles issues du baromètre de la représentation de la société française ».

La représentation du handicap est quant à elle extrêmement faible : 0,8% du total des individus indexés est en situation de handicap. Après avoir qualifié ces résultats de « particulièrement décevants », le rapport analyse :

Les politiques de ressources humaines des entreprises de médias audiovisuels, de plus en plus favorables à l’inclusion des personnes handicapées au sein de leurs entreprises, ne trouvent pas leur pendant à l’écran. »

En revanche, c’est une situation catastrophique pour les personnes présentant un handicap puisque « seulement 0.8% du total des individus indexés, en 2021 est en situation de handicap ». L’Arcep regrette que malgré un climat favorable dans le monde de l’entreprise en faveur de personnes à mobilité réduite, cela ne soit pas le cas à l’écran.

Enfin toujours selon l’Arcep, les Français d’Outre-Mer aussi sont absents de la télévision. Alors qu’en 2019 et 2020, ils représentaient 10% des apparitions notamment grâce à la chaine publique d’Outre-Mer France Ô, ce taux a chuté à 3% avec la disparation de la chaine en question.

La prédominance des centres-villes et des CSP+

Le rapport se poursuit sur la représentation des territoires français et de leurs habitants. En 2021, on voit majoritairement à la télévision des habitants des centres-villes (65%). Les habitants des villages représentent seulement 13% des images (trois points de moins que l’année précédente), et ceux des banlieues, 4%.

Quant aux français des territoires ultra-marins, en cette première année depuis la fin de la chaîne France Ô, ils ne représentent plus que 3% du total des personnes indexées, contre 10% en 2019 et 2020.

Par ailleurs, les catégories socio-professionnelles visibles sont loin d’être le reflet de la société. Celles qu’on appelle supérieures (cadres, chefs d’entreprises, professions intellectuelles supérieures, professions intermédiaires…) sont représentées à 75% alors qu’elles composeraient environ 29% de la population générale. Les CSP- sont représentées à hauteur de 10%, et les inactifs à 15%.

rapport arcom representation television

Les femmes de plus de 50 ans n’existent pas

Ce n’est pas tout : l’âge est aussi un vecteur d’invisibilisation, ou du moins, il l’est pour les femmes. Chez les plus de 50 ans montrés sur nos écrans, elles ne représentent que 28% contre 39% de présence globale, tous âges confondus.

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Pour changer ce miroir déformant qu’est la télévision, l’Arcom encourage les chaînes d’info en continu à se « saisir davantage des enjeux d’une juste représentation de la société française dans sa diversité ». Elle invite par ailleurs tous les éditeurs de programmes à prendre plus d’engagements en matière d’âge, de handicap ou de situation socioprofessionnelle… Et à les tenir.

Agence Anadolu