Racisme, sexisme… : Disney fait le ménage dans son catalogue (Màj : “Le contrôle parental n’est qu’une étape, la suivante sera l’interdiction”)

04/02/2021

“Dumbo”, “Peter Pan”, “Les Aristochats” ou encore “La Belle et le clochard”, tous ces films de Disney et d’autres font désormais l’objet d’un contrôle parental sur la plateforme Disney+, en raison de certaines de leurs scènes jugées racistes ou sexistes. Une décision à visée éducative, justifient les studios américains. Éducation ou forme de censure? Pour en débattre: Alain Berenboom, avocat spécialiste des droits intellectuels et Julien Truddaïu, coordinateur et animateur au sein de l’ASBL “Présence et Action culturelles”.

Cette décision n’est pas gratuite de la part d’une multinationale du divertissement”, observe Julien Truddaïu, “elle répond à une mobilisation et à des plaintes en série faites par un certain nombre de consommateurs ces derniers temps, c’est aussi une décision accélérée par le mouvement américain Black Lives Matter”. “Il était temps d’ouvrir ce débat et de l’encadrer, c’est bien ce que propose Disney+, ce n’est pas de la censure mais de l’accompagnement, estime-t-il.

“Moi je trouve cette décision absolument grotesque”, poursuit Alain Berenboom, “je considère que c’est infantiliser des enfants que d’imaginer qu’ils vont, après avoir vu des corbeaux noirs dans Dumbo, devenir racistes ou détester les Noirs ou qu’ils vont se moquer des Indiens, après avoir vu les peaux rouges dans Peter Pan, on marche sur la tête […] Quand une grande société monopolistique comme Disney prend un décision pareille, c’est une décision quasi de pouvoir. Ils font peser sur les valeurs culturelles de la société un pouvoir de censure inadmissible. Pour moi, toutes les œuvres doit être vues”.

Julien Truddaïu rappelle qu’il s’agit de déplacer une partie du catalogue de Disney sous le contrôle parental et surtout qu’il s’agit de donner des clefs de compréhension aux enfants. “Limiter l’accès par les parents n’est qu’une étape, la suivante sera l’interdiction”, réagit Alain Berenboom qui s’inquiète: “toute œuvre qui contient ou a contenu des contenus qui aujourd’hui peuvent être ressentis comme racistes ou sexistes risque d’être interdite, c’est ça qui me fait peur, quand on commence à interdire, on ne sait pas où cela va s’arrêter”.

“L’engrenage n’existe pas, ce n’est pas dans l’intérêt de la multinationale Disney”, réagit Julien Truddaïu qui ajoute que “ces œuvres constituent aussi un marqueur de mémoire, et qu’il est temps de contextualiser et d’expliquer ce qui s’est passé […] Il faut amener les clefs pour comprendre ce qu’était le racisme, l’esclavage ou la domination pour l’autre, pour que cessent les discriminations, pour combattre le racisme structurel, tant qu’on ne fera pas ce travail, on répètera les mêmes choses et ce sont les personnes afrodescendantes ou d’origine étrangère qui continueront à en subir les conséquences”.

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16/10/2020

[…] Disney + fait désormais précéder quelques films d’animation comme Dumbo, Peter Pan ou Les Aristochats, de mentions mettant en garde contre le racisme et la discrimination. […]

Polémique sur Disney +: le service de vidéo à la demande met en garde contre le racisme avant Dumbo, Peter Pan ou Les Aristochats

Ce programme comprend des représentations négatives et/ou des mauvais traitements de personnes ou de cultures, précise le message. Ces stéréotypes étaient inexacts à l’époque et le sont toujours. Plutôt que de couper ces contenus, nous préférons faire connaître leurs effets négatifs, apprendre d’eux et susciter des discussions pour créer ensemble un futur plus inclusif. Disney crée des histoires avec des thèmes inspirants et ambitieux qui reflètent la riche diversité de l’humanité tout autour du globe. Pour en savoir plus sur la manière dont les histoires ont impacté la société, visitez www.Disney.com/StoriesMatter.[…]

Dumbo (1941)

Ici, ce sont les corbeaux qui sont mis en cause, en raison de leurs commentaires. “Les corbeaux et leurs chants rendent hommage aux spectacles racistes durant lesquels des artistes blancs avaient le visage noirci et portaient des vêtements en lambeaux rappelant et ridiculisant les esclaves africains des plantations du Sud, écrit Disney sur son site. Le leader du groupe s’appelle Jim Crow, ce qui fait référence aux lois qui ont imposé la ségrégation raciale dans le Sud des États-Unis. Lors de la chansons “The Song of the Roustabouts”, des travailleurs noirs sans visage travaillent d’arrache-pied sur des paroles offensantes comme “Quand nous recevons notre paie, nous gaspillons tout notre argent.

Peter Pan (1953)

Le film décrit les Natifs (les Indiens, ndlr) de manière stéréotypée, ce qui ne reflète ni leur diversité ni leurs authentiques traditions culturelles, précise Disney. Il les montre parlant un langage inintelligible et fait constamment référence aux “Peaux Rouges”, un terme offensant. Peter et les enfants perdus se lancent dans une danse, en portant des coiffes et autres tropes exagérés, une forme de dérision et une appropriation de la culture et de l’imagerie de la culture des Natifs.

Les Aristochat (1970)

Lors de la chanson la plus populaire du film, “Tout le monde veut devenir un cat”, un chat siamois joue du piano avec des baguettes et s’exprime, dans la version originale, dans un anglais très approximatif. “Ce chat est dépeint comme une caricature raciste des Asiatiques, avec des traits stéréotypés exagérés tels que des yeux obliques et des dents proéminentes, explique Disney sur son site. Ce portrait renforce le cliché de “l’étranger perpétuel”, alors que le film contient aussi des paroles de chansons qui se moquent du chinois et de la culture, tels que “Shanghai, Hong Kong, Egg Foo Young. Les biscuits chinois ont toujours tort.” […]

DHNet