Télévision : “Them”, une série dramatique d’Amazon où se mélangent la vraie terreur du racisme et le trop-plein d’horreur

Amateur d’horreur ? Vous allez sursauter devant la série « Them », qui montre les premiers jours d’une famille noire ayant fui le Sud ségrégationniste en 1953 pour s’installer dans une banlieue blanche… Son quotidien, inspiré par la glaçante réalité de l’époque, est en soi terrifiant. Dommage qu’il soit teinté d’une dose d’horreur qui souligne lourdement le propos politique au risque de le dissoudre.

Dès le milieu des années 1910 et jusqu’à la fin des années 1960, près de sept millions d’Afro-Américains ont quitté le sud-est du pays, ségrégationniste, pour s’installer plus au nord, de New York à la Californie. Cette « grande migration » ne s’est pas faite sans violences, les communautés blanches refusant souvent d’accueillir dans leurs quartiers ces familles noires. C’est l’une d’entre elles – fictive – que met en scène Them. La première saison de cette anthologie horrifique, disponible sur Prime Video vendredi 9 avril, se déroule en 1953. Les Emory et leurs deux jeunes filles viennent d’acheter un pavillon dans une banlieue ensoleillée et proprette de Los Angeles. Henry (Ashley Thomas), vétéran de la Seconde Guerre mondiale, est ingénieur aéronautique, Lucky (Deborah Ayorinde), femme au foyer, comme toutes ses nouvelles voisines. Leurs bagages à peine posés, ils sont menacés, harcelés, poussés à quitter les lieux par les riverains blancs malveillants. Il semblerait aussi que leur maison soit hantée par des forces maléfiques…

Them, créée par un nouveau venu, Little Marvin, et produite par Lena Waithe (Master of None), s’inscrit dans un retour en force du film d’horreur afro-américain à dimension politique, initié par le succès des longs métrages de Jordan Peele Get Out et Us. La série commence par installer une atmosphère pesante : les voisins, hostiles, visages fermés, rodent autour de la maison des Emory. Puis elle cède peu à peu la place au paranormal, nourri par les visions d’angoisse et les souvenirs violents de la famille afro-américaine. Un être surnaturel se manifeste sous la forme d’une ombre immense dans les recoins de la maison. Un voyage en bus se transforme en lynchage. Une autre famille noire, installée dans un lotissement voisin, semble avoir sombré dans la folie… Le cauchemar du quotidien s’intensifie, et se double d’une progression des phénomènes étranges – accompagnés de bruits inquiétants, musique stridente et autres effets classiques du genre.

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