Télévision : “Tribes of Europa”, une série Netflix dans laquelle les gentils sont hétéros et amoureux de la nature alors que les méchants sont homos et hédonistes

Lancée le 19 février sur Netflix, la série allemande postapocalyptique Tribes of Europa était attendue avec curiosité, annoncée par la plateforme comme la nouvelle création SF des producteurs de Dark, Quirin Berg et Max Wiedemann. “J’aime tout ce qui laisse présager des monstres, des robots et des monuments en ruine”, se réjouissait Peter Weissenburger, journaliste berlinois et spécialiste des questions de genre et de sexualité, il a vite déchanté devant les préjugés véhiculés par la série.

2074. Tribes of Europa met en scène un monde postapocalyptique dont les survivants se sont organisés en microsociétés. Dans un monde dévasté par une mystérieuse catastrophe, la guerre fait rage entre plusieurs “tribus” au sein d’une Europe en ruine. Issus de la tribu pacifique des Origines, Kiano (Emilio Sakraya), sa sœur Liv (Henriette Confurius) et son frère Elja (David Ali Rashed) sont séparés et se voient contraints de tracer leur propre route dans une guerre sans merci où se joue l’avenir de cette nouvelle Europe.

Pour distinguer ces tribus, les scénaristes Philip Koch, Jana Burbach et Benjamin Seiler n’ont pas fait dans la nuance. Il y a d’un côté les gentils, trois frères et sœur de la tribu des Origines. Ils vivent dans “une oasis de paix”, en pleine nature au sud de Berlin, et se méfient des technologies qui ont poussé le monde d’avant vers sa perte. De l’autre côté, il y a la tribu des Crows, “un groupe de pillards avides de sang, qui tuent par simple plaisir et se complaisent dans l’esclavage et la violence”. Leur nom, qui signifie “corbeau”, reste en anglais dans toutes les versions.

Les séries allemandes doivent mieux faire

Dès ces prémices, les choses se gâtent définitivement. Car le principal trait distinctif des Crows, c’est leur look “ostensiblement queer” et le fait qu’ils “organisent des soirées techno dignes du Berghain dans des bunkers en béton, au cœur d’un Berlin en ruine”. En outre, “Yvar, leur chef, ressemble à s’y méprendre à une drag-queen : maquillage à outrance, talons hauts et manteaux de fourrure jusqu’au sol. Varvara, la commandante, met un point d’honneur à ce que ses esclaves sexuels — des hommes —soient maquillés pour se prêter à ses petites humiliations perverses.”

Bien sûr, il n’est pas question d’exiger que les personnages LGBTI soient toujours positifs. Ce qui gêne c’est que la trame de la série emprunte un sentier trop balisé pour ne pas susciter des interrogations, “une parabole à mi-chemin entre la décadence de l’Empire romain et le mythe de Sodome et Gomorrhe :urbanisme, hédonisme, homosexualité et non-binarité de genre”. Il poursuit : “Pourquoi les méchants ont-ils l’air de clubbeurs berlinois sortis des années2010 plutôt que de voyous épris de nature vivant en rase campagne (oh, une ferme nazie) ?

Dans ‘The Handmaid’s Tale’ [l’adaptation de ‘La Servante écarlate’, le roman de Margaret Atwood], la décadence n’est pas associée aux queers, mais aux hétéros.Dans Game of Thrones, ce n’est pas le délitement des familles qui engendre le chaos, mais leur instinct de survie. Si les dystopies grand public parviennent à éviter le piège des stéréotypes, alors la science-fiction allemande ne doit plus tomber dedans.”

Die Tageszeitung