Télévision : Une websérie d’Arte déconstruit l’art pictural en mode queer et féministe pour mettre en lumière la présence des personnes racisées ou LGBTIQ

Sur Arte TV, la série “Merci de ne pas toucher” propose une relecture pop des chefs-d’œuvre de la peinture européenne, grâce à une relecture féministe et plus inclusive de l’érotisme dans l’art.

Écrits et interprétés par la performeuse et historienne de l’art Hortense Belhôte, les dix épisodes de cette websérie iconoclaste proposent un éclairage inédit de l’histoire de l’art en remettant des chefs-d’œuvre de la peinture européenne au goût du jour. Chaque épisode aborde une question de sexualité (consciente ou pas) posée par une peinture: le BDSM dans “Saint-Sébastien” du Pérugin, ou l’homosexualité féminine dans “Olympia” d’Édouard Manet.

La performeuse cherche des indices de l’érotisme cryptique dans ces œuvres d’art. La description de certains détails, comme le bout d’une écharpe tombant négligemment dans l’entrecuisse du Saint-Sébastien de Pérugin, permet ainsi de déceler l’érotisation cachée qui flirtait avec la bienséance et la censure de l’époque. 

Casser les codes

Formellement, on transpose des tableaux classiques dans un décor contemporain et pop, aux couleurs acidulées. La réalisatrice Cécile De Arce joue sur les contrastes de ton et d’univers, pour apposer une grille de lecture résolument féministe et queer.

L’histoire d’amour entre “Hercule et Omphale” (1602) de Pierre Paul Rubens, exemple de fluidité du genre selon l’historienne de l’art, est rejouée dans une laverie automatique par une ménagère et un homme en fauteuil roulant.

Ou encore, dans l’épisode consacré à “Vénus à son miroir” (1647) de Diego Vélasquez, Vénus est incarnée à la fin par une personne queer noire, contre-pied du manque de représentation des personnes racisées à travers l’histoire de l’art.

Capture d’écran de l'épisode "Olympia" d'Edouard Manet.  [Kazak productions - ARTE TV]Capture d’écran de l’épisode “Olympia” d’Édouard Manet.

A la fin de chaque épisode, l’œuvre décryptée est reconstituée et la pose des personnages de la toile d’origine rejouée. Le passé se réincarne dans des corps d’aujourd’hui et le présent devient, pour quelques instants, un musée vivant ancré dans un quotidien qui nous parle. Qui est proche de nous.

"Olympia" d'Edouard Manet (1863) avec un petit chat noir tout à droite du tableau [ AGLILEO / Aurimages via AFP -  AGLILEO / Aurimages via AFP]“Olympia” d’Édouard Manet (1863) avec un petit chat noir tout à droite du tableau

Les secrets des toiles

La relecture est érudite, puisqu’on apprend que la fameuse toile “La Laitière” (1658) de Johannes Vermeer serait en réalité un cliché érotique bien connu de l’époque, ou encore que “La Vénus à son miroir” aurait été inspirée d’un corps hermaphrodite. En fait la fluidité des genres était déjà présente à cette époque-là.

Hortense Belhôte se réapproprie ses chefs-d’œuvre en apportant son univers, ses ami.e.s qui jouent avec bonheur les figurants. Face caméra, elle se place au centre de l’œuvre. Elle devient ainsi le sujet et non pas l’objet de ces peintures classiques, avec une volonté affirmée d’éviter l’exclusion dans la circulation du savoir.

Autrement dit, de mettre en lumière la présence des femmes, des personnes racisées ou LGBTIQ, dans la grande histoire de l’art sans jamais dénaturer le sens et le contexte dans lequel ces œuvres ont été créées.

RTS