Tensions entre le Kosovo et la Serbie : Quels sont les rôles de l’Otan et de la Russie ?

Dans ces Balkans occidentaux transformés en cocotte-minute depuis les guerres d’ex-Yougoslavie, dans les années 1990, le moindre désaccord peut d’un coup faire monter la pression. C’est ce qui est arrivé dimanche dernier autour des points de passage qui séparent les parties serbe et albanaise du Kosovo. Contrairement à plus de cent pays dans le monde, la Serbie n’a jamais reconnu l’indépendance de son ancienne province, qu’elle considère comme son «berceau historique».

Protestant contre un changement des règles qui leur aurait imposé, à partir du 1er août, d’adopter les plaques d’immatriculation et les documents d’identité du Kosovo, les Serbes ont bloqué les points de passage avec des poids lourds et des camions-citernes, érigé des barricades et tiré des coups de feu sur la police kosovare. Des hélicoptères de la Kfor, la force de l’Otan dans la région, ont été déployés dans le nord du pays.

Dans ces Balkans occidentaux transformés en cocotte-minute depuis les guerres d’ex-Yougoslavie, dans les années 1990, le moindre désaccord peut d’un coup faire monter la pression. C’est ce qui est arrivé dimanche dernier autour des points de passage qui séparent les parties serbe et albanaise du Kosovo. Contrairement à plus de cent pays dans le monde, la Serbie n’a jamais reconnu l’indépendance de son ancienne province, qu’elle considère comme son «berceau historique».

Protestant contre un changement des règles qui leur aurait imposé, à partir du 1er août, d’adopter les plaques d’immatriculation et les documents d’identité du Kosovo, les Serbes ont bloqué les points de passage avec des poids lourds et des camions-citernes, érigé des barricades et tiré des coups de feu sur la police kosovare. Des hélicoptères de la Kfor, la force de l’Otan dans la région, ont été déployés dans le nord du pays.

Depuis l’indépendance du Kosovo, en 2008, les quelque 50.000 Serbes vivant dans le nord de l’ancienne province refusent de reconnaître le gouvernement de Pristina et ses institutions. Ils continuent à utiliser les plaques d’immatriculation et les papiers d’identité délivrés par les autorités serbes, auxquelles ils sont toujours restés loyaux et dont ils dépendent financièrement. Après les tensions qui avaient déjà pour les mêmes raisons secoué le Kosovo il y a un an, le gouvernement de Pristina a décidé, sous la pression des Occidentaux et notamment des États-Unis, de reporter au 1er septembre l’instauration des nouvelles règles à la frontière, considérée comme une mesure de réciprocité. La minorité serbe a démantelé les barricades. Un répit avant un nouveau coup de chaud?

Échange de territoires

Quatorze ans après l’indépendance, la région reste une zone grise dans l’Europe. Le dialogue initié en 2013 par l’Union européenne entre Belgrade et Pristina est embourbé. Les négociations entamées en 2018 par le président serbe Aleksandar Vucic et l’ancien président kosovar Hashim Thaçi, qui envisageaient de régler leurs différends par un échange de territoires, ont buté sur l’opposition des radicaux albanais, des nationalistes serbes et de certains pays européens, hostiles à l’idée. Mais la situation a encore été fragilisée par la guerre russe en Ukraine.

Fidèle à sa tactique, la Russie attise les divisions sur le continent européen, ne serait-ce qu’en présentant l’indépendance du Kosovo, jamais reconnue par Moscou, comme un «précédent» justifiant son agression en Ukraine, après avoir servi d’argument à l’annexion de la Crimée et à l’occupation partielle de la Géorgie en 2008. Liée au «grand frère russe» par l’histoire, la culture, la politique et la religion, la Serbie est aussi très dépendante de son énergie: 56 % pour le pétrole et 51 % pour le gaz. Volontiers considérée comme un cheval de Troie de la Russie en Europe, la Serbie, qui n’a jamais affronté son passé depuis les crimes de guerre commis contre ses voisins dans les années 1990, a toujours penché du côté de Moscou.

Dans les rues de Belgrade, on vend des tee-shirts à l’effigie de Vladimir Poutine et la lettre Z, celle de l’opération russe en Ukraine, est dessinée sur de nombreux murs. Mais la Serbie est aussi un pays d’Europe, officiellement intéressée par un rapprochement avec l’UE. Depuis le début de la guerre, le 24 février, Belgrade oscille donc, comme un pendule, entre l’Est et l’Ouest. Elle a voté la résolution condamnant l’attaque contre l’Ukraine mais refusé de se joindre aux sanctions internationales et de critiquer les exactions commises par l’armée russe. Samedi 30 juillet, les Serbes ont dévoilé leur matériel militaire près de Belgrade, leurs avions de chasse russes, leur nouveau système de défense antimissile chinois, reçu en juillet, mais aussi du matériel européen, notamment français…

Depuis plusieurs années, faute d’être solidement amarrés à un ensemble politique et économique solide, les Balkans occidentaux sont devenus un théâtre de compétition pour les puissances émergentes. De quel côté du nouveau mur qui sépare l’Est et l’Ouest tombera la Serbie? Vladimir Poutine propose aux Serbes un modèle alternatif à celui, jugé parfois décevant ou dépassé, de l’Union européenne, et trouve au sein du pouvoir serbe des oreilles accueillantes. Notamment celle de Vladimir Djukanovic, député et haut responsable du parti au pouvoir, qui reprend sur Twitter la propagande russe vis-à-vis de l’Ukraine: «Tout semble montrer que la Serbie va être contrainte de commencer la dénazification des Balkans…» Le président serbe Aleksandar Vucic l’a reconnu dimanche dans son discours à la nation: la situation au Kosovo n’a «jamais été aussi complexe pour la Serbie et pour les Serbes» et «l’atmosphère a été portée à ébullition». Il a durci son discours, promettant que «la Serbie gagnera si les Serbes sont attaqués…».

Cible de Poutine

La Russie tente-t-elle de pousser la Serbie dans un conflit armé avec ses voisins, pour déstabiliser l’Europe et détourner l’attention de la guerre en Ukraine? Avec la Moldavie, la Géorgie et la partie serbe de la Bosnie, régulièrement tentée par la sécession, les Balkans occidentaux sont l’une des cibles de Vladimir Poutine. Mais la comparaison entre Russie-Ukraine et Serbie-Kosovo s’arrête là. Entre les deux situations, la différence est de taille: absente en Ukraine, l’Otan a toujours 3700 hommes au Kosovo, chargés de maintenir la paix et de faire respecter le mandat de l’ONU. La Kfor a promis d’intervenir «si la stabilité est menacée».

Le Figaro