Terrorisme d’ultra-droite, l’autre menace

Six attentats émanant de la mouvance d’ultra-droite ont été déjoués depuis 2017. Pour autant, la France n’est pas épargnée par cette menace qui se renouvelle depuis le début des années 2010 et les attaques islamistes… Souvent moins impulsifs que leurs aînés néonazis et skinheads, ces terroristes représentent un défi pour les services de renseignements, la justice et les politiques.

Pour lui, aucun doute, il faut se tenir prêt. Prêt à riposter à « l’insurrection ». Elle mijote. Bientôt, elle explosera. Quand ? Dur à dire, « l’initiative appartient toujours à l’adversaire », explique-t-il au téléphonePlus facile, en revanche, de nommer l’ennemi : les « tenants du système islamique » ou « TSI » pour faire court. C’est-à-dire ? Même si, en guise d’identité, il refuse de donner plus que le pseudonyme dont il signe ses courriels chiffrés, le mi-martial, mi-amer « Colonel Napoléon de Guerlasse », l’homme se lance volontiers dans une exégèse au bout du fil : les « TSI », ce sont « principalement des musulmans », mais pas seulement. Il y a également leurs complices qui, au sommet de l’État, laissent prospérer les salafistes.

Il faut aussi compter avec les délinquants « liés à la drogue et aux trafics divers ». Oui, car « le gros problème des banlieues, c’est la synergie avec l’islam ». À ses yeux, cette cohorte sabote la France, sa laïcité, son identité… Et de rappeler : « On était quand même un petit peu là avant ». Son antériorité lui impose une mission, qu’il déclame de sa voix forte dans le combiné : « Préserver deux mille ans d’histoire ».

La conversation dure, il finit par livrer son âge – 72 ans –, un peu de son passé – travail dans la banque, puis dans sa propre affaire, des années de réserve dans la gendarmerie –, mais persiste à taire son nom et sa ville de résidence. « Je suis fiché S (sûreté de l’État, NDLR) », assure-t-il. « Une certitude » depuis le démantèlement, en juin 2018, d’un groupuscule où il est alors « vraiment impliqué », Action des forces opérationnelles (AFO), formé un an plus tôt et soupçonné d’« un projet de passage à l’acte violent (…) contre des personnes de confession musulmane ».

Au cours de leurs perquisitions, les enquêteurs saisiront des armes à feu et des milliers de munitions, dont certaines permettant la fabrication d’explosifs. Ils mettront aussi au jour un projet d’empoisonnement de viande halal. Une affaire pour laquelle quinze personnes sont mises en examen. « Colonel Napoléon de Guerlasse », lui, n’a pas été inquiété. Par « quel miracle » ? Il s’interroge toujours, tout en se défendant de toute intention terroriste – « On était loin des frères Kouachi ! »

Malgré le démantèlement, il continue d’alimenter « Guerre de France » – le site Web d’AFO – en analyses militaires, conseils de lectures sur l’« islamisation », liens vers des stages de tir… « J’incite les internautes à bien connaître leurs…[…]

La Croix